Des éleveurs bretons qui n’approuvent pas les « Bonnets rouges »

France Info – 27 novembre 2013 – Mathilde Lemaire
En Bretagne, donnons la parole à ceux qui sont bretons mais qui ne se reconnaissent pas dans ce mouvement de contestation des « Bonnets rouges » qui manifesteront une nouvelle fois samedi prochain à Carhaix. Souvent, ils dénoncent une agriculture bretonne intensive néfaste pour l’économie et l’écologie. 
20131124_100617Alain Scouarnec est agriculteur, breton et heureux. Comme 4.000 autres agriculteurs de la région, il a choisi le circuit court © Radio France –
Alain Scouarnec a le sourire alors qu’il part voir un de ses quatre troupeaux de 25 vaches limousines dans leur pré. Le sourire aux lèvres, et sur la tête, un bonnet, mais certainement pas un bonnet rouge. « Le rouge? Ma femme trouve que ca ne me va pas ! Plus sérieusement, il n’en est pas question. Leur conception de la Bretagne n’est pas la mienne« , explique cet éleveur de 52 ans installé à Gurunhuel, près de Guingamp dans les Côtes d’Armor.
Il n’a jamais utilisé de produits chimiques. Il y a quelques années, il a même fait certifier sa production « biologique ». C’est peu commun en ces temps de grogne de la filière dans la région, mais Alain Scouarnec est agriculteur, breton, et heureux. « Oui j’en suis presque désolé parce que quand j’en parle avec mes voisins, mes collègues, je vois bien que la plupart ne sont pas satisfaits des conditions dans lesquelles ils travaillent. Mais moi oui je suis heureux« .
L’écotaxe ne lui pose pas de problème car comme 4.000 autres agriculteurs de la région, Alain Scouarnec a choisi le circuit court. Ses vaches sont abattues à 35 kilomètres de sa ferme. La viande est vendue dans quatre magasins dans un rayon de 100 kilomètres. Moins de déplacements, moins d’intermédiaires : cela signifie des marges plus importantes et un revenu satisfaisant. C’est l’opposé du modèle agricole breton dominant : intensif et lié aux usines agroalimentaires.  « Ça n’est pas politiquement correct de le dire, mais je suis parfois dégoûté par certains modes de production de viande en Bretagne. Je sais que cela a beaucoup de conséquences pour l’emploi dans les usines agroalimentaires. Mais il faut se remettre en cause, faire évoluer les manières de faire. Il faut notamment remettre les animaux en lien avec le sol, ne plus privilégier les usines à viande« , explique Alain Scouarnec.
20131121_122231Taieb Ikken gère un magasin bio à Lannion. La Bretagne est une des régions où l’on consomme le plus de produits bio © Radio France Mathilde Lemaire
Taieb Ikken lui aussi espère une évolution à grande échelle. Il gère une coopérative de vente de produits bio non loin de la ferme d’Alain Scouarnec, à Lannion. Depuis sa création il y a 17 ans, son chiffre d’affaires n’a fait que croître. Selon lui, si la Bretagne est une des régions, avec l’Ile de France, qui consomme le plus de produits « bio », ça n’est pas par hasard. « Les Bretons sont aux premières loges pour voir les dégâts de l’agriculture productiviste sur la nature et sur notre santé. Mon activité se développe un peu plus à chaque crise, à chaque révélation d’une présence de nitrates dans l’eau, à chaque découverte d’algues vertes, à chaque pollution aux pesticides. C’est malheureux mais c’est la meilleure publicité qu’on puisse avoir« , explique Taieb Ikken. Il y aurait donc comme une réaction des consommateurs bretons qui veilleraient plus qu’ailleurs à la qualité des aliments qu’ils mangent, précisément parce qu’ils ont sous les yeux des exemples de conséquences néfastes de l’agriculture intensive.
Michel fait ses courses chaque semaine dans ce magasin Biocoop. Il explique que ca n’est pas évident ces temps-ci en Bretagne de dire haut et fort que l’on n’est pas d’accord avec les « Bonnets rouges ». « Je comprends bien la détresse des centaines de salariés des usines comme Gad , Doux ou Tilly-Sabco qui perdent leurs emplois, ou craignent de les perdre. Mais franchement je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’une usine puisse produire des volailles par centaines de milliers par jour par exemple, je ne trouve pas ça très bien« , confie ce client.
untitledAlgues vertes, pollutions au nitrate, pesticides, ce sont les cauchemars d’Yves-Marie Le Lay. Il en a fait son combat. Il préside l’association « Sauvegarde du Trégor ». Les « Bonnets rouges » ? Il n’a pas peur de dire combien il s’y oppose. « Ce mode de « bretonnitude » qu’on nous propose est quand même assez curieux. Voilà des personnes qui sont dans le trou, et qui nous disent « venez tous dans le trou, il fait qu’on le creuse encore ! » Ces « Bonnets rouges » du MEDEF et de la FNSEA nous proposent de rester dans ce modèle agricole qui casse les hommes, casse l’économie, casse l’environnement. Ils voudraient en plus maintenant casser les portiques de l’écotaxe. Il y en assez. Arrêtons avec ces « Bonnets rouges ». Devenons des Bretons respectueux de notre terre et de notre mer. Sortons de la mentalité de colonisés qu’ont ces Bretons d’opérette qui ne font que masquer leur échec. » lance ce militant.
Yves-Marie Le Lay refuse qu’on le traite d’idéaliste. Il ne souhaite pas une Bretagne 100% bio. « On en est d’ailleurs très loin » dit-il. Il aimerait juste « un retour à la raison ». Exemple de ce qui pour lui est le signe d’une folie : la Bretagne compte huit millions de cochons, cela fait près de deux porcs par habitant.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Agroalimentaire, Ecologie, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.