L’immolation gagne peu à peu les pays occidentaux – Survivre à une immolation ce geste ultime de désespoir

Une place pour tous Midi libre  16/12/2013
Comment se manifeste le désespoir résultant de l’absurdité de la société dans les « pays riches » ? Conséquence extrême de la crise économique, cet acte de désespoir est souvent un geste public, destiné à être vu.

L’immolation gagne peu à peu les pays occidentaux

LE MONDE | 16.12.2013|Par Catherine Rollot
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Ils brûlent pour une allocation-chômage, un emploi, un logement… ou tout simplement pour se faire entendre d’une hiérarchie ou d’une entreprise. Combien de personnes se transforment en torches humaines en France ? Faute de statistiques récentes, les seuls chiffres à partir desquels on peut faire des extrapolations sont fournis par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Il s’agit de données globales sur le suicide qui datent de 2009, et qui, en plus de leur ancienneté, ne permettent pas de connaître le nombre précis d’immolations par le feu.
D’autres études, toujours de la même source, relatives aux décès par feu-flammes après hospitalisation existent mais, là encore, elles rendent impossible le tri entre les causes de décès et leur origine intentionnelle ou non intentionnelle. Sur les 10 600 personnes qui décèdent par suicide chaque année et sur les 195 000 tentatives de suicide annuelles, les immolations par le feu restent des faits très rares qu’une recension de façon empirique évalue à moins d’une trentaine de cas par an.
Pour Michel Debout, professeur émérite de médecine légale et l’un des meilleurs spécialistes du suicide, « ce phénomène doit être appréhendé d’une façon plus qualitative que quantitative en raison de son caractère spécifique ». L’acte de s’infliger volontairement la souffrance par les flammes ne rentre pas dans les critères « traditionnels » du suicide. « On se cache d’habitude pour se suicider, ne serait-ce que pour que ça ne rate pas », explique le professeur Debout.
LE SUICIDAIRE VEUT « IMPRESSIONNER »
Or, les immolations par le feu se font généralement dans un lieu public et sont destinées à être vues. Le suicidaire veut « impressionner », au sens littéral, la mémoire collective, pour que son geste ne soit pas oublié. Dans la majorité des cas, si l’on excepte ce que le professeur Debout appelle les « immolations cachées », qui sont le fait de personnes extrêmement déprimées, qui se passent à l’abri des regards, les personnes qui commettent ce geste avertissent les médias, leur entourage ou leur hiérarchie, avant de passer à l’acte.
Le sacrifice, sens premier du mot immolation, est alors un geste de protestation plus que de disparition. Il gagne les pays occidentaux, jusque-là peu habitués à ces cris de désespoir ultime, traditionnellement associés à des revendications politiques – l’un des exemples les plus célèbres est le geste de l’étudiant Jan Palach, qui s’est enflammé en 1969 pour protester contre l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques – et à des régions en proie à l’instabilité comme la Tunisie.
L’immolation revêt dans les pays « riches » une autre dimension. « Les torches humaines sont l’expression la plus désespérée du conflit social, et l’un des indices de la crise économique mais aussi de la crise du politique et de son éloignement des citoyens »,explique l’anthropologue italienne Annamaria Rivera, qui a étudié les auto-immolations publiques au Maghreb, en Europe et au Moyen-Orient. Face à une interpellation qui les dérangerait, Etats ou institutions préféreraient alors nier la portée politique de l’acte en mettant en cause la fragilité supposée du suicidaire ou ses problèmes d’ordre personnel.
« Le suicide sur le lieu de travail est l’expression d’une maltraitance au travail ressentie à tort ou à raison par un salarié, nuance Jean-Claude Delgènes, directeur du cabinet Technologia, spécialisé dans l’évaluation et la prévention des risques professionnels. L’intensification du travail, des exigences professionnelles, les mobilités mal préparées, les changements perpétuels d’organisation, le harcèlement, et l’éloignement sont des facteurs qui se retrouvent dans les suicides à imputation professionnelle majeure car il y a toujours plusieurs facteurs qui poussent à un tel acte, et à sa forme la plus spectaculaire, l’immolation par le feu. »
Lire sur Inventerre : « Le Grand incendie » – les raisons de l’immolation : les témoignages des hommes et des femmes poussés à bout
Lire l’ enquête : Survivre à une immolation par le feu, ce geste ultime de désespoir
voir le webdocumentaire « Le Grand Incendie » : parole à ceux qui se sont immolés par le feu

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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