« On n’est pas couché « « ONPC » – On a pu y voir Natacha Polony et Nicolas Dupont-Aignan, alliés objectifs contre Aymeric Caron : De l’art de dédiaboliser le FN à la télévision en une séquence.

Nouvel Obs Le PLUS –  15-12-2013

« ONPC » : Polony et Dupont-Aignan bashent Caron pour mieux dédiaboliser le Front national

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Natacha Polony face à Nicolas Dupont-Aignan dans « On n’est pas couché » sur France 2 le 14/12/13 (capture)
LE PLUS. Nicolas Dupont-Aignan, leader du mouvement Debout la République, était invité dans « On n’est pas couché » sur France 2 ce samedi. Il y a trouvé une alliée en la personne de Natacha Polony, selon Bruno Roger-Petit, pour qui ce duo n’a cessé de justifier des alliances électorales avec le FN. Est-ce à de telles prestations que l’on doit la poussée de Marine Le Pen ? Décryptage.
Étrange spectacle sur France 2, dans la dernière livraison de « On n’est pas couché ». On a pu y voir Natacha Polony et Nicolas Dupont-Aignan, alliés objectifs contre Aymeric Caron justifier en douce, et ce de manière insidieuse et sournoise, l’idée que les alliances avec le FN, c’est normal.
 De l’art de dédiaboliser le FN à la télévision en une séquence.
 On a souvent dit ici que l’émission de Laurent Ruquier était passionnante à suivre, malgré ses défauts, et surtout à cause de ses défauts, parce qu’elle est, quand elle parle politique, le reflet parfait de l’époque. De ce point de vue, l’édition consacrée à Nicolas Dupont-Aignan, leader néo-gaulliste du mouvement Debout la République, est un modèle du genre : la plus parfaite illustration qu’en 2013, on peut, sous prétexte d’anti-politiquement correct et de liberté de penser, banaliser le Front national, ses hommes et des idées, et mieux encore, estimer en toute bonne conscience que rien n’est plus normal que de s’allier avec la Bête.
Pour faire passer cette infâme pilule, Natacha Polony et Nicolas Dupont-Aignan ont fait cause commune, car entre « néocons » à la française on se comprend et on se soutient. Dans ce dessein, ils se sont servis de l’honnête Aymeric Caron, honnête, trop honnête. Ce dernier n’a pas encore compris que tant qu’il persistera à se poser en journaliste dans un cercle de polémistes, il continuera d’être instrumentalisé par ceux là même qu’il entend dénoncer : les manipulateurs « néocons ».
 La pièce s’est jouée en deux actes.
  Quand Natacha Polony s’en prend à Aymeric Caron
 Premier acte : trahison de Natacha, alliance avec Nicolas.
 La conversation Caron/Dupont-Aignan s’engage sur la question de l’Union européenne. Décidé à monter, preuve à l’appui, que Dupont-Aignan raconte n’importe quoi sur la question des travailleurs européens dits « détachés » qui viennent travailler en France, Caron démontre que Dupont-Aignan omet de préciser que le problème, ce ne sont pas les travailleurs détachés eux-mêmes, qui viendraient prendre leur travail aux Français, mais les patrons fraudeurs, soient les électeurs potentiels de Dupont-Aignan. À la peine, le leader de Debout la République va être sauvée par… Natacha Polony.
 La coéquipière de Caron, fidèle à ce qu’elle incarne désormais à la télévision, la ligne réac’ républicaine dérivant vers le FN, en clair, la ligne Chevènement-Philippot, va lui planter un poignard dans le dos en instruisant, en lieu et place de Dupont-Aignan, le procès en politiquement correct anti-politiquement incorrect.
« Je vais vous faire le décryptage », assène la chroniqueuse, « Vous avez dénoncé ces travailleurs qui prennent le travail des Français, ce qui signifie que vous avez un discours proche du Front national, que vous êtes un crypto-lépeniste ».
 Caron a beau alors protester de sa bonne foi, « Elle dit des conneries ! », Dupont-Aignan saisit l’occasion : »Il n’y a que M. Caron qui dit des choses intelligentes ». L’alliance des « néocons » est nouée sur le plateau de Ruquier, et elle change le rapport des forces qui va présider au service après vente de la banalisation du FN, et des alliances que l’on peut passer avec lui. (à 22.17 sur la vidéo ci-dessous)
 En s’en prenant à Caron, Polony brise le triangle de l’émission, Présentateur/Invité/chroniqueur, qui assure à celle-ci son équilibre et son harmonie, Ruquier jouant le rôle de l’intercesseur qui équilibre les débats, tantôt en faveur d’un invité trop malmené, tantôt en faveur d’un chroniqueur trop maltraité. La trahison de Polony change le triangle, donc rompt l’équilibre des forces en présence, parce qu’elle instaure un triangle chroniqueur/chroniqueur/invité, ou personne ne joue le rôle d’angle d’équilibre. On sort du 1/1/1 pour entrer dans le 2/1, ce qui bouleverse le rapport de force.
Cette rupture avec le point d’équilibre de l’émission va mener plus tard à vendre l’invendable dans une émission de France 2 : l’idée que s’allier avec le FN aux élections, c’est normal.
 Caron est seul, Ruquier est hors jeu, Polony savoure sa trahison
 Acte 2 : bashing d’Aymeric par Natacha et Nicolas, triomphe de la défense des alliances avec le FN
 Plus tard dans l’émission, Ruquier lance le débat sur la situation de Robert Ménard, candidat à la mairie de Béziers soutenu par le FN et Dupont-Aignan. Et Dupont-Aignan, pour s’en sortir, d’expliquer que rien n’est plus normal, que c’est lui qui a soufflé à Ménard, « enfant du pays », qu’il devrait se présenter là, que la présence du FN dans l’affaire ne dérange pas, qu’il n’a pas voulu « céder au terrorisme intellectuel de la petite pensée parisienne » et de développer une thématique « néocon » à la Polony : on n’a pas de leçon à recevoir de la caste des bien-pensants de la capitale enfermés dans leur bulle de privilèges etc…
 À ce moment là de l’émission, apparaissent les dégâts causés dans le premier acte. L’argumentaire vise Caron, et Dupont-Aignan ose le provoquer parce qu’il sait que Polony, si besoin est, viendra à son secours.
 Et c’est ce qui se produit.
Quand Caron demande une fois, deux fois, trois fois, quatre fois à Dupont-Aignan si cela le dérange de voir qu’une alliance objective Ménard/Dupont-Aignant/FN naître à Béziers, Dupont-Aignan sort le grand numéro du Caron-bashing qui permet d’injurier le chroniqueur sans jamais répondre à la question : « grand excommunicateur », « chapeau pointu de l’Inquisition », « procès de Jeanne d’Arc », « Vous n’êtes pas mon juge », « je réponds ce que je veux ! », « myopie de la petite classe qui gouverne la France depuis trente ans », « Vous voulez que j’aille à la repentance ! »…
 Face à ce flot déferlant, ce « bashing » comme on dit de nos jours, Caron ne peut rien car il est seul. Ruquier est hors-jeu, et Polony savoure les effets de sa trahison confraternelle. Oui, Caron ne peut rien, si ce n’est remercier Natacha Polony d’avoir ouvert la voie de la défense de la dédiabolisation du FN à Dupont-Aignan.
 Les « néocons » sont les seuls et vrais vecteurs du vote FN
 Et quand, dans la foulée de l’échange, la parole est offerte à la chroniqueuse campée sur la ligne Chevènement-Philippot, quelle question pose-t-elle ? Une question sur la sortie de l’Euro (cette folie que seuls prônent en France Dupont-Aignan et le FN) en mode « Expliquez-nous en quoi ce ne serait pas grave de sortir de la zone Euro ». Ce n’est même plus de la connivence, c’est de la complicité. (à voir à partir de 32.25′ sur la vidéo ci-dessous)
La boucle est ainsi bouclée : sur le plateau de France 2, après avoir réduit au silence Caron, en le caricaturant en bobo bien-pensant déconnecté des réalités, après avoir justifié les alliances électorales avec le FN en dénonçant les élites parisiennes coupées du peuple, Polony et Dupont-Aignan en viennent naturellement à discuter, comme si de rien n’était, des aspects communs du programme du FN et des thèmes chers aux « néocons », tels que la sortie de la zone Euro.
 On a rappelé, en introduction, que l’émission de Laurent Ruquier était emblématique de l’époque et de ses enjeux. Le décryptage de cette séquence le prouve, à l’évidence, une fois de plus.
 Peut-on faire mieux dans la démonstration de ce que les « néocons » occupant les plateaux de télévision en essaim, tuant en meute, sont les seuls et vrais vecteurs de ce vote FN que l’on nous promet massif en 2014 ?

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 Édité par Rozenn Le Carboulec  Auteur parrainé par Benoît Raphaël

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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