Scandale – Japon : les liens coupables entre la finance et le crime organisé

LE MONDE | 04.11.2013 Par Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)
 Les banques japonaises dans le collimateur des autorités après la découverte de prêts accordés aux yakuzas. Le gendarme financier va étudier les liens entre certains établissements et le crime organisé
 Le secteur bancaire japonais patauge en eaux troubles. Confrontés à la multiplication des révélations sur des affaires menées avec des yakuzas – des membres du crime organisé -, les établissements sont la cible des autorités nippones.
L’Agence japonaise des services financiers doit passer en revue, à partir de mardi 5 novembre, les activités de Mitsubishi UFJ (MUFJ) – sanctionnée en 2007 pour de tels faits – et de Sumitomo Mitsui (SMBC). Les responsables de Mizuho, l’établissement par lequel le scandale a éclaté fin septembre, devront se soumettre, dès lundi 11 novembre, aux questions de la commission des affaires financières de la Chambre basse du Parlement.
Le gouvernement veut agir vite. Jeudi 31 octobre, la banque Shinsei a elle aussi admis avoir consenti des prêts à ce que les autorités nippones appellent les  » forces antisociales « .  » Notre système de contrôle interne n’a pas été assez strict « , a reconnu le président de la banque, Shigeki Toma.
Une dizaine de prêts ont été accordés par Shinsei Trust & Banking par l’intermédiaire d’Aplus Financial, sa filiale de crédit à la consommation.
Le procédé est le même que celui ayant conduit la FSA à adresser, fin septembre, un ordre d’amélioration de l’activité à Mizuho, l’une des trois mégabanques nippones avec MUFJ et SMBC. L’établissement était accusé d’avoir, par l’intermédiaire de sa filiale de crédit à la consommation Orient, accordé en un peu plus de deux ans, à partir de 2010, 230 prêts pour un total de plus de 200 millions de yens (1,5 million d’euros) à des organisations criminelles.
 » La pire chose « 
Le scandale a pris de l’ampleur en raison de l’attitude des dirigeants du groupe bancaire. Ils avaient dans un premier temps affirmé que quatre cadres du service juridique étaient au courant du problème mais ne les avaient pas informés. Par la suite, le tout-puissant patron de l’établissement, Yasuhiro Sato, a dû admettre avoir été  » en position «  de connaître le problème dès juillet 2011. M. Sato a avoué que son prédécesseur, Satoru Nishibori, avait aussi reçu des informations sur ces prêts.
La direction du groupe en aurait pris connaissance dès février 2011. Aucune décision n’aurait été prise car la banque s’est ensuite retrouvée confrontée à un grave dysfonctionnement informatique qui a mobilisé toute son attention.

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Lundi 28 octobre, Mizuho a présenté des mesures pour éviter la récurrence du problème des prêts aux yakuzas. La principale décision est le partage des informations sur les organisations criminelles avec sa filiale Orient. Plus généralement, l’association japonaise des banques envisage de transmettre aux organismes de crédit à la consommation de telles données.

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L’affaire est prise très au sérieux par les autorités japonaises. Le ministre des finances, Taro Aso, a qualifié, vendredi 1er novembre, le scandale Mizuho de  » problème très grave « . Selon lui, l’attitude des dirigeants de l’établissement représente  » la pire chose qu’une banque peut faire en ces circonstances « .
La fermeté affichée par M. Aso traduit ses craintes des conséquences de ces affaires pour la réputation des mégabanques nippones. Dans l’Archipel, certains groupes envisageraient déjà de geler leurs relations avec Mizuho.
A l’étranger, les gendarmes financiers, américain notamment, portent une attention toute particulière à ce type d’affaires. En février 2012, le département du Trésor américain avait gelé les avoirs du Yamaguchi-gumi, le premier groupe yakuza japonais, et lui avait interdit de mener des transactions aux Etats-Unis. Une décision prise à la suite d’un ordre du président Barack Obama de  » cibler les organisations criminelles transnationales et de les isoler du système financier global « .
La mesure coïncidait avec les initiatives prises – après des décennies de relative tolérance – par le gouvernement japonais contre les yakuzas. Des règles sont en vigueur depuis 2011 pour forcer les entreprises à ne plus conclure des affaires avec les gangs. En plus des amendes, elles risquent de voir leur nom exposé publiquement, ce qui, au Japon, pourrait se révéler fatal. La police a également mis en place un service chargé de répondre aux questions des entreprises ayant des doutes sur d’éventuels clients ou partenaires.
Mais la lutte contre les yakuzas reste difficile. Les gangs ont pour principe de ne jamais s’en prendre aux citoyens ordinaires et ont même contribué au maintien de l’ordre.  » Si le Yamaguchi-gumi était dissous, affirmait, en 2012, le puissant chef du gang de Kobé, Kenichi Shinoda, l’ordre public serait immédiatement perturbé. « 
Philippe Mesmer

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