Au fil du temps – Hymne à l’amitié

Le premier objectif de tous les groupements associatifs ou autres étant de former un noyau de fraternité, tout participant se doit d’être fraternel. Cependant, l’amitié devrait aussi jouer un rôle important dans la vie. Elle implique des liens plus étroits et une plus grande estime réciproque que la fraternité, son mode mineur. Différentes en intensité, toutes deux ne le sont pas en essence.
 Un véritable ami ( e ) est difficile à trouver. Ce n’est pas simplement celui qui nous amuse ou avec qui nous nous divertissons. Ne mérite ce nom que celui ( celle )  qui nous veut du bien, qui nous est bienveillant et en la compagnie de qui nous nous plaisons.
 L’amitié ne saurait être fondée seulement sur une recherche commune de l’agréable ou de l’utile. Les liens créés par une telle recherche sont fragiles. Il ne résistent pas longtemps au assauts de l’égoïsme sous toutes ses formes : jalousie, désirs de domination, orgueil etc. … Il n’est pas rare qu’ils soient remplacés par des discordes, voire des haines tenaces. Un ami est celui qui nous aime. Et aimer quelqu’un ce n’est pas selon l’expression de Jean Guehenno, avoir le  » tremblant désir  » d’être aimé soi-même, lorsqu’on est incapable de supporter la solitude. Sous sa forme la plus noble, c’est avoir pour but le bien-être d’un autre ou s’employer à se dévouer à son bien.
 Une amitié, généralement longue à se former, est nécessairement soumise à l’épreuve du temps. C’est avec le temps que les amis parviennent à se bien connaître et à faire s’interpénétrer harmonieusement leurs vies . Fleur au parfum incomparable, l’amitié est bien différente de l’ivraie des simples relations sociales de façade. Elle exige une compréhension réciproque et parfois ne recule pas devant le complet oubli de soi-même. Elle peut aussi comporter divers degrés d’intensité. L’instructeur spirituel, est vis à vis de l’élève, le type de l’ami parfait.
 Nous avons tous besoin d’amitié, presque autant que d’air pur. Sans elle, ou tout au moins sans son succédané, la relation sociale qui nous en donne l’illusion, nous suffoquons. C’est pourquoi nous la recherchons avidement toute notre vie, sans nous laisser décourager par les innombrables déceptions qu’occasionne cette quête inlassable. Bien rares sont ceux qui, privés du soutien d’une amitié sincère, sont assez forts pour poursuivre imperturbablement leur vie, sans donner prise au découragement et à la dépression.
 L’amitié peut, à elle seule, donner un sens à toute une existence laquelle, sans elle, ne serait qu’une voie sans issue, une impasse. L’angoisse, le mal de notre siècle, n’est sans doute si fréquente qu’à cause de l’extrême difficulté que l’on éprouve à se faire des amis dans les grandes villes où beaucoup se sentent atrocement seuls dans la foule.
 Un ami est une présence vivante et aimante qui nous apporte des bouffées d’air pur et nous révèle une dimension de notre être. Il comprend nos problèmes, nous aide parfois à les résoudre, nous soutient dans les heures difficiles et nous fait l’immense grâce de nous faire participer à la grande aventure qu’est sa vie, comme nous lui accordons une place de choix dans notre existence.
 Il manifeste à notre endroit une inépuisable sympathie parce que, à certains égards, nous lui ressemblons. Car l’amitié obéit à la loi d’affinité en vertu de laquelle « qui se ressemble s’assemble ». Elle est aussi soumise à la loi de réciprocité qui veut que chacun reçoive en amabilités, attentions, secours moraux et matériels, proportionnellement à ce qu’il donne lui-même. Elle cimente les êtres dans le pire comme dans le meilleur. C’est d’ailleurs dans la nécessité que l’on reconnaît l’ami véritable.
 La loi d’affinité rapproche ceux que des goûts et aspirations semblables poussent dans une même direction : art science, recherche d’une plus grande justice sociale, etc… Comme l’a écrit Saint Exupéry :  » liés à nos frères par un but commun et qui se situe en dehors de nous, alors seulement nous respirons et l’expérience nous apprend qu’aimer ce n’est point se regarder l’un et l’autre, mais regarder ensemble dans la même direction « . Il est donc normal que leur idéal commun les rapproche.
 Les groupements quel qu’ils soient sont des tentatives de réaliser à l’échelle régionale et mondiale des communautés fraternelles semblables à celles créés jadis au Sud de l’Italie par Pythagore. Comme tous les instructeurs celui-ci prêchait la fraternité et exaltait l’amitié. Il élevait l’amitié à la hauteur d’un culte.  Il la comparait à un havre de paix, à un port aux eaux tranquilles où les âmes fatiguées viennent de temps à autre trouver refuge. Ses élèves étaient unis par une profonde affection et leur amitié survécut à la dissolution de leur communauté et la mort de leur Maître.
 Le sage n’accepte pas ses limites et il emploie sans cesse sa force, son endurance, sa vigilance et sa patience a tenter de se surpasser, et se perfectionner. Le chercheur est ainsi conduit à mieux se connaître, il prend conscience de ses immenses possibilités de sympathie, de bienveillance et d’amour universel. Il répond de la sorte à l’appel de son destin se dépassant, pour atteindre une harmonie croissante en obéissant à l’injonction d’Epictète : « Aime comme doit aimer un homme heureux « .
  S.L.  ( sans autre précision ) 1985
arc en ciel lettre 254 – Haiku : L’ami

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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