Respirer provoque des maladies graves…

Charlie Hebdo – N°1122 – 18 décembre 2013 – Fabrice Nicolino
De mieux en mieux. Non seulement l’air que l’on respire est un « cancérogène certain », mais les normes officielles ne valent pas un clou Il faudrait prendre des mesures, mais ce serait agir contre la bagnole et l’industrie. Donc, crevons.
AIR-PO~1En l’espace de quelques semaines, il s’est passé deux évènements d’une portée proprement vitale, et, comme de juste, ils sont déjà oubliés. Le premier se produit en octobre, dans un ciel presque serein : le CIRC (Centre International de Recherches sur le Cancer), proclame que l’air extérieur est un « cancérogène certain » Bon, le CIRC, antenne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est en général dénoncé pour sa frilosité.
Cette fois, pas de précaution excessive. Le communiqué affirme sans détour : « Les experts ont conclu […] qu’il 131017-oms-pollution-air-deligneexiste des preuves suffisantes pour dire que l’exposition à la pollution de l’air extérieur provoque le cancer du poumon Il ont également noté une association positive avec un risque accru de cancer de la vessie. » Désolé de devoir insister, mais cette nouvelles est fracassante Elle signifie simplement que le seul fait de respirer augmente le risque de choper un crabe par la pince. C’est charmant.
Ce qui l’est encore plus, c’est le silence qui suit. On savait bien sûr que l’air ambiant et ses miasmes entraînaient fatalement des maladies respiratoires et cardiaques, mais le cancer ?  Le même jour d’octobre, une étude parue dans The Lancet Respiratory Medecine [« Ambient air pollution and low birthweight : a European cohort study »] rapporte que, même à des bas niveaux de concentration, les particules fines présentes dans l’air favorisent la naissance de bébés plus petits. Et donc statistiquement, bien plus fragiles.
44-pollue-graveCes particules fines émise par les bagnoles, l’industrie, le chauffage, sont d’une rare fourberie. D’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres – un micromètre = 1 millième de millimètre -, elles sont donc invisibles et pénètrent jusqu’au fin fond de l’âme et des poumons. Seulement, quoi faire ? Comme nos gouvernants n’en ont pas la moindre idée, ils délèguent à des associations financées par l’État, comme Airparif en Ile-de-France, le soin de surveiller. L’ennemi est là, les morts aussi, et l’on se contente de regarder le tableau. 
On en était là, ces tous derniers jours, avec des alertes à la pollution urbaine des Ardennes jusqu’à Castres, en passant par Lyon, Poitiers et bien sûr Paris et sa région. Car, mon Dieu, pour la cinquantième fois de l’année, les particules fines attaquent ! La seule nouveauté consiste en une information très embêtante pour nos Si Hautes Autorités. Résumons : le 9 décembre, la  revue The Lancet publie une méta-analyse s’appuyant sur 22 études européennes, soit au total 367 251 personnes. Pour l’ essentiel, les normes de l’Union européenne sont bidon. La limite légale est de 25 microgrammes de particules fines  (PM 2,5) par mètre cube d’air, mais les effets délétères de ces dernières – pas de chance – commencent bien avant. En fait, annonce The Lancet , « L’étude évalue que pour chaque hausse de 5 microgrammes par mètre cube de la concentration en PM 2,5 sur l’année, le risque [mortel] s’accroît de 7% ». Si l’on veut rire encore un peu plus, ajoutons que si la norme de l’Union européenne est de 25 microgrammes par mètre cube, celle de l’OMS n’est que de 10, soit une division par 2,5.
Particules fines, grosse rigolade
Ne surtout pas croire qu’on échappe facilement aux bonnes choses car la revue précise, pour bien faire flipper tout le monde, que « l’association entre exposition prolongée aux PM 2,5 et décès prématurés demeure significative même après ajustement pour tenir compte de facteurs tels que le tabagisme, statut socio-économique, activité physique, niveau d’éducation et l’indice de masse corporelle ».
Et si l’on prenait exemple sur la Chine ? Il y a trois mois, la bureaucratie au pouvoir lançait en fanfare un vaste plan en dix points contre la pollution de l’air, appelé là-bas, en toute simplicité, « l’Apocalypse ». Faute pouvoir s’attaquer aux centrales, au charbon et aux industries des copains, Pékin vient juste de frapper un grand coup dans les rues de la capitale. Après une intense campagne de presse, 500 barbecues de plein air ont été saisis, puis détruits.
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Alors, si chez nous aussi on ne peut pas s’autoriser à prendre de mesures contre les bagnoles et l’industrie, qu’attend-on au moins, pour s’emparer des Tamouls de Paris, de leurs marrons grillés et de leurs réchauds au charbon ?
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Revendication : Les buralistes veulent le monopole de la vente des e-cigarettes. « Et on veut aussi toucher des droits d’auteur sur tous les cancers des voies respiratoires !« 

A propos werdna01

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