Attac, quinze ans après : à quoi bon ?

Alternatives Économiques –  décembre 2013 – Thomas Coutrot, porte-parole d’Attac France
Quand les 10 % les plus riches gagnent plus de la moitié des revenus, et quand les 1 % les plus fortunés enclumedétiennent plus de 50 % du patrimoine total, la démocratie et la paix sont gravement menacées. Dans le même temps, le club de Rome prévoit pour les alentours de 2030 un effondrement économique mondial suite au dépassement des limites en ressources naturelles. Qui croit vraiment que les classes politiques en place pourraient prendre les mesures qu’imposent ces dangers ? Avec la vague de mouvements sociaux démocratiques (Indignés/Occupy) initiée en 2011, et qui s’est étendue à de nombreux pays depuis, les citoyens explorent de nouveaux rapports à la politique, visant à dépasser le régime représentatif en y insufflant de fortes doses de démocratie directe et de contrôle citoyen. L’espoir vient de là.
Solutions
Au plan économique, nous connaissons les solutions : l’annulation des dettes, une réforme fiscale fortement redistributive (incluant l’impôt mondial progressif sur le patrimoine de Piketty et la taxe Tobin), des investissements publics et privés massifs dans la transformation écologique des modes de production et de consommation, une réduction du temps de travail… Mais rien de tout cela n’adviendra sans la mobilisation des sociétés civiles.
Les années d’austérité forcenée imposées à nombre de pays de la zone euro ont abouti à l’inverse de l’effet recherché et mis l’économie française en difficulté. Le contexte européen aggrave sensiblement les difficultés de l’économie française : l’austérité excessive imposée depuis trois ans aux pays en crise a fini par la déstabiliser. Tandis que, pour le futur, les règles rigides que se sont données les Européens et l’absence persistante d’outils susceptibles de relancer l’activité dans la zone euro continuent de bloquer l’économie européenne, et donc celle de la France.
Le Comité pour l’annulation de la dette du Tiers monde (CADTM) invite les gouvernements africains à suivre l’exemple de certains pays de l’Amérique du Sud qui ont refusé de payer la dette illégitime, réclamée aux pays en développement. De l’avis de Éric Toussaint, ‘c’est parfaitement possible pour un pays de refuser de payer sa dette’. Et les exemples sont légion dans le monde.

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Equateur, Argentine, Paraguay. Voilà autant de pays qui ont refusé de payer leurs dettes à la Banque mondiale, au Fmi, au Club de Paris et aux banquiers. C’est le Belge Eric Toussaint, le président du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers monde (Cadtm) qui l’a révélé, hier, au cours d’une conférence de presse à l’Ucad dans le cadre du Forum social mondial. ‘Si je vous donne tous ces exemples, c’est pour vous montrer que c’est parfaitement possible pour un pays de refuser de payer sa dette. Et que contrairement à ce qu’on fait passer comme message, cela ne produit pas le chaos. L’Argentine connaît un taux de croissance de plus de 8 % depuis 2003. L’Equateur connaît un taux de croissance de 3 à 4 %. Ces pays n’ont pas connu le chaos. Bien au contraire, ils ont enregistré une amélioration des salaires, des pensions et des conditions de vie des populations’, soutient Eric Toussaint qui a participé à l’audit de la dette de ces pays.
Ce qui lui fait dire que cela peut inspirer les pays africains à qui on réclame une ‘dette illégitime et illégale’. Parmi toutes ces expériences, sources d’inspiration en Amérique latine, le plus intéressant, c’est Équateur où le Cadtm a directement participé à l’audit de la dette. ‘Un nouveau président a été élu fin 2006 qui s’appelle Raphaël Corréa à la tête d’un processus qu’il appelle lui-même révolution citoyenne. Immédiatement il s’est engagé à faire l’audit de l’endettement de l’équateur de 1976 à 2006 par une commission de dix-huit experts en dette dont moi-même. Après quatorze mois de travaux, après avoir épluché des dizaines de milliers de dossiers et des centaines de contrats, nous avons soumis nos recommandations au gouvernement. Et après avoir identifié que 80 % de la dette publique de Équateur était de la dette illégitime, et sur la base de nos recommandations, le gouvernement a unilatéralement décidé de suspendre le paiement de la dette sous forme de bons’, renseigne Toussaint.
detteDémesure
Voilà pourquoi le mouvement altermondialiste se trouve investi de lourdes responsabilités. En son sein, Attac se conçoit comme un outil au service des citoyens qui veulent construire les résistances et les alternatives à cette démesure qui nous écrase. Un outil pour faire de la politique autrement, sans briguer ni postes ni avantages, avec pour seul objectif d’aider les mouvements à converger et les citoyens à renforcer leur pouvoir d’agir.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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