Milipol : Le dernier salon où l’on tue !

Siné Mensuel – N°26 Décembre 2013
Près de Paris, en novembre dernier, a eu lieu la 18ème édition de MILIPOL, une foire du tout-répressif parfaitement assumée.
La 18ème édition de Milipol, salon mondial de la sécurité intérieure des États, se déroulait en banlieue parisienne du 19 au 22 novembre dernier Armes de petits ou moyens calibres, fusils d’assaut, matraques, équipement de protection façon Robocoop, véhicules blindés pour le côté conventionnel mais aussi systèmes d’écoutes et de vidéosurveillance, drones pour le côté cyberguerre…
100_5863Le Milipol, c’est un peu la samaritaine du treillis, on y trouve tout ! Le nec plus ultra en matière de défense  et de répression. C’est là que des représentants d’États – plus ou moins démocratiques – et des officines privées viennent s’armer jusqu’aux dents, flattant la crosse du fusil comme d’autres le cul des vaches au salon de l’Agriculture. La surface des stands de vente témoigne des équilibres géopolitiques, des puissances émergentes et de la mégalomanie sécuritaire des États-Unis (682 milliards de dollars de dépenses militaires en 2012, 4,4% du PIB), Iraël (15 milliards de dollars, 6,5% du PIB) y font une démonstration de force. Le Brésil, la Russie et surtout la Chine prouvent qu’ils ont de quoi mater les opposants. Les représentants du Qatar, qui accueillera le Milipol en 2014, sont tout sourire. Renault Trucks Défense, Safran, Thalès, etc., illustrent le made in France. Dans les allées, on communique en anglais, la langue du business. Et sur les stands, les VRP sont aussi affables que les vendeurs de chez Dior. Normal.
Derrière n’importe quel clampin peut se cacher un contrat à plusieurs millions de dollars. Les hommes se pressent aux stands des fabricants d’armes comme Smith et Wesson, avec la mine ravie d’enfants jouant aux indiens et aux cowboys. « Tu vois, si tu arrives à gagner un kilo sur le poids de l’arme, le mec en face, tu l’éclates sans problème« , claironne une caricature de Monsieur Sylvestre des Guignols à un gaillard essayant un fusil d’assaut. Plus loin, la société Protecop, qui équipe les forces d’intervention françaises, fait la démonstration de l’usage d’une matraque Ses deux employés athlétiques se foutent sur la gueule dans une chorégraphie pleine de grâce. « Avec cette arme, vous pouvez appliquer un maximum de douleur à votre adversaire », commente l’expert avec la légèreté d’un animateur commercial vantant les qualités d’une lessive dans un rayon de supermarché.
milipol-11La paranoïa atteint son comble à l’espace consacré aux systèmes de surveillance. En la matière, la technologie accomplit des prouesses. Thalès vante ainsi un programme de vidéosurveillance à Mexico baptisé « Ciudad segura », avec plus de 8 000 caméras de surveillance pour pallier les faiblesses d’un pays parmi les plus violents du monde A partir de 15 000 euros, on peut s’offrir un drone pour surveiller nos frontières Au total, 900 exposants – entreprises privées, forces de l’ordre, ministère de l’Intérieur – retranchés dans une cour où les hommes donnent l’impression de faire la guerre pour de faux. Le détachement affiché ambiant ferait presque oublier que dehors, cet arsenal n’a pas d’autre finalité que de réprimer et de tuer.

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