Europe – Pour tenter d’atténuer l’effet du choc ukrainien, décodé comme une défaite diplomatique de l’UE, quelques nouveaux textes seront signés à Vilnius

LE MONDE | 29.11. | Par Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)

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L’UE veut sauver la face après le refus ukrainien

 Les Vingt-Huit et les six membres du Partenariat oriental se retrouvent à Vilnius jeudi et vendredi. Les dirigeants ukrainiens ont d’ores et déjà indiqué qu’ils ne signeraient pas l’accord d’association
Humiliation : c’est le mot le plus fréquemment entendu ces jours-ci dans les couloirs de la Commission européenne et du Service d’action extérieure.  » Humiliation  » parce que, au bout de six années d’une négociation ardue et à quelques jours d’un sommet tenu à Vilnius et longtemps présenté comme  » historique  » car devant illustrer la nouvelle  » Ostpolitik  » de Bruxelles, les dirigeants ukrainiens ont indiqué, le 21 novembre, qu’ils ne signeraient pas l’accord d’association et de libre-échange que leur proposaient les Vingt-Huit.
En agissant ainsi, Kiev a, explique-t-il, voulu privilégier  » la sécurité nationale «  et relancer ses relations économiques avec la Russie. A Vilnius, où doit se tenir la réunion des chefs d’Etat de l’Union européenne (UE) et de six pays membres du Partenariat oriental, jeudi 28 et vendredi 29 novembre, le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a promis de venir expliquer sa position. Il veut tenter de les convaincre de débattre avec Moscou des graves difficultés de son pays, englué dans les dettes et contraint de rembourser à bref délai 6 milliards d’euros au Fonds monétaire international.
Le gouvernement de Kiev évoque une possible signature avec l’UE au printemps 2014 si ce dialogue à trois aboutissait.  » D’accord pour clarifier avec Moscou certaines mauvaises interprétations et démonter certains mythes, mais pas davantage… « , réplique un haut responsable de la Commission.
Lancé en 2005, le projet du Partenariat oriental, porté par la Pologne et la Suède, a été officiellement inauguré à Prague en 2009. Il vise à construire  » pas à pas «  un voisinage  » démocratique, prospère et stable, basé sur l’Etat de droit « , selon les mots du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Un investissement global de 2,5 milliards d’euros pour la période 2010-2013 a été consenti, augmenté de prêts de l’ordre de 1,8 milliard d’euros de la Banque européenne d’investissement (BEI).
Le résultat ? Maigre. L’accord rejeté par l’Ukraine sera paraphé seulement par la Moldavie et la Géorgie, même si un doute subsiste quant à l’évolution de ce dernier pays, dont les dirigeants choisissent la voie européenne tout en prônant des relations plus fortes avec la Russie. L’Arménie a décidé, en septembre, de rejoindre l’union douanière Russie-Kazakhstan-Biélorussie. Cette dernière et l’Azerbaïdjan, partenaire obligé étant donné sa situation géostratégique et ses atouts énergétiques, sont trop éloignés des critères démocratiques et économiques fixés par Bruxelles.
Pour tenter d’atténuer l’effet du choc ukrainien, décodé comme une défaite diplomatique de l’UE et une victoire de la Russie, qui a multiplié pressions, intimidations et promesses envers Kiev, quelques nouveaux textes seront signés à Vilnius pour  » accélérer le rapprochement politique et l’intégration économique « . L’Azerbaïdjan se verra offrir quelques facilités en matière de visas, la Géorgie sera intégrée dans les futures missions de gestion des crises et un accord aérien sera même signé avec l’Ukraine.
Mais, à l’évidence, le cœur n’y sera pas et l’affirmation, maintes fois répétée, que  » la porte reste ouverte «  pour l’Ukraine, ne paraît même pas convaincre ceux qui la formulent. Pourtant alertée, en septembre, par la volte-face de l’Arménie, qui interrompait quatre années de discussion avec Bruxelles pour rallier le camp russe,  » la Commission européenne a fait preuve de trop de naïveté « , juge un expert des services diplomatiques.
A la veille du refus du Parlement ukrainien d’adopter un texte qui aurait permis à Ioulia Timochenko, l’opposante au président Ianoukovitch, condamnée à sept ans de prison, de se faire soigner en Allemagne, comme l’exigeaient les Vingt-Huit, Stefan Füle, le commissaire à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage, séjournait à Kiev. Il se disait  » encouragé par la détermination du président à œuvrer, en coopération avec tous les groupes parlementaires, pour une législation-clé « . Rentré à Bruxelles faire son rapport, il apprenait la décision ukrainienne quelques heures avant de réembarquer pour ce qu’il espérait être une dernière visite couronnée de succès dans la capitale ukrainienne…
Plusieurs jours avant d’indiquer qu’il ne signerait pas l’accord avec les Européens, M. Ianoukovitch avait rencontré secrètement son homologue russe, Vladimir Poutine. Et, juste avant la confirmation officielle de ce refus, les premiers ministres des deux pays s’étaient vus à Saint-Pétersbourg. M. Füle semble avoir cru qu’il avait affaire à des bluffeurs, qui finiraient par se rallier à sa cause.
 » Les négociateurs européens se sont enfermés dans leurs exigences de respect de standards économiques et juridiques, mais ils ont surtout mal jaugé le niveau des pressions et des prétendues compensations formulées par la Russie « , avance une source au Conseil européen. Qui déplore que Bruxelles n’ait pas martelé le niveau des efforts qu’il était prêt à accomplir au cas où l’Ukraine aurait été victime de mesures de rétorsion de la part de la Russie. L’UE a déjà fourni 3,3 milliards d’euros au pays depuis son indépendance, en 1991, et, au total, celui-ci aura bénéficié de 10,5 milliards apportés par la BEI, les Etats membres et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.
La volonté initiale du Partenariat oriental – entourer l’Union d’un  » cercle d’Etats amicaux bien gouvernés «  – se heurte désormais à la volonté de Moscou de contrebalancer les projets de l’UE et de protéger son économie. Alors même que Bruxelles entend garder de bonnes relations avec la Russie,  » partenaire stratégique «  et énergétique indispensable.
L’épisode ukrainien souligne l’ambiguïté de relations conditionnées, dès le départ, par la perspective de l’élargissement de l’UE à l’Est. Pour preuve : les conditions strictes imposées aux pays partenaires et le suivi tout aussi strict de leurs réformes. Or, plus aucun dirigeant européen n’ose évoquer l’élargissement. De quoi les plonger dans l’incertitude quant à la finalité de ce qui leur est proposé.
Jean-Pierre Stroobants
Ceux qui devraient signer à Vilnius
La Géorgie L’exécutif prône des  » relations apaisées «  avec la Russie permettant à l’Europe de consolider son action.
La Moldavie Petit pays pauvre, gouverné par l’Alliance pour l’intégration européenne, il est le bon élève de l’Europe.
Ceux qui devraient choisir la Russie
L’Arménie Le Kremlin a convaincu le président de choisir l’Union douanière, pilotée par Moscou.
L’Ukraine Le pays a suspendu les négociations avec l’Union et tente de relancer les discussions économiques avec la Russie.
Ceux qui attendront
La Biélorussie Le Kremlin, qui a sauvé le pays de la banqueroute il y a deux ans, ménage cet allié.
L’Azerbaïdjan Courtisé pour ses réserves énergétiques, le pays joue sur divers tableaux diplomatiques.

aukratien poutine

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