Le féroce appétit du service de renseignement intérieur touche à la vie privée des personnes

Le Canard Enchaîné – 18/12/13 – H.L.
Jalouse de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure), la DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur) veut plus de crédits, plus de pouvoir et moins de contraintes pour tout savoir sur tout le monde.
TL_1_~1Ce n’était qu’un apéritif… la loi de programmation militaire, qui vient d’offrir un cadre légal aux services de renseignements pour géolocaliser en temps réel les téléphones portables (« Le Canard » , 4/12), n’a pas suffi à rassasier les fonctionnaires de la Direction centrale du renseignement intérieur Une deuxième loi devrait leur permettre, l’an prochain, de picorer un peu plus dans la vie privée des personnes soupçonnées, à tort ou à raison.
Valls ministérielle
Les barbouzes du ministère de l’Intérieur rêvent d’utiliser tous les nouveaux joujoux technologiques. Par exemple en s’introduisant dans des domiciles privés pour y installer micros et caméras ou en posant des balises sous les voitures de leurs « cibles »… Comme les géolocalisations, désormais autorisées et encadrées, ces intrusions pratiquées en dehors de toute procédure judiciaire seraient placées sous la surveillance de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS).
agent_secret_1Pour l’instant, Manuel Valls observe un prudent silence Son cabinet se borne à répéter que « le ministre n’a pas d’avis officiel sur ces questions« . Mais les agents de la DCRI ont trouvé un porte-voix épatant en la personne du président de la commission des lois de l’assemblée nationale, le socialiste Jean-Jacques Urvoas. Tout au long du débat parlementaire sur la loi de programmation militaire, le député a défendu pied à pied les revendications du service. Malgré les réserves de l’Élysée – qui souhaitait prendre le temps de la réflexion -, mais avec l’appui de plusieurs élus de droite, dont l’UMP Patrice Verchère, Urvoas a même essayé de passer en force: il a déposé au dernier moment plusieurs amendements sortis tout droit du bureau du directeur de la DCRI, Patrick Calvar, afin d’autoriser caméras, micros et balises.
Le président de la commission des lois a pourtant dû remballer sa marchandise devant l’opposition conjointe de ses collègues socialistes et du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui jugeaient ses propositions un peu précipitées. Mais Urvoas a obtenu la promesse solennelle que ses suggestions seraient bien prises en compte dans la nouvelle loi sur le renseignement, prévue pour l’an prochain.
Porteur de valises
Ce petit jeu a réjoui les gens de la DCRI : « Urvoas est passé chez nous prendre les commandes« , s’amuse un grand oeil-tt-width-604-height-403-crop-1chef flic. En revanche, le député a mis en pétard ses copains du PS : « Il porte les valises de la DCRI pour mieux préparer son atterrissage Place Beauveau, si Valls part à Matignon« , peste une huile socialiste. Contacté par « Le Canard », l’intéressé ne dément pas vraiment : « J’ai déposé mes amendements de façon prétorienne, mais je voulais prendre date… » Toujours prêt à cajoler la volaille, l’élu plaide par ailleurs pour un renforcement important au budget de la DCRI. Avec leurs 36 millions de crédits annuels (hors salaires), les 3 300 agents se sentent, parait-il ridicules face aux 5 000 hommes et aux 270 millions de budget de fonctionnement de la toute puissante DGSE.
Ego barbouzard
Pour soigner leur ego, les fonctionnaires ont d’ailleurs obtenu – de Manuel Valls cette fois -, la promesse de transformer leur Direction « centrale » en Direction « générale » de la sécurité intérieure dès 2014. La nouvelle DGSI deviendrait ainsi indépendante de la hiérarchie policière et serait soumise à l’autorité directe du ministre. Un statut prestigieux équivalent à celui de la DGSE.
tontons040Mais Calvar et son équipe se montrent insatiables. Ils réclament également, mais plus discrètement, un large accès au flot de communications électroniques interceptées par les grandes oreilles de la DGSE et qui sont stockées dans les gigantesques ordinateurs installés en sous-sol de la caserne Mortier, à Paris. La DCRI se montre d’autant plus empressée que ce « droit de regard » pourrait lui permettre de tourner l’interdiction d’espionner des téléphones ou des ordinateurs sans l’autorisation de la CNCIS. Et pour cause : censée travailler uniquement à l’étranger, la DGSE s’affranchit des textes qui ne s’appliquent que sur le territoire national. Ses agents ne se gênent donc pas pour enregistrer des données émises par des citoyens français quand ceux-ci transitent par des serveurs situés à l’autre bout du monde.
A ce régime là, la DCRI peut toujours se vanter de « rester dans les clous de la légalité ». Il lui suffit de déplacer les clous…

A propos werdna01

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