Brésil et ballon rond : Et si on arrêtait le cirque ?

Journal La Décroissance – novembre 2013 – extraits
Alors qu’au Qatar les stades de foot climatisés sont construits par les esclaves des temps modernes, la prochaine Coupe du monde a été massivement critiquée par la population brésilienne en juin dernier. En Amérique du sud comme ailleurs, les gouvernements de gauche productivistes soutiennent le système d’accumulation illimitée du capital et investissent à fonds perdus afin d’anesthésier les foules derrière un ballon rond.
Mais les médias français ne parlent plus du tout du mouvement de protestation au Brésil, comme ils ont aussi oublié d’évoquer la reprise de la contestation en Turquie, ou à Sotch, cité des jeux olympiques d’hiver, etc. Pourtant les braises sont toujours rouges, comme en témoigne Clarilton Ribas, chercheur en décroissance : « Les mouvements de rue au Brésil ont repris en septembre. Ils correspondent à des luttes traditionnelles car c’est ce mois-ci que se renouvellent les contrats de travail  dans les professions les plus variées. Plusieurs catégories de travailleurs, comme ceux de l’industrie pétrolière et de la poste, ont maintenu une grève nationale. Mais les revendications ont changé, ces manifestations expriment la lutte des classes et demandent une autre répartition de la richesse socialement produite. Les journées de juin ont été marquées par des demandes plus diverses (des prix du transport public à la corruption des hommes politiques en passant par les dépenses de l’État pour les évènements sportifs à venir). »
7765652510_les-protestations-ont-ete-vives-au-bresil-durant-la-coupe-des-confederations-2013-en-cause-entre-autres-l-argent-depense-dans-les-stadesConcernant les dépenses liées à cet évènement sportif démesuré qu’est la Coupe du monde, il faut comprendre que nul ne sait avec certitudes, quel est le montant final impliqué. les prévisions sembleraient atteindre 9 ou 13 milliards d’euros, soit le « cirque » le plus cher de l’histoire humaine dans un pays avec autant de besoins sociaux non satisfaits. D’autant plus que ce montant aurait représenté l’équivalent de 1 à 1,4 millions de nouvelles résidences dans le programme de logement populaire, à destination des habitants pauvres vivant dans des conditions de vie inacceptables.
Le football occulte la raison et l’esprit critique de chacun, au point même d’atteindre les cercles intellectuels de gauche. Il faut analyser avec précaution les mouvements sociaux au Brésil, notamment le plus notoire : Le Logo_20MSTMouvement des sans-terre (MST). Il est certes le plus connu nationalement et internationalement, mais il existe une multitude de mouvements et partis en opposition avec le programme du gouvernement focalisé exclusivement sur cette croissance frénétique du PIB, en dépit des dommages sociaux, environnements et énergétiques. « Le Brésil est le champion du monde de la mauvaise distribution des terres (…) et la concentration des propriétés a maintenant tendance à augmenter, en raison du boom des matières premières qui ont déclenché une ruée vers l’achat de terres », a déclaré à l’AFP Miguel Carter, coordinateur du livre « Le Mouvement des sans-terre et la réforme agraire au Brésil ». Dans ce pays, 1% des grands propriétaires occupent 45% des terres cultivables, d’après les chiffres officiels.
La logique du sport mondial est alimentée par cet intérêt insatiable pour l’accumulation du capital. Au Brésil, ce n’est pas différent. Il suffit de regarder la rentabilité des banques et des monopoles. Au lieu de constater une politique fiscale fiscale progressive et une justice fiscale meilleure, on observe une augmentation vertigineuse des exemptions et des faveurs fiscales pour les grands détenteurs de capital. Si l’on prend en compte les besoins élémentaires de la population au niveau de la santé, de l’éducation, de l’alimentation, du logement etc., l’objectif serait de résoudre la contradiction d’un pays classé en même temps dans les premières puissances économiques mondiales (sixième rang) et dans les dernières quand à la répartition des richesses. Nous sommes convaincus que la mise en place  d’un programme inspiré de la décroissance est une urgence planétaire inévitable.
Beaucoup de mouvements font des propositions pour dépasser cette période de destruction du capitalisme, parmi lesquelles l’économie solidaire que l’on considère importante bien que limitée. Pour eux, la société industrielle n’a pas besoin de réformes mais de grands changements dans la logique qui la structure. Cette période que nous sommes en train de vivre montre que nous ne sommes pas à la fin de l’histoire. Les revendications de l’humanité dépendent de la force de nos idées et de la capacité qu’elles ont de gagner les cœurs et les esprits.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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