C’est à voir – La règle du « je »

 LE MONDE | 14.12.2013
renaud MachartAu fond, le plus difficile, dans l’exercice qui est le mien, n’est pas de se lever chaque jour à 5 h 20 (les travailleurs du petit matin sont légion et les journalistes des matinales télévisées et radiophoniques quittent parfois leur lit dès 2 heures…), de décider d’un sujet ou d’un autre (oui, il m’arrive certains jours de ne pas tout à fait savoir de quoi je vais parler, mais ce vertige est délicieux et, d’ailleurs, cela finit toujours par « sortir »…) et de rendre un « papier » au « central » pour 7 heures afin de permettre le « bouclage » de la page dans laquelle ce que vous lisez paraît.
Ce n’est pas même la crainte de la répétition (cette chronique est un feuilleton), de l’erreur grossière (ainsi, récemment, j’ai affirmé à tort que Louis XIV n’avait pas connu la chapelle du château de Versailles…), ni même d’embêter certains lecteurs en ratiocinant des marottes trop récurrentes ( les émissions culinaires, par exemple ; mais on irrite toujours ceux qui voudraient vous voir parler de football alors que vous ne le faites jamais et l’on agace ceux qui souffrent d’indigestion cathodique devant « Masterchef » ou « Top Chef »).
Certes, le chroniqueur bénéficie d’une rare liberté : il peut s’autoriser à traiter à peu près de ce qu’il veut. Pourtant, la difficulté la plus redoutable est, il me semble, de faire coïncider mes goûts de télévore privé et de téléphage professionnel. En d’autres termes, de parvenir à ne pas regarder seulement ce qui me chaut (que cela soit un documentaire d’Arte sur les transsexuels turcs dans la banlieue sud de Karlsruhe, un opéra inconnu sur Mezzo ou les « Real Housewives of Beverly Hills » sur E !), mais à me mettre autant que possible dans la peau du lecteur-téléspectateur.
Mais j’ai vite fini par comprendre que je pouvais m’autoriser une dose raisonnable d’égoïsme dans mes choix dans la mesure où beaucoup parmi ceux qui me lisent et m’écrivent (machart@lemonde.fr) ne regardent pas vraiment la télévision…
Evidemment, j’ai fait de trop voyantes impasses : certaines chaînes m’ont fait savoir qu’elles se sentaient ignorées, quelques producteurs ou animateurs se sont rappelés plus ou moins élégamment à mon bon souvenir – mais j’ai un peu tendance, je dois le dire, à traiter en dernier ceux qui réclament. Chaque chose vient en son temps, et si j’ai rédigé, depuis la fin août, quatre-vingts papiers, il m’en reste au moins le double à publier d’ici à l’été 2014. Il y en aura donc pour (presque) tout le monde.
Au fait, je m’arrête quinze jours. Ce billet est publié un vendredi 13 (daté du lendemain, comme vous savez), ce qui ne peut que porter chance à l’ami Pierre Rubenach, qui sera votre hôte en cette lucarne jusqu’au 27 décembre (daté 28). Je suis certain que cela vous fera, comme à moi, des… vacances.
Renaud Machart Journaliste au Monde

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans chronique, Médias, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.