Le secret-défense toujours intouchable

Charlie Hebdo – 6 novembre 2013 – Laurent Léger
Cette chape de plomb qui empêche la justice d’avoir accès aux informations sensibles pèse sur les dossiers judiciaires, même depuis l’élection de Hollande, en dépit de ses promesses. Un renoncement de plus…                                          
513jbHsHfAL__AA278_PIkin4,BottomRight,-46,22_AA300_SH20_OU08_En mai 2011, le député socialiste Bernard Cazeneuve en avait fait un livre. Il décrivait dans L’enquête impossible, les obstacles dressés pour que les informations sur l’attentat de Karachi (en mai 2002, une bombe avait tué des techniciens de DCNS et blessé d’autres) planquées dans les dossiers du ministère de la Défense, ne soient pas divulguées à la justice. Rapporteur d’une commission d’enquête à l’Assemblée sur le sujet, il relatait comment de nombreuses notes de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure)  étaient restées dans les cartons… Le député avait dénoncé le « mépris »  du gouvernement pour le Parlement, annonçant, martial, que « la question du secret-défense » devrait « également être revisitée« .
Le juge Trévidic, l’un des magistrats qui œuvrent sur cette affaire, s’était 9782709635691ému lui aussi de cette chape de plomb dans son livre Au cœur de l’antiterrorisme Jamais le magistrat n’a obtenu de pièce estampillée « secret-défense » ou « très-secret-défense », les degrés de protection les plus élevés. Seul le Confidentiel-défense, la classification la plus faible, a pu lui être remis. Et encore, avec beaucoup de gros traits noirs sur les infos intéressantes… « On ne nous donne à lire que ce qui n’est pas trop embarrassant. C’est pour cela que j’ai intitulé l’un des mes chapitres « La Bibliothèque rose » !  » expliquait-il. Depuis, Cazeneuve a été nommé ministre du Budget et Trévidic tente toujours de parvenir à la vérité dans l’affaire Karachi Quand au Secret-défense, il continue à triompher, demeurant un outil au service du politique…  comme sous Sarkozy.
Regardons un peu les dernières déclassifications. Le 1er septembre 2013, roulement de tambour dans les chaumières : le gouvernement décide de publier des documents secret-défense sur le programme chimique syrien. Histoire de ne pas refaire le coup de Colin Powell et de ses fausses preuves pour attaquer Irak, Hollande à balancé les dossiers sur les armes chimiques de Damas afin d’appuyer sa décision de partir en guerre contre la Syrie Et ce, en se passant de l’avis de la commission du secret-défense tant il y avait urgence…
Mais dès qu’il s’agit de notes permettant éventuellement de remonter la piste de commissions occultes, basta ! Cazeneuve vient certes de filer quelques documents concernant Sofrantem. le pool bancaire chargé du montage des contrats d’armement, du temps d’un de ses prédécesseurs au Budget, un certain Sarkozy Mais pas untitledde quoi casser la baraque. Non, les documents-clé ne sortent toujours pas des coffres – ou seulement très partiellement. Alors que les victimes attendent des éléments sur un intermédiaire pivot des commissions payées sur les contrats d’armement, un cheik mort en 2004, Valls n’a adressé en juillet dernier qu’un article du journal Suisse Le Temps, sorti des archives de la DCRI, accompagné d’une note à moitié noircie Insuffisant ! Une avocate de victimes, Marie Dosé, a donc réécrit au ministre le 4 octobre, après que ses clients ont rencontré Hollande à Cherbourg Le président  » a invité expressément mes clients à vous solliciter de nouveau » écrit-elle. La réponse se fait attendre…
Manips quand tu nous tiens
Les victimes réclamemt aussi, et ce depuis 2009, l’audit de sécurité de DCNS, un document crucial réalisé à Karachi par le GIGN après l’attentat, histoire de vérifier si la protection des personnels sur place était effective… ou pas. Les pauvres, le bal des hypocrites s’est chargé de réduire leurs espérances à néant ou presque.
En effet, sur les 137 pages du rapport, seules 7 ont été déclassifiées en mars 2010 Arrive l’élection de Hollande. Le nouveau président, rappelle l’avocate dans une lettre, a promis de s’engager « quant à la déclassification de tous les documents pouvant être utiles à la manifestation de la vérité » Le juge fait donc une nouvelle demande en septembre 2012 et, pour être sûr d’obtenir satisfaction, réclame exclusivement les détails touchant à la sécurité des lieux avant l’attentat, et non après, pour éviter de mettre en danger les techniciens toujours sur place.
Réponse en février 2013 : le directeur de cabinet de Le Drian, ministre des Armées, annonce non seulement imagesCA13CKPLque la divulgation d’éléments serait « susceptible de nuire gravement à la sécurité des personnels » encore présents au Pakistan, mais il assène aussi que les 130 pages non déclassifiées n’apporteraient « pas d’informations utiles aux investigations judiciaires« . Sous Hollande, ce sont donc les ministres qui décrètent ce qui est bon pour les  enquêtes de justice.

A propos werdna01

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