Liberté – Fiscalité – Fraternité

Imagine demain le Monde – Edito de Mars/Avril 2013 – Extraits
C’est quoi l’impôt ? La civilisation, tout simplement ! C’est en effet grâce à l’impôt que nos sociétés paient pour que fonctionnent l’enseignement, les services de santé, une bonne partie de l’économie, la police, les pompiers, la justice, les voies de communication, l’essentiel de la culture et de l’aide sociale… et bien sûr la démocratie, à tous les niveaux. On n’ose imaginer notre vie quotidienne sans cette permanente redistribution des richesses aux uns et aux autres, selon les âges de la vie, les situations familiales, les aléas de l’existence, les besoins d’aide momentanés ou prolongés… et les états de richesse de chacun. Ne pas payer ses impôts, c’est choisir le chacun pour soi, la loi du plus fort, la barbarie.
KAZANEVSKY_2012-12-17-1889« Quel genre d’animal sommes-nous ?, interroge Stefano Bartolini, auteur du livre Manifeste pour le bonheur. La caractéristique distinctive de l’homme est d’être coopératif. L’homme est devenu une espèce coopérative parce que la coopération était fortement avantageuse et parce qu’il a été capable de construire des institutions sociales : établir des règles, les faire respecter, partager la nourriture, socialiser les nouveaux membres. » L’homme n’est donc pas heureux tout seul, en consommant égoïstement tant et plus.
Ce qui ne signifie pas que le mérite ne doive pas être récompensé. Chacun doit être libre de créer, de construire et même de s’enrichir, pourvu qu’il le fasse honnêtement, sans porter préjudices aux autres et à l’environnement. C’est le principe de liberté. Mais chacun a aussi le devoir de rendre à la société une partie de ce qu’il a gagné, pour contribuer à la prospérité commune et empêcher – surtout en période de crise – que les inégalités se creusent et que les liens s’effilochent. C’est le principe d’égalité. Dans nos sociétés modernes, la fiscalité joue un rôle majeur en contribuant à asseoir ce principe d’égalité des chances, en redistribuant une partie des richesses à travers le développement de l’État providence. Ce qui ouvre largement la porte à l’épanouissement de la fraternité. Et donc à des perspectives de bonheur partagé.
« Comment faire une Europe commune sans fiscalité commune, sans poser des questions de solidarité qui font que untitledles peuples se rapprochent non pas dans la compétition économique mais dans la solidarité sociale et démocratique », interroge Edwy Plenel, directeur de Médiapart. Qui poursuit : « Le montant des avoirs financiers dans les paradis fiscaux n’a jamais été aussi important : il est évalué à 15.500 milliards d’euros. C’est plus que le produit intérieur brut additionné des Etats-Unis et du Japon. Plus nous nous enfonçons dans la crise, plus une partie de nos oligarchies détournent de la richesse nationale, ce bien commun, pour le privatiser à l’abri des paradis fiscaux. (…) C’est un scandale politique. » Scandale auquel les plus importants chefs d’Etat de la planète promettent de remédier. Promettent… Faut-il que revienne dare-dare un Roosevelt pour qu’il y ait un réel passage à l’acte avant que la capacité d’action des Etats ne soit réellement menacée de paralysie par la grande fraude fiscale ?
« Le basculement d’une partie de la fiscalité pesant sur le travail vers une fiscalité environnementale constitue un transfert de charge fiscale au bénéfice des générations futures », explique Guillaume Sainteny, dans Plaidoyer pour l’écofiscalité.
L’écofiscalité constitue la voie royale pour introduire progressivement de plus en plus d’écologie dans les comportements des consommateurs. Et elle contribue à l’apurement partiel de la dette financière, sociale et écologique que notre génération lèguera aux générations futures.
A287017DL’Allemagne est souvent citée en exemple, mais seulement lorsqu’il s’agit de subir la cure d’austérité…
L’auteur se livre à une comparaison détaillée de l’évolution de la fiscalité environnementale entre l’Allemagne et la France. Il constate que l’essentiel de la réforme fiscale allemande s’est étalé sur une période de plus de dix ans, depuis la fin des années 90. Son fil directeur a été d’augmenter la taxation sur l’énergie tout en diminuant ou en contenant la fiscalité sur le travail. Et cette politique paraît bien être un succès. « La théorie du double dividende semble se concrétiser. » Parmi les évolutions remarquables : des recettes fiscales supplémentaires (plus de 20 milliards) qui permettent un allègement des charges sur le travail et la création de centaines de milliers d’emplois d’une part ; une stabilisation de la consommation électrique finale et une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 17 % d’autre part (lire « Transition énergétique : quelles leçons tirer de l’expérience allemande  », p. 26 et 27).

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Ecologie, Economie, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.