La Jordanie confie à la Russie la construction d’une immense centrale nucléaire

Charlie Hebdo – 9 décembre 2013 – Fabrice Nicolino
Une centrale nucléaire Russe dans le chaudron jordanien
Rions avant de sangloter : La Russie va construire en Jordanie une immense centrale nucléaire. Mais la Jordanie ne veut pas entendre parler des traités internationaux qui surveillent le nucléaire civil comme le lait sur le feu. Et pas question de miser sur une énergie solaire surabondante.
La Jordanie rigole, la Jordanie se lance dans le nucléaire. Sans filet, sans aucune garantie portant sur la sécurité, et au moment même où la région ne parle que de l’Iran et de la bombe. D’abord, un point sur ce rugueux territoire, bordé par tant de charmants et pacifiques voisins : La Syrie, l’Irak, Israël et la Cisjordanie-Palestine occupée, l’Arabie Saoudite enfin. La Jordanie s’étend sur 92 000 km2 (1/6ème de la France), mais ne compte que 6,4 millions d’habitants, ce qui n’est pas très étonnant dans une contrée à 90% désertique.
2414519Cela n’empêche pas le mouvement et l’exercice, au volant de bagnoles climatisées. La consommation énergétique du pays, par tête, est l’une des plus élevées au monde, mais ce n’est rien encore, car la demande en essence augmente de 7,5% par an et celle d’électricité de 5%. La Jordanie importe 96% de ses besoins en énergie : le pétrole arrive d’Irak, le gaz d’Égypte. Mais bon, jusqu’à quel point est-ce raisonnable ? Les gazoducs égyptiens ont une fâcheuse tendance à être attaqués par des brigands plus ou moins islamistes, avant que d’exploser. On s’interroge, de même, sur la régularité des approvisionnements irakiens. Comment sortir de ces menus soucis vitaux ?
Comment refroidir les réacteurs dans le désert ?
Heureusement, il ne manque pas de visionnaires. Sans remonter à Mathusalem – un gars du coin – signalons l’épisode Kouchner. Oui, le nôtre, la serpillère de Sarkozy. Le 30 mai 2008, l’ami Bernard, alors ministre des Affaires étrangères, signe à Amman, la capitale jordanienne, un accord de coopération nucléaire. VRP de l’atome, il prépare le terrain pour Areva, qui entend bien fourguer sur place une centrale nucléaire rutilante.
Ce sera ATMEA1, du nom d’une société franco-japonaise créée pour l’occasion. En mai 2012, la Commission jordanienne de l’énergie atomique (JAEC) présélectionne ATMEA, qui, selon la propagande commerciale d’Areva, correspondrait  » le mieux aux besoins du pays, tout en assurant les plus hauts niveaux de sûreté« . Mais les Russes d’Atomstroyexport continuent un savant travail de lobbying – et plus si affinités…- qui va finir par payer. Fin octobre 2013, le ministre de l’Information jordanien, Mohammed Moman, annonce qu’un contrat d’un coût estimé à 10 milliards de dollars a été conclu avec Moscou pour la construction d’une immense installation nucléaire. La centrale, qui doit voir le jour en 2023, sera construite à Amra, une zone désertique au nord de la capitale du royaume, Amman. Une seconde entreprise russe, Rusatom Overseas, ferait fonctionner la centrale.
Greenpeace-JAEC-Action-3Selon les proclamations locales, la Jordanie pourrait devenir, quand les poules auront des dents en uranium, un exportateur net d’électricité. En attendant ces beaux jours, et sur fond sans doute de révolutions arabes, ça gueule comme rarement. Le phénomène le plus intéressant est sans doute la rencontre entre un mouvement écologique naissant  – un parti vert de gauche demande en ce moment son enregistrement – et certaines factions minoritaires de l’appareil d’État. Un Raouf Dabbas, très connu en Jordanie, où il est un conseiller écouté du ministère de l’Environnement, ne dit pas en fait autre chose que les activistes de Coalition for Nuclear Freee Jordan, le parti vert.
Les deux pointent les risques considérables d’un projet lancé sans aucune étude d’impact dans un pays à forte activité sismique. Et Dabbas de poser en outre cette redoutable question : « Comment un pays aussi pauvre en eau que la Jordanie peut-il construire une centrale nucléaire ? Le plus grand défi sera le refroidissement des réacteurs !  » – les températures durant les mois d’été dépassant souvent 36°C. Les uns et les autres restent également prudents sur les risques de prolifération du nucléaire Et pourtant ! Les jordaniens auraient refuser tout net de signer des conditions contraignantes, notamment l’initiative de sécurité contre la prolifération, ce qui ne manque pas de rassurer pour la suite.
Dernier point que l’on trouve dans une excellente étude de Greenpeace (The future of Energy in Jordan). Il y aurait assez de vent et, surtout de soleil pour satisfaire 60 fois les besoins d’énergie de la Jordanie à l’horizon 2050. Il doit donc y avoir un truc.

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