Le gouvernement portugais renforce l’austérité, malgré la contestation populaire

RFI Europe – mercredi 27 novembre –Marie-Line Darcy
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Mardi 26 novembre, des manifestants s’opposent à la politique d’austérité au sein même du ministère des Finances. / REUTERS/Rafael Marchante
Au Portugal, un nouveau budget d’austérité, le troisième de suite, vient d’être adopté : quatre milliards d’économies à faire si le pays veut respecter son engagement face aux bailleurs de fond internationaux qui lui ont prêté 78 milliards d’euros. Les fonctionnaires publics vont être les premiers à faire les frais de ce nouveau tour de vis.
Les fonctionnaires vont perdre entre 2,5 et 12 % de leurs revenus selon les échelons. La ponction va s’appliquer à partir de 675 euros mensuels. C’était jusqu’à maintenant à partir de 1500 euros mensuels. C’est donc un sérieux changement d’échelle, qui fragilise les petits fonctionnaires.
Il faut savoir que les salaires et les progressions hiérarchiques sont bloquées depuis des années et que les fonctionnaires sont aussi soumis au régime de la ponction fiscale exceptionnelle qui concerne l’ensemble de la population portugaise et dont on vient d’apprendre qu’elle est reconduite l’an prochain. A cela s’ajoutent les restructurations de services, les non-renouvellements de contrats, les départs à la retraite non remplacés. Enfin, coup dur supplémentaire, la Cour constitutionnelle a reconnu légal le passage de 35 à 40 heures hebdomadaires de travail dans la fonction publique.
jpg_dessin917_titom_austeriteEn finir avec le programme d’assistance économique international
Le Premier ministre Pedro Passos Coelho afirme pouvoir commencer à se passer du programme d’assistance économique international d’ici juin 2014, comme prévu à l’origine. Pour cela, il faut tenir et continuer les sacrifices. Il n’est pas question de ne pas tenir ses engagements auprès des créanciers, du Fonds monétaire international et de l’Union européenne.
Il en va de la «crédibilité» du pays disent les gouvernants, dans une version contemporaine de la dette d’honneur. Le gouvernement table sur un déficit à 4% du PIB l’an prochain, une dette souveraine à 126% du PIB et un chômage à 17,7%. Mais c’est dans l’ensemble beaucoup plus optimiste que ce que prévoient l’OCDE, l’Union européenne et le Fonds monétaire international.
Le gouvernement met en avant la sortie technique de la récession observée ces derniers mois. Il valorise l’amélioration des exportations et une balance commerciale un peu plus favorable. Mais il faut se rendre à l’évidence, pour le Portugal, on ne peut parler que de frémissements. Rien qui laisse entrevoir une vraie inversion de tendances.
Protestations
Les syndicats affiliés à la CGTP ont organisé une Journée de l’indignation ce mardi 26 novembre, jour du vote du budget de rigueur avec manifestation devant l’assemblée et même occupations de quatre ministères, dont celui des Finances.
→ A (RE)ECOUTER : « On traite les Portugais comme des souris de laboratoire »
Les secteurs menacés de restructuration, comme par exemple les transports, se sont également mobilisés. Des professionnels privés, également, come les chauffeurs de taxis ou les employés de centres d’appels téléphoniques. Des catégories professionnelles qui se disent asphyxiées par la crise.
La semaine dernière une manifestation de policiers s’est soldée par l’occupation du haut des escaliers qui mènent à l’extérieur de l’assemblée. Une occupation symbolique, grâce à la complicité des policiers postés dans les cordons de sécurité. Le malaise est réel au sein des forces de sécurité et dans la justice. Pour l’instant le gouvernement a opté pour une seule ligne de conduite : passer outre.
Vive la compétitivité (Charlie Hebdo 11/12/13)
De retour la semaine dernière dans un Portugal déjà réduit à l’état de squelette à force d’austérité imposée, la « troïka » des dépeceurs de biens publics – Union européenne, Fonds Monétaire International, Banque centrale européenne – a proposé une nouvelle réduction du salaire minimum, histoire d’achever le cadavre. Diminution à laquelle sont opposés les syndicats portugais, bien sûr, mais aussi la pourtant très libérale ministre des Finances, Maria Luis Albuquerque, et même le patronat… Il est vrai que, une fois que l’on aura transformé tous les portugais en esclaves, il faudra quand même trouver de l’argent pour acheter des fouets.

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Le FMI bon pour les riches (Le Canard Enchaîné 11/12/13)
Le Portugal vient d’infliger une bonne leçon à tous ceux qui doutent de l’efficacité des régimes d’austérité du FMI. Les 25 personnes les plus riches du pays ont vu leur fortune croître de 16% en 2013. Elles ne pesaient que 8,4% du PIB en 2012, les voilà à 10% (l’Huma 4/12) Americo Amerim, l’homme le plus riche du Portugal, roi du bouchon en liège, l’est encore plus : sa fortune a doublé, pour atteindre la jolie somme 4,5 milliards d’euros. Les riches profitent de la politique de rigueur exigée en contrepartie d’une aide financière internationale de 78 milliards d’euros, et les pauvres trinquent à leur santé. Tout augmente, même le prix à payer pour que les riches s’enrichissent.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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