Projet économique et social : L’UMP veut rétablir la loi de la jungle

 

 

Charlie Hebdo 24 décembre 2013 – Jean-Yves Camus
Adopté le 18 décembre, ce programme d’inspiration très libérale veut « redresser la France » Au prix du dévissage des plus faibles.
Le texte est un manifeste de combat qui se veut cliver davantage la vie politique. Vis-à-vis de la gauche : en préconisant la sortie définitive des 35 heures, la fusion du CDD et du CDI, la dégressivité accrue des allocations chômage et la fin de l’emploi à vie dans la fonction publique, où la durée du travail passerait à 39 heures. L’opposition propose donc rigoureusement l’inverse de la gauche et même la démolition de ce qu’elle a construit. Toutefois, ce projet est également destiné à contrer la concurrence du FN et à prévenir le basculement vers celui-ci d’une partie de l’électorat sarkozyste.article_photo_1360190307031-1-HD
Le projet économique de l’UMP surfe sur deux tendances de l’opinion : la révolte anti-fiscale et les rejet de l’État-providence. Il réussit à rassembler sur cette ligne les partisans de Copé et Fillon, de Raffarin et de Juppé. Bruno Le Maire lui-même, qui passe pour représenter l’aile la plus modérée de sa formation, déclare à la fois sur ce sujet, qu’il faut « défendre un État fort et respecté. Aider les plus faibles, ceux qui ont connu un accident dans la vie, ceux qui ont été frappés par la perte de leur emploi », et qu’il « est temps de libérer les individus, les entreprises, de la tutelle permanente des pouvoirs publics ». Ce langage a beau être tenu au nom de la nécessaire adaptation de la France à la globalisation, il est impossible de ne pas entendre une autre musique : celle des conservateurs, pour qui l’action sociale vise à distribuer la charité plutôt qu’a atteindre à la justice sociale.
La potion amère
Or il manque aux promoteurs de ce projet économique le courage de leurs idées. Ils n’osent pas se réclamer du catholicisme social, que seule Christine Boutin revendique en plaçant son parti dans la lignée « de Frédéric Ozanam, d’Albert de Mun, de Léon Harmel,» Tout autant ils se défendent d’être des ultra-libéraux alors qu’Hervé Mariton, le délégué général au projet de l’UMP, incarne à droite ce qui en est le plus proche, comme il est logique pour un ancien membre de Démocratie Libérale, le mouvement d’Alain Madelin.
100_5908Pour l’UMP, aborder les échéances électorales futures en proposant aux Français de faire ceinture, c’est risqué. Nicolas Sarkozy le sait, qui a raillé Fillon de ce trait : « C’est un drôle de programme de promettre les 39 heures payées 35 et la retraite à 65ans. Bon courage à celui qui veut se faire élire là-dessus ! » L’opposition mise toutefois sur le fait que les résultats économiques de la politique gouvernementale ne viendront pas, même en 2017, et que les électeurs préféreront alors une potion libérale amère mais créatrice d’emplois à une social-démocratie qui n’apporte ni baisse du chômage, ni relance du pouvoir d’achat.
Ne négligeons pas le fait que l’UMP va marteler que la gauche, pourtant ralliée à l’économie de marché et au réformisme, est « idéologiquement sectaire », comme l’aurait dit l’ancien chef de l’État à des visiteurs de la rue Mirosmenil, où il a installé ses bureaux. C’est une vieille habitude que cette mise en opposition par la droite de «l’utopie constructiviste » face à une doctrine libérale qui ne ferait que refléter la manière dont fonctionne -d’après elle- le « monde réel » Elle était déjà utilisée par le précédent locataire de l’Élysée. Peut-elle séduire à nouveau, en dépit de l’échec objectif du quinquennat de Sarkozy ?
Ce peut être l’ultime carte qui permette à l’UMP de masquer sa crise de leadership et le côté « vieilles recettes dans un pot neuf » de son programme. Le hic, et il est de taille, tient à ce que ce programme, s’il ressemble à la nouvelle orientation frontiste d’un État protecteur et protectionniste, risque de jeter dans les bras du FN les victimes potentielles de la casse sociale énorme que son application entraînerait. La droite darwiniste et sociale est en marche. Il ne manquerait plus que Marine Le Pen soit celle qui lui donne un coup d’arrêt.

 

 

A propos werdna01

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