Porcherie industrielles : Cochon qui s’en dédit

Le Canard Enchaîné du 30 octobre 2013 – Confit de Canard
« Il est évident que le groupe socialiste demandera le retrait de cet agrément qui serait un recul considérable en matière d’environnement dans un contexte de mise en place de lutte contre la prolifération d’algues vertes sur nos plages et l’augmentation du taux de nitrates dans les eaux bretonnes… »
PigsC’était le 28 juin 2010. Marylise Lebranchu, pas encore ministre du gouvernement Ayrault, mais députée du Finistère, écrivait au président de l’association écolo Eau et Rivières de Bretagne tout le mal qu’elle pesait de l’amendement déposé par un député UMP des Côtes-d’Armor. Marc Le Fur, par ailleurs président du Club des amis du cochon* à l’Assemblée nationale, voulait faire voter une chouette idée : faire passer de 450 à 2 000 le nombre de cochons à partir duquel l’éleveur doit demander une autorisation pour construire sa porcherie. A l’époque, devant le tollé des élus bretons de gauche, avec à leur tête le président de la région, Jean-Yves Le Drian, qui demandait le retrait d’un amendement « démagogique et dangereux », le gouvernement avait fait marche arrière, abandonnant Le Fur en rase campagne.
Trois ans et quatre mois plus tard, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, reprend à son compte, sous la forme d’un projet de décret, la proposition de Le Fur La semaine dernière, Matignon a mis en ligne ledit texte pour « consultation publique »… Au nom du fameux « choc de simplification des procédures » cher au gouvernement, plus d’obligation pour les éleveurs de se soumettre à une enquête d’utilité publique et à une étude d’impact sur l’environnement dès lors qu’il dépasse 450 porcs. Désormais, pour construire une porcherie de 2 000 cochons, il suffira de faire une simple déclaration à la préfecture du coin.
Cette fois, ni Marylise Lebranchu, ni Jean-Yves Le Drian, devenu ministre de la Défense, n’ont moufté. Si tout va bien, les éleveurs de porcs profiterons du décret dès janvier. Il faut dire que l’affaire aura été rondement menée. L’idée d’alléger les règles d’ouverture d’une porcherie figurait depuis avril au menu du « plan stratégique pour la filière porcine française » lancé par le gouvernement. Le patron de la Fédération nationale porcine avait même, dès juillet, le calendrier entre les mains. Pour faire avaler la pilule aux écolos, voilà-t-y pas qu’on ressort Bruxelles du chapeau ! Si c’est la crise dans le cochon, c’est à cause des normes enquiquinantes qui empoisonnent la vie de nos éleveurs et les rendent moins compétitifs que leurs voisins.
Sauf qu’à bien y regarder, pour ce qui est des contraintes, on serait plutôt en queue de peloton. Au Danemark, par exemple, il est interdit de construire une porcherie à moins de 350 mètres d’une zone urbaine, contre 100 mètres chez nous, et, en Hollande, où l’on compte le même nombre de cochons au mètre carré qu’en Bretagne, il est strictement interdit sur les trois quarts du pays d’installer ou d’agrandir une porcherie.
Piggy_bank_chinaLe plus poilant, c’est que le cadeau d’Ayrault au lobby du cochon tombe alors que la France a été condamnée, en juin, par la Cour de justice de l’Union européenne pour non-respect de la directive Nitrates et qu’elle est en train de négocier pour éviter l’amende de plusieurs dizaines de millions d’euros qui lui pend au nez et l’astreinte qui pourrait attendre plus de 100 000 euros par jour ! Mais quand on aime le cochon, on ne compte pas…
* Lire aussi :  Clubs parlementaires: un lobbying gastronomique

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