Détresse des entreprises: cherchez l’erreur…

Alain Godard – 21 octobre 2013 –
A entendre Pierre Gattaz et le Medef qui réunissait ses troupes la semaine dernière à Lyon, les entreprises sont au bord du gouffre et ne peuvent plus supporter l’impôt…

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Dans « Les Echos » du 7 Octobre, Xavier Fontanet, ancien PDG d’Essilor dont le succès a été remarquable, entonne la même chanson et prône la réduction des impôts pour « dynamiser l’ensemble des entreprises et des entrepreneurs », car « comment l’attelage des entreprises françaises peut-il avancer avec un telle charge? »
L’excès dans ce domaine n’a d’égal que la manière dont la majorité y répond en permanence, en accumulant les paroles, les décisions et les comportements incohérents ou démagogiques: que faisait par exemple le maire de Lyon Gérard Collomb au très caricatural et par ailleurs peu suivi meeting du Medef à Lyon?
Non pas qu’il ne faille pas mettre en oeuvre des mesures en faveur des entreprises et en particulier de celles qui sont en concurrence sur le marché international, à condition que ces mesures soient structurellement bien construites,comme je l’ai moi-même proposé à plusieurs reprises sur ce blog.
Toutefois, la situation des entreprises françaises n’est pas tout à fait ce que nous raconte le Medef, qui voudrait faire pleurer dans les chaumières sur le sort de toutes les entreprises quelles qu’elles soient:
-Les grands groupes du CAC 40 voient leurs profits croître chaque année et ne paient en moyenne que 10 à 15 % d’impôts sur les sociétés,mais servent des dividendes toujours plus confortables à leurs actionnaires.
-Globalement, comme nous l’indique une étude du cabinet Altavalue effectuée sur plus de 46 000 entreprises de 2 millions à 1,5 milliards de chiffre d’affaires, détaillée dans ce même numéro des « Echos »du 7 Octobre, les bilans de nos PME et ETI sont dans l’ensemble solides et se sont renforcés. (cf Comment les PME et les ETI françaises ont résisté à la crise, page 27)
Ainsi, pour ces entreprises de taille moyenne, l’excédent brut d’exploitation (le fameux EBE que le gouvernement voulait taxer) devrait croitre de 7% en 2013 après une stabilité en 2012.
-Bien sûr, tous les secteurs ne sont pas au même niveau et certains souffrent plus que d’autres, mais la vision globale de bonne santé donnée par cette étude relativise les discours alarmistes du patronat et de certains entrepreneurs, repris régulièrement par la grande presse pour entretenir le déclinisme et le manque de confiance: les plans sociaux sont un fait, et parfois une nécessité ,mais ils ont toujours existé et cela ne doit pas nous empêcher de voir le verre plein que constitue l’étude rappelée ci-dessus.
Il faut arrêter de parler comme le fait le Medef « des entreprises » en général,et se concentrer sur des mesures à prendre pour soutenir celles qui en ont vraiment besoin: le CICE tel qu’il a été adopté est une réponse très insuffisante car la majorité de 20 milliards qu’il coûte se retrouve dans les poches de la grande distribution ou d’activités pour lesquelles cela ne constitue qu’un effet d’aubaine.
Je regrette que la proposition que j’ai faite dans ma chronique de Libération le 26 août , lisible sur mon blog sous son titre « comment favoriser l’emploi quand la reprise n’est pas là… » n’ait pas été reprise comme piste de réflexion pour une approche plus ciblée favorisant les entreprises de main-d’œuvre qui en ont vraiment besoin.
Je regrette aussi que le débat sur un autre partage du travail, qui reste une obligation incontournable sur le moyen/long terme soit confisqué par la pensée dominante alors qu’il faudrait d’urgence définir les pistes et les modalités qui pourraient à minima dès maintenant permettre de développer des expérimentations utiles pour le futur.
Car la croissance peut revenir, des entreprises en souffrance retrouver la santé, mais l’automatisation croissante de systèmes de production des produits et des services ne créera plus les emplois dont nous avons besoin pour vivre plus harmonieusement .
Et vivre plus harmonieusement, en diminuant l’extrême pauvreté qui grandit dans tous les pays dont le nôtre, cela est une priorité non seulement économique et sociale, mais aussi tout simplement démocratique.

Ouvrier_delocaliser_ANI

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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