Culture de la vigne : Quand la biodynamie est rattrapée par le système productiviste et conventionnel

Planète info 28 /11/ 2013, 01 h 03
Une affaire étonnante qui révèle l’incompatibilité et l’incompréhension entre deux modes de production agricole : le conventionnel et la biodynamie. une page Facebook de soutien au viticulteur a été mise en place.
Un viticulteur refuse de traiter avec des pesticides : il encourt 30 000 euros d’amende et 6 mois de prison…

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Aujourd’hui, un viticulteur encourt 30 000 euros d’amende et 6 mois d’emprisonnement pour avoir refuser de traiter, à titre préventif, sa propre production avec des pesticides . Retour sur une affaire étonnante qui révèle l’incompatibilité et l’incompréhension entre deux modes de production agricole : le conventionnel et la biodynamie.
Juin 2013 : dans le cadre de la lutte contre un insecte vecteur d’une maladie de la vigne, la cicadelle (Scaphoideus titanus), agent vecteur de la flavescence dorée[1], un arrêté préfectoral impose « dans toutes les vignes en production ou non (…) une application unique d’un insecticide disposant d’une autorisation de mise sur le marché pour cet usage. » Ceci sur « l’ensemble des vignobles de la Côte d’Or excepté ceux du Châtillonnais et de l’Auxois ».

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Emmanuel Giboulot, viticulteur engagé en biodynamie[2], un mode de culture relativement proche de l’Agriculture Biologique, exploite 10 ha de côtes-de-beaune et de hautes-côtes de nuits. Or, la biodynamie rejette catégoriquement l’épandage préventif de pesticides. C’est pourquoi, au début de l’été 2013, il refuse de traiter ses vignes contre la flavescence dorée, comme l’exige l’arrêté. Comme d’autres viticulteurs qui s’y opposent, il s’expose alors aux dispositions pénales prévues à l’article L 251-20 du code rural et de la pêche maritime, c’est à dire « six mois d’emprisonnement » et « 30 000 euros d’amende », rien que ça.
Emmanuel Giboulot, exploitant bio[3], est alors contrôlé par la direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf), fin juillet et fait aujourd’hui l’objet d’une convocation devant le délégué du procureur de la République du tribunal d’instance de Beaune pour infraction au Code rural.

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Quand la biodynamie est rattrapée par le système productiviste et conventionnel
Emmanuel Giboulot se défend : utiliser un insecticide tuerait aveuglément tous les insectes de ses vignes, or son mode de production se base notamment sur des auxiliaires pour prévenir les ravageurs et certaines maladies. De plus, son exploitation n’utilise aucun pesticide depuis 43 ans et n’a jamais contribué à la propagation de la flavescence dorée. Enfin, il s’agit d’un traitement préventif et non curatif : « Je ne voulais pas utiliser de produits chimiques dans mes parcelles, que ma famille cultive en bio depuis 1970« , indique Emmanuel Giboulot, soulignant le dilemme auquel sont confrontés nombre d’exploitants.
Pour les viticulteurs bio, un seul insecticide permet de lutter contre la cicadelle tout en conservant leur label : le Pyrevert, à base de pyrèthre naturel – extrait des fleurs séchées du chrysanthème. « Mais cet insecticide n’est pas sélectif : il tue non seulement la cicadelle mais aussi la faune auxiliaire nécessaire aux équilibres naturels dans le vignoble, dénonce le viticulteur. Il détruit par exemple le typhlodrome, un acarien prédateur naturel des araignées rouges qui se nourrissent de la sève de la vigne. »
Or, « le Pyrevert, même s’il est d’origine naturelle, est nuisible pour l’environnement : c’est un neurotoxique qui peut affecter les insectes, mais aussi les oiseaux, les animaux et même les viticulteurs selon les doses utilisées », confirme Denis Thiery, directeur de l’unité santé et agroécologie du vignoble à l’INRA.
Mais pour Olivier Lapôtre, chef de service à la Draaf Bourgogne, « cette maladie, la flavescence dorée, est la plus grave de la vigne. Elle ne contribue pas à faire baisser le rendement, elle est tout simplement mortelle« . 11 hectares de vignes ont été arrachées en 2012 à cause d’elle et il n’est pas question de prendre le moindre risque pour les vignobles voisins alors que trois cas ont détecté trois cas en Côte d’Or cette année.
Pour Séverin Barioz, directeur de la confédération des appellations de Bourgogne (CAVB), les viticulteurs ne peuvent se soustraire au traitement : « Cela ne fait plaisir à personne de traiter. Mais il faut éradiquer cette maladie afin de stopper la propagation. D’ailleurs, cette problématique est aussi présente pour les côtes-du-rhône qui vont être obligés d’arracher des ceps. »
Aujourd’hui la profession est divisée. D’un côté, elle est apeurée par les ravages de la flavescence dorée qui peuvent anéantir des années de travail, ils voient donc d’un mauvais oeil le « laxisme » de leurs collègues engagés en agriculture bio ou biodynamique qui refusent la mesure préventive. En effet, ceux-ci pourraient favoriser l’extension de la maladie et rendre son contrôle difficile avec des dégâts importants.
D’un autre côté, le risque n’est peut-être pas aussi étendu qu’annoncé, en témoignent les 40 ans d’exploitation sans traitement d’Emmanuel Giboulot. Mais c’est surtout la peine encourue qui est clairement disproportionnée : comment peut-on sérieusement infliger une sanction aussi lourde[4] à un viticulteur qui n’a finalement rien fait de mal, alors que sur des affaires bien plus dramatiques, le laxisme pénal est devenu monnaie courante en France ?
La justice tranchera cette question mais cette affaire montre une fois de plus l’incompatibilité flagrante entre le mode de production conventionnel, relativement simpliste dans sa démarche : tout risque est écarté par un traitement phytosanitaire préventif, massif et large (peu importe les conséquences sur les écosystèmes et les populations) et des modes de production bien plus pertinents, exigeants et durables et qui ont nourri l’humanité avec un certain succès pendant des millénaires.
En attendant, une page Facebook de soutien au viticulteur a été mise en place
Notes
1- La flavescence dorée, maladie de quarantaine, est une jaunisse de la vigne particulièrement contagieuse et incurable. Elle est causée par un phytoplasme : micro-organisme qui circule dans la sève. La maladie se caractérise par une décoloration des feuilles et un non aoûtement des bois. Présente dans la plupart des régions viticoles du sud de l’Europe, elle occasionne de fortes pertes de récolte et peut compromettre la pérennité des vignobles. Lorsque les premiers cas sont détectés, il faut arracher tous les pieds atteints et maîtriser les populations de cicadelles vectrices (Flavescence Bourgogne).
2- L’agriculture biodynamique représente une démarche globale et non pas seulement une technique agricole. Initiée par Rudolf Steiner en 1924, elle soutient le développement d’organismes agricoles individualisés insérés dans leur environnement terrestre (terroir) et cosmique, garants de santé, d’équilibre et de pérennité pour la terre, l’agriculture et l’homme (Demeter). La biodynamie est plus exigeante que l’agriculture biologique mais étonne aussi par certaines de ses techniques ésotériques qui s’appuient davantage sur des croyances mystiques que sur la science.
3- Les viticulteurs en bio en Bourgogne représentent 13 % de la surface en vignoble. Or, 50 % des viticulteurs en bio ont été contrôlés.
4- En juin 2013, un viticulteur bio du Vaucluse qui n’avait également pas respecté la loi a été reconnu coupable d’infraction. Mais il a été dispensé de peine après avoir accepté de reprendre les traitements phytosanitaires de son vignoble.
Sources
30 000 euros d’amende pour avoir refusé… de polluer ! – Basta !
La justice poursuit un viticulteur bio qui dit non aux pesticides – Le Monde
Auteur : Christophe Magdelaine / notre-planete.info – Tous droits réservés

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