La révolution énergétique est en marche, mais elle ne passe pas par les grandes firmes

Le Canard Enchaîné du 11/12/13 – Jean-Luc Porquet
Ce sont de jolis chiffres destinés à marquer les esprits. En 2020, a décrété voilà quelques années, l’Union européenne, il faudrait que 20% de l’énergie consommée en Europe vienne des énergies renouvelables. On n’en est même pas à la moitié, mais bon. De son côté, l’ONU a affiché un objectif similaire pour les pays du monde entier : en 2030, il faudrait que 30% de l’énergie mondiale consommée vienne des renouvelables. On peut continuer ce petit jeu indéfiniment, histoire d’arriver à 100% en 2100, et d’ailleurs ça tombe bien puisque la plupart des réserves de charbon, de pétrole et d’uranium seront alors épuisées…
100_5864Faut-il compter sur les géants de l’industrie pour atteindre ces objectifs institutionnels (ou du moins, aller dans cette direction, évidemment souhaitable ) ? Faut-il attendre, par exemple, que les consortiums EDF-Alstom ou Areva-GDF Suez construisent au large du Tréport et de Noirmoutier ces champs d’éoliennes géantes, pour lesquelles ils viennent de concourir (les plus grosses jamais construites, avec des pales de 90 mètres, et une puissance terrible ! Le tout donnera autant d’électricité qu’un réacteur nucléaire !).
La journaliste Bénédicte Manier (*) est allée à a rencontre de ceux qui proposent une autre attitude : ne pas attendre les décisions d’en haut, ni l’improbable venue du grand soir, mais s’y mettre tout de suite Elle a mené l’enquête dans plusieurs pays, du sud, notamment, et y a repéré « des milliers de petites révolutions énergétiques locales qui ont pour mot-clé commun : l’autonomie« .  A Tilonia, en Inde, par exemple. dans cet écovillage, tout fonctionne à l’énergie solaire : éclairage, ordinateurs, téléphones, pompes à eau, ventilateurs, cabinet dentaire, même le petit hôpital de dix lits Ici, des villageoises indiennes et africaines viennent s’initier au montage de lampes et de panneaux photovoltaïques Chacune d’elles s’engage, une fois formée, à enseigner la technique à d’autres femmes Ces solar sisters ont déja installé des panneaux photovoltaïques dans 574 villages. Suzanne20110401-Solar-Power-Rajasthan-0713
Au Népal, des digesteurs de gaz fonctionnant grâce aux rejets organique (déjections animales, déchets ménagers) permettent aux villageois de cuisiner tout  en affranchissant leurs femmes des corvées de bois qui untitledleur « prennent de trois à quatre heures par jour« . En Europe aussi se multiplient les initiatives de ce genre : l’île danoise de Samso, totalement autosuffisante grâce aux éoliennes et au solaire, bientôt celle d’El Hierro, aux Canaries, d’Ikaria en Grèce, de Wight, en Grande-Bretagne, etc. Et, en France : Enercoop, qui se fournit auprès de 55 petits producteurs d’énergies vertes en France, en Suisse, etc…
Ne rêvons pas : tout comme les Amap n’ont pas réussi à ruiner les chaînes d’hypermarché, ces initiatives locales ne permettront pas de révolutionner la mégamachine énergétique mondiale. Mais on sait que quelques grains de sable bien placés…
(*) Un million de révolutions tranquilles, éditions LLL, 330p. 22,90 €
9791020900098

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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