Bruxelles s’asseoit sur l’étiquetage obligatoire des viandes insérées dans les produits cuisinés

Le Canard Enchaîné N° 4854 du 6 novembre 2013

« Je veux que, à terme, il y ait un étiquetage obligatoire sur les viandes qui sont insérées dans les produits cuisinés ». Un mois après le scandale des lasagnes à la viande de cheval, François Hollande affichait sa détermination, se faisant fort de « convaincre l’Union Européenne ». On allait voir ce qu’on allait voir ! C’est tout vu. Bruxelles vient de renvoyer l’idée aux calendes grecques.

15-9-6b204Jeudi 31 octobre, la Commission européenne devait adopter le rapport promis il y a un an sur l’étiquetage de l’origine des viandes dans les plats cuisinés. Un document qui allait ensuite passer devant le Parlement européen et le Conseil des ministres, à charge pour eux de s’en inspirer pour une nouvelle réglementation. Rappelons que, jusqu’à présent, le fabricant de plats cuisinés se contente d’indiquer la quantité de bœuf qu’il a incorporé dans sa recette. Et que l’industrie agroalimentaire n’a pas du tout envie que ça change !

Ce n’est pas tant pour le surcoût – préciser l’origine de la viande de ses plats cuisinés lui coûterait moins de 10 centimes d’euro par barquette – que pour l’effet bœuf que ça risquerait de provoquer chez le consommateur. Un plat cuisiné à base de minerai, ce mélange désossé et congelé de muscles et de tissus graisseux, peut en effet contenir un mélange de huit vaches de réforme. Des vieilles laitières provenant de plusieurs pays et tuées dans différents abattoirs qu’il faudrait faire apparaître sur l’étiquette : horreur !

Le lobby agroalimentaire a donc mis son grain de sel dans le rapport de la Commission Européenne. viande-de-cheval-2013Résultat : Bruxelles s’est retrouvée avec une tambouille où flottaient trois propositions difficiles à accommoder. Celle que réclament les associations de consommateurs : l’obligation d’indiquer le pays d’origine de toutes les viandes utilisées, avec les pourcentages pour chacune. Une version plus light sans les pourcentages ? Et, carrément, une troisième option, sans obligation de quoi que ce soit.

Grâce à cette dernière proposition, les producteurs et distributeurs de produits transformés pourraient y « faire figurer de manière volontaire la provenance de la viande », autrement dit : juste si le cœur leur en dit. Entre les partisans de l’étiquetage obligatoire comme la France ou la Belgique, et ses opposants, emmenés par la Grande-Bretagne et l’Allemagne, personne n’a trouvé à son goût ledit rapport, qui a été remisé dans un tiroir jusqu’à nouvel ordre, repoussant ainsi l’étiquetage à la Saint-Glinglin.

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