NKM, – « Marie-Antoinette » des beaux quartiers : la critiquer c’est lui accorder une importance politique qu’elle perd toute seule, déclaration, après déclaration, sortie après sortie…

Nouvel Obs 19-11-2013 à 11h56 – Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique

 « Dans le métro, je fais des rencontres incroyables » : la campagne de NKM tuée par le LOL ?

Nkm parisienne

LE PLUS. Face à la socialiste Anne Hidalgo, Nathalie Kosciusko-Morizet n’en est pas à sa première faute de communication. Dans un entretien avec le magazine « ELLE », ses déclarations viennent à nouveau remettre en question sa connaissance du terrain. Et cela pourrait être fatal à sa campagne, souligne notre chroniqueur Bruno Roger-Petit.
C’est la déclaration de la semaine : « Dans le métro, je fais des rencontres incroyables. »
 Ainsi cause, dans le journal « ELLE », Nathalie Kosciusko-Morizet, aka NKM, candidate de l’UMP à la mairie de Paris en vue des élections municipales de mars 2014. C’est désormais une certitude, à l’heure de la morosité nationale, dans une France anxiogène, dans un Paris où se cache encore le « tireur fou » de BFMTV et de « Libération », la campagne parisienne de celle que les « Échos » présente comme l’une des personnalités les plus emblématiques de la relève tricolore, s’annonce comme la grande campagne du LOL, et même du LOL en barre.
 C’est à croire que NKM entend tout mettre en œuvre pour être l’incarnation, tout à la fois précieuse et ridicule, que ses adversaires socialistes s’efforcent de dépeindre à grands renforts de formules assassines. Si l’on était le spin doctor des socialistes (ce qui ne risque pas d’arriver, les socialistes vivant dans le monde des mass media de 1979) on leur recommanderait de cesser de multiplier les piques et polémiques à l’égard de la candidate UMP, mais de la laisser vivre.
 NKM se discrédite 
 Inutile de cibler NKM, de lui donner du crédit médiatique, donc politique, en la criblant de flèches à la moindre déclaration. Critiquer NKM, c’est lui accorder une importance politique qu’elle perd toute seule, déclaration, après déclaration, sortie après sortie.

NKM Marie-Antoinette

 Depuis qu’elle est seule candidate à la mairie de Paris pour l’UMP, elle semble décidée à se discréditer par tous les moyens possibles. NKM s’affiche telle que ses détracteurs, y compris à l’UMP, souhaitaient qu’elle s’affiche : en une « Marie-Antoinette » des beaux quartiers, complètement déconnectée des réalités, coupée de la réalité du monde, sortie du Trianon gouvernemental où Nicolas Sarkozy l’avait enfermée et où elle n’avait jamais vu ni senti le réel.
 L’interview qu’elle a accordé au journal « ELLE » est stupéfiant. À croire que NKM n’a pas envie de devenir maire de Paris et entend désespérer les électeurs de l’est parisien de voter pour elle. Il faut bien dire les choses comme elles sont, quelques passages de cet entretien sont appelés à devenir cultes.
 Exemple, ce portrait de la femme parisienne par NKM :  « C’est à la fois une mère, une femme, une professionnelle. Si je devais dresser son portrait, je demanderais à un photographe de se mettre dans la rue pour capturer les visages de toutes ces femmes qui vont chercher les enfants à l’école, qui se recoiffent avant d’aller à un rendez-vous professionnel… »
 La parisienne Nkmienne, c’est la femme Barbara Gould des années 90. Une femme pour magazines de papier glacé. Que dire ?

NKM2

 Et ce passage encore, où NKM décrit les endroits où elle compte faire campagne : « Un peu partout, même dans des endroits inattendus ! Dans la rue, à la sortie des bouches de métros, dans un café à la sortie des écoles… » Le métro, le café, l’école, deviennent, du point de vu NKMien, « des endroits inattendus ». Que dire encore ?

nkm m-antoinette crevecoeur

 Et enfin, le plus révélateur, le passage où NKM confesse son amour du métro :  « Le métro est pour moi un lieu de charme, à la fois anonyme et familier. Je prends souvent les lignes 13 et 8 et il m’arrive de faire des rencontres incroyables. Je ne suis pas en train d’idéaliser le métro, c’est parfois pénible, mais il y a des moments de grâce. »
 Même Edouard Balladur, dont on vient de fêter récemment le 20e anniversaire de la seule et unique exploration du métro en 75 ans d’existence, avait su trouver des mots plus justes : « Il fait chaud, hein… »
  À ce point de perfection dans la communication politique, on ne cherche plus quoi dire, on se contente d’une sidération de bon ton et l’on se demande comment et pourquoi le journal « Les Échos » s’y est pris pour faire entrer NKM dans sa sélection « la Relève ».
 Une authenticité falsifiée

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 À moins qu’il ne s’agisse plus de politique, mais de comédie, NKM s’inscrivant dans le sillon creusé par Jacqueline Maillan, Dominique Lavanant ou Valérie Lemercier : « Mais enfin Rami ! », « Mais qu’est-ce que cette question a à voir avec la Résistance, c’est du privé », « Mais môssieur Ouille… »
 Répétons-le, en ces temps de morosité, la campagne municipale de NKM, à l’authenticité falsifiée, à la mise en scène fatiguée et usant de toutes les vieilles ficelles de la com’ pol’ des années 80 (bientôt le jogging au Bois de Boulogne, vous verrez) nous offre l’occasion de nous distraire un peu. C’est déjà ça, d’autant que sur internet il est possible dénicher des images d’une sortie dans le métro de NKM, images loin de refléter « un moment de grâce ».
Le journal « ELLE » ne s’y est  pas trompé dans la présentation ambiguë qui est faite de cet entretien culte de NKM :  » Interview d’une frondeuse qui voit les Parisiennes à son image ». Cette introduction, si flatteuse, mais quelque peu décalée par rapport au corpus de l’interview, est-elle vraiment aussi bienveillante qu’elle en a l’air ?
Vidéos
A voir sur le web: Municipales 2014 à Paris
Édité par Mélissa Bounoua  Auteur parrainé par Benoît Raphaël

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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