Bientôt Noël : bienvenue dans le meilleur des mondes numériques

Le Canard Enchaîné 27/11/2013 – Jean-Luc Porquet
Quoi ? Bientôt Noël… et vous ne vous apprêtez pas à offrir à vos enfants la console PlayStation 4 de chez Sony à 399 euros seulement ? Ni la tablette Google Nexus 7 avec son « processeur quadruple cœur qui lui confère une excellente réactivité« , à229 euros ? Ni le Smartphone iPhone 5s de chez Apple, avec son « lecteur d’empreintes digitales astucieusement logé dans le bouton d’accueil« , à partir de 709 euros ?
af597154-3b03-11e2-a955-d1dce6c44402-493x500Vous ne craquez pas pour Home by SFR, HC2, la centrale d’alarme avec système complet de capteurs, et intervention d’Europ Assistance dès l’alerte d’intrusion, 99 euros plus 20 euros d’abonnement mensuel, qui arrache au « Nouvel Obs » (7/11) ce cri d’amour : « la maison connectée devient réalité » (et nous prouve en passant que, la maison connectée, c’est avant tout la maison fliquée de la tête aux pieds) ? Malheureux ! Vous ne faites donc pas partie de ces joyeux français qui vont se ruer sur « les 10 produits stars de Noël » et devraient claquer )dans le high-tech pas moins de milliards d’euros, courant décembre (« Les Échos », 19/11) ? C’est peut-être que vous avez lu ‘La face cachée du numérique » (1). Dans ce bref ouvrage qui explore ce domaine négligé qu’est l’impact environnemental des nouvelles technologies, on apprend notamment que leur explosion est telle qu’elles sont désormais à l’origine d’une quantité de gaz à effet de serre comparable à celle produite par l’aviation, soit 2% des émissions globales (et ça ne  cesse d’augmenter) Elles consomment déjà en France pas moins de 14% de l’électricité totale, soit la production de sept réacteurs nucléaires. Et il ne s’agit pas seulement de la consommation des appareils individuels à recharger sans cesse ou à brancher sur le secteur :00708790-photo-dessin-clubic-c-pere-noel-2007 l’énorme infrastructure qui permet à ces réseaux numériques de fonctionner est énergivore, surtout les fameux data centers (centres de données), remplis d’armoires de serveur destinés à rerouter les messages, qui consomment à elles seules plus d la moitié de cette électricité (il en existe un demi-million dans le monde. Et la production de données étant appelée à être multipliée par cinquante dans le monde d’ici à 2020… En prime : nécessitant de multiples matériaux (mercure, plomb, cadmium, chrome, PVC, phosphore, terres rares, coltan, etc.) et des processus de fabrication mettant en jeu nombre de produits toxiques (solvants, acides, métaux lourds), tous ces objets hig-tech partent à la poubelle en moyenne deux ans après leur achat. Et seuls 20% d’entre eux sont recyclés.
Mais qu’importe ! Comme nous l’apprend un merveilleux article du « Figaro Magazine » (22/11), nous devenons tous des « écolos sans le savoir« , car les industriels, convertis en masse çà l’amour de la planète, ne cessent de verdir leurs produits Jetez donc ce bouquin qui relève de cette affreuse « écologie punitive » à vous dégoûter d’acheter le dernier Galaxy Note3 !
facecacheenumeriques(1) Par Fabrice Flipo, Michelle Dobré et Marion Michot – l’Échappée, 140 pages 12€ – octobre 2013
Les nouvelles technologies, en dématérialisant les activités humaines, permettraient de réduire l’impact de la croissance sur la biosphère, voire, pour les plus enthousiastes, pourraient résoudre la crise environnementale. 
Si le monde numérique semble virtuel, les nuisances, elles, sont pourtant bien réelles : que ce soit sur le plan énergétique (la consommation des centres de données dépasse celle du trafic aérien, une recherche sur Google produit autant de CO2 que de porter à ébullition de l’eau avec une bouilloire électrique, etc.), par l’utilisation d’une quantité considérable de matières premières pour la fabrication des appareils électroniques, notamment des minerais précieux dont l’extraction provoque des conflits armés, ou encore par l’accroissement permanent de la masse de déchets d’équipements électroniques particulièrement polluants.
Dans ce travail précis et informé, les auteurs montrent l’impact environnemental réel du numérique en s’appuyant sur de nombreuses études. Ils démontent de manière implacable le mythe d’une nouvelle économie propre et écologique.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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