La Cour des comptes soupçonne un détournement de fonds publics sur la Caisse des dépôts et consignations

Le Canard Enchaîné 27/11/13 – Jean-Michel Thénard
Luc Besson passe à la Caisse pour faire son cinéma : scénario et mise en scène réalisés à l’Élysée.
jpg_3_quai_Anatole_France-04_c_Caisse_des_Depots-Olivier_Londe« L’actuelle mandature de la caisse des dépôts n’est pas responsable des décisions prises par la précédente. » La position officielle de cette noble institution publique ne laisse pas de place à l’ambiguïté : il y a bien un problème Luc Besson. Un problème qui ne l’a pas empêchée, en février, de s’engager à remettre par l’intermédiaire de l’une de ses filiales, Elan PME, 5 millions d’euros dans le capital d’EuropaCorp, la société du cinéaste, 9 autres millions provenant d’un fonds lié à la famille Dassault. Investissement finalement annulé, le succès de l’augmentation du capital étant au rendez-vous. En dépit du « problème », la caisse, dirigée aujourd’hui par Jean-Pierre Jouyet, devrait aussi, dans les semaines qui viennent, aider la société de besson à financer son projet de multiplex de 15 salles dans l’îlot Euromed, à Marseille, dont le coût est estimé entre 5 à 8 millions d’euros.
Mais, pour la  Cour des comptes, le vrai « problème », c’est plutôt l’aide massive apportée à la cité du cinéma de Besson, en 2009. Les juges financiers ont fait part à la garde des Sceaux, Christiane Taubira, de leurs soupçons de « délit de détournement de fonds publics et de recel de ce délit » (« Le Parisien », 15/11).
Success story
Le 15 juin 2009, la Caisse publie un communiqué triomphant pour annoncer la création, dans le 9-3, à Saint-detournement-fonds0410Denis, sur le site d’une ancienne centrale électrique, d’un futur complexe de 6,5 hectares, qui « accueillera le septième art sur 62 000 m2, dont 11 000m2 pour les neuf plateaux de tournage des Studios de Paris, 8 000 pour l’École nationale supérieure Louis-Lumière, ainsi que 20 500 m2 de bureaux« . La Caisse doit financer la « nef lumière », c’est à dire l’ensemble des bureaux, et apporter 40 millions d’euros, sur un total de 160, au côté de Vinci.
L’Élysée pousse à la dépense et la Caisse sort 40 millions de ses fonds propres, le reste est financé par des emprunts à sept banques, pas moins. La Caisse se retrouve donc propriétaire à 75% de l’ensemble. La direction juridique et des risques de l’établissement émet des réserves. Le directeur général de la Caisse des dépôts, Augustin de Romanet se voit alors placé dans une situation délicate, Sarkozy le considérant comme un chiraquien.
Annexe du château
Pour se couvrir, il prend la peine d’écrire à Claude Guéant, le secrétaire général de l’Élysée, afin de l’alerter au sujet de la « part des fonds propres » que la caisse est obligée de sortir. Et expliquer qu’il n’ira pas au-delà, le reste devant être pris en charge par les banques. Ce sont ces courriers qui amènent la cour à penser aujourd’hui que l’Élysée  a forcé la main à la Caisse des dépôts.
Sarkozy à fond la Caisse
untitledSarkozy a toujours considéré que la Caisse des dépôts était à se botte. Ainsi, le lundi 7 juin 2010, il convoque à l’Élysée Éric Fottorino, alors patron du « Monde ». Le quotidien du soir est en vente, et le chef de l’État ne veut pas que le trio Niel-Bergé-Pigasse le rachète. Il explique à Fottorino que la Caisse des dépôts ne mettra pas un sou dans l’imprimerie du « Monde », en perdition, si les acquéreurs sont ces « financiers » qui n’ont pas son agrément.     En revanche, l’époux de la chanteuse Carla Bruni n’a pas hésité à actionner la Caisse des dépôts pour renflouer Naïve, la maison de disques de madame, à hauteur de 2 millions d’euros en 2009, puis de 300 000 euros en 2010…
C’est ce qu’on appelle taper dans la Caisse ?

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