Pékin réforme l’économie, mais le parti reste arc-bouté sur son pouvoir

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Edito LE MONDE | 16.11.2013
Réforme mais pas la politique
Le numéro un chinois, Xi Jinping, cultive le suspense. Mardi 12 novembre, on a attendu, en vain, les fruits de la réunion plénière à huis clos des 376 membres du comité central du Parti communiste chinois, au Palais du peuple, à Pékin, le plus important rendez-vous politique de l’année.
Vendredi 15, en début de soirée, les médias officiels ont surpris tout le monde en publiant, sur une vingtaine de pages, le programme-fleuve du président et secrétaire général du Parti communiste depuis novembre 2012.
C’est un important train de réformes pour les dix prochaines années, la feuille de route de la nouvelle équipe dirigeante emmenée par M. Xi et le premier ministre, Li Keqiang.
Sa supervision a été confiée à un groupe de travail, dont le responsable présumé est Wang Yang, l’ancien premier secrétaire du parti du Guangdong, la province méridionale frontalière de Hongkong, connu pour son approche relativement éclairée de la gouvernance.
Plusieurs innovations vont avoir des conséquences importantes pour la Chine et le reste du monde : la création d’une Commission nationale de sécurité, sur le modèle de la NSA américaine ; la nouvelle donne dans le secteur public, où certains groupes devront ouvrir leur capital, et d’autres devoir reverser des dividendes substantiels à l’Etat.
La réforme graduelle du hukou, le permis de résidence qui cantonne les ouvriers migrants dans un statut de citoyens de seconde zone, a été confirmée.
Deux annonces sortent du lot, qui touchent à deux prérogatives extrêmement controversées de l’Etat-parti : la politique de l’enfant unique, qui sera assouplie, et le système des camps de rééducation par le travail, le laojiao – héritage encombrant des années Mao, qui sera bel et bien aboli, malgré les réticences de l’appareil de sécurité, qui le considérait comme un outil bien utile pour traiter la petite délinquance.
Ces deux décisions refondent un arsenal administratif qui empiétait sur les droits élémentaires des citoyens et freinait l’établissement d’un Etat de droit. Cette amorce d’évolution pourrait avoir un effet d’entraînement, comme l’ont souvent en Chine les avancées libérales, qui sont menées de manière graduelle.
LE PARTI ARC-BOUTÉ SUR SON POUVOIR
Mais cela n’augure pas nécessairement d’un bouleversement radical, tant, depuis la fin des années 2000, et en particulier depuis l’avènement de la nouvelle équipe dirigeante, le Parti semble arc-bouté sur son pouvoir.
Il est toujours réticent à laisser davantage d’espace à la société civile ou à toute ébauche d’organisation concurrente, ce qui indique combien sont puissantes les résistances. L’heure n’est pas aux réformes politiques, et les voix dissidentes ou critiques continueront d’être traquées.
Pendant sa première année, Xi Jinping a consolidé son pouvoir. En se débarrassant de son principal rival sur sa gauche, le néomaoïste Bo Xilai, condamné à la prison à vie pour corruption ; en s’attaquant aux groupes d’intérêts accusés de corseter l’économie et d’empêcher la nouvelle phase des réformes dont la deuxième puissance économique mondiale a besoin pour sortir d’un modèle vorace en ressources naturelles et tourné vers les exportations.
Le plénum a confirmé que le Parti savait s’adapter sans céder sur l’essentiel : le monopole du pouvoir.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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