Neuf-quinze – sondomanie politique et hypermédiatisation absurde

 neuf-quinze@arretsurimages.eu03/12/2013

PISA : marge d’erreur dans le bonnet d’âne

09h15 – Tremblements matinaux : le « bonnet d’âne » menace. Entendez : la France va encore perdre des places au classement PISA, qui mesure les performances des élèves classés par pays, et dont les résultats devraient être rendus publics dans la matinée. On entend d’ici la longue lamentation du déclin, sur laquelle chacun greffe ses propres fantasmes : on vous l’avait bien dit, trop de maths, trop d’histoire-géo, trop d’orthographe, trop de laxisme, trop de temps libre, trop d’heures de cours, trop de télévision, trop d’internet, trop d’impôt, trop d’écotaxe, et on dégringole dans le classement PISA.
Passons sur le fait qu’un classement par nationalité masque nécessairement les inégalités à l’intérieur de cette nationalité. Ainsi, la dégringolade française annoncée tiendrait, nous expliquent les radios du matin, à la baisse de niveau des plus faibles, que la hausse du niveau de l’élite ne parvient pas à contrebalancer. Mais il y a plus grave. Si cette enquête, menée tous les trois ans sur les adolescents de 15 ans (1), est reconnue comme parfaitement rigoureuse, en revanche son point faible est précisément…le classement, affecté, parait-il, d’une marge d’erreur (2) de plus ou moins cinq places. Autant dire que si l’on apprend que la France a reculé de cinq places au classement, cela ne signifiera pas grand-chose.
Une marge d’erreur, ça ne vous rappelle rien ? Mais si bien entendu, la sondomanie politique, et l’hypermédiatisation absurde de gains ou de pertes d’un ou deux points, à l’intérieur, donc, de la marge d’erreur. Et si le classement PISA révélait surtout notre hantise morbide du bonnet d’âne, qui pousse le système médiatique à se polariser sur des classements sans signification ? Des sondages de popularité déconnectés de toute traduction électorale, jusqu’aux oracles des agences de notation sans aucun effet sur les taux d’emprunts des pays qu’elles affectent (on se souvient des psychodrames à répétition autour de la perte du triple A français, laquelle perte n’a strictement rien changé au taux auquel la France emprunte sur les marchés) les journalistes français adorent notations et classements. Sans doute PISA, en plongeant dans les spécificités de l’enseignement français, pourrait-il nous aider à en comprendre les raisons.

abonnet d'ane

1) http://www.europe1.fr/France/Pisa-un-classement-controverse-1728399/
(2) http://www.laviedesidees.fr/PISA-une-enquete-bancale.html
Daniel Schneidermann

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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