Climat : La négociation n’est pas un jeu coopératif à 195 Etats, mais l’affrontement d’intérêts nationaux.

Le Monde 29/11/2013

l’avertissement des pays en développement

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ANALYSEA Varsovie, les négociations sur le changement climatique, qui se sont achevées samedi 23 novembre, ont une nouvelle fois frôlé l’échec. Il y a bien sûr, pour expliquer cela, une part de la dramaturgie habituelle à ce genre de grande conférence, où chaque pays mené par des négociateurs chevronnés aime jusqu’au dernier moment montrer ses muscles pour faire le moins de concessions possible.
Mais il y a une raison plus profonde : la défiance qui domine les relations entre les pays industrialisés et les pays en développement au moment où la scène géopolitique mondiale est en pleine recomposition. La négociation n’est pas un jeu coopératif à 195 Etats, mais l’affrontement d’intérêts nationaux. Cela n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour le climat, alors que la courbe des températures s’achemine lentement mais sûrement vers un réchauffement de 4°C à l’horizon de la fin du siècle.
Et, à court terme, c’est inquiétant pour l’issue des discussions, qui doivent en principe s’achever, en décembre 2015 à Paris, par la signature du premier accord mondial de réduction des émissions de gaz à effet de serre s’appliquant à tous les pays. La conférence polonaise a sauvé la face en accouchant d’une feuille de route qui balise les étapes jusqu’en 2015.
Moins contraignante que ne l’auraient souhaité les Européens, elle a néanmoins le mérite de mettre la pression sur chaque gouvernement pour qu’il élabore, dans les meilleurs délais, sa  » contribution  » au futur accord. Elle était une condition pour que le processus de négociation se poursuive, elle n’est évidemment pas suffisante pour qu’il aboutisse.
 » Sobriété énergétique « 
Les pays en développement ont adressé une mise en garde aux pays industrialisés en les rappelant au respect des promesses faites en 2009, lors de la funeste conférence de Copenhague. Tant sur le financement pour les accompagner vers un modèle économique sobre en carbone que sur la réduction de leurs propres émissions de CO2 d’ici à 2020. Loin d’être une posture de négociation, elle mérite d’être prise au sérieux.
Mettons-nous un instant à la place de l’Inde ou du Congo ou de tout autre pays du Sud. L’accord de 2015, qui entrera en vigueur à partir de 2020, consacrera la fin du Vieux Monde, celui du protocole de Kyoto fondé sur une division nette entre les pays industrialisés – définis comme ceux appartenant à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 1990 et ceux de l’ex-bloc soviétique – et les pays en développement.
A partir de 2020, tous les pays deviendront comptables du réchauffement, même si le principe fondateur de la Convention climat, établissant  » une responsabilité commune mais différenciée « , continuera d’exister. Cela paraît incontournable dans la mesure où, en l’espace de vingt ans, les pays en développement sont devenus le premier foyer d’émissions de gaz à effet de serre. La Chine est, à elle seule, à l’origine de 27 % des émissions mondiales en 2013, selon les estimations du Global Carbon Project, contre 14 % pour les Etats-Unis et 10 % pour l’Union européenne.
Si l’Afrique ne pèse que 5 % dans le bilan mondial, il est aisé d’imaginer que cette  » sobriété énergétique  » ne durera pas au vu de sa croissance démographique et de ses abondantes ressources en énergies fossiles, encore à peine exploitées. Mais, au moment d’acter ce basculement, les pays en développement exigent que les pays industrialisés n’éludent pas leur responsabilité historique en se hâtant un peu trop vite, à leurs yeux, de transférer le fardeau du changement climatique sur leurs épaules.
Varsovie n’a rien fait pour les rassurer. La proposition du Brésil, suggérant de confier à une institution peu contestable, en l’occurrence le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le soin d’élaborer une méthodologie qui permette d’engager un débat rationnel sur la question de l’équité, a été rejetée. Il est peu réaliste de penser qu’il sera possible de faire l’impasse sur un sujet aussi central d’ici à 2015.
Le spectacle donné par les pays industrialisés a consisté soit à faire marche arrière sur leurs engagements de réduction d’émissions – l’Australie, le Japon –, soit à jouer le statu quo comme les Etats-Unis, soit enfin à tenir des discours volontaristes – l’Union européenne – sans être en mesure de les traduire par des actes.
Or les objectifs arrêtés en 2009 sont déjà insuffisants pour rester sur la trajectoire des 2 °C. L’OCDE a calculé qu’ils traduisent un effort de 18 %, alors que le GIEC fixe une fourchette de réduction d’émissions de 25 % à 40 % d’ici à 2020. Quant aux 100 milliards de dollars par an de transferts financiers promis d’ici à 2020, les pays en développement ont dû se contenter de nouvelles… promesses.
Les Européens qui apparaissent comme les seuls, dans le camp occidental, à vraiment souhaiter un accord global et contraignant en 2015, pensent qu’ils pourront enfoncer un coin entre les grands émergents – Chine, Inde, Afrique du Sud, Brésil – et les pays plus pauvres pour construire une  » alliance progressiste «  comme à Durban en 2011. Varsovie a montré qu’il serait imprudent de trop miser sur cette division.
par Laurence Caramel Service Planète caramel@lemonde.fr

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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