Alerte rouge sur le saumon

 Le Monde blog 24 décembre 2013
  dans « Le Monde » du 24 décembre
Les consommateurs commencent à s’alarmer devant l’avalanche d’informations sur la pollution grandissante qui atteint les poissons, qu’ils soient sauvages ou d’élevage.
Les critiques fusent, notamment en direction de la Norvège, premier producteur mondial, où l’aquaculture intensive atteint ses limites. Un dossier publié dans le cahier « Eco & entreprise » du Monde daté mardi 24 décembre… Mais que cela ne vous décourage pas de consommer du saumon !..
LE PARADOXE DU SAUMON
Entre le saumon et l’homme, la complicité remonte aux origines. Et pas seulement le jour de Noël. On a retrouvé des squelettes du poisson dans des foyers préhistoriques et une légende celtique chante la quête du saumon de la connaissance par un poète irlandais.
Ce grand carnivore des mers froides qui naît et meurt en eau douce fait, depuis toujours, les délices des hommes et des ours qui l’attrapent facilement lors de la difficile remontée à la rivière de ses origines.
Abondant, riche en chair grasse, le saumon est un habitué des assiettes et un candidat naturel à l’industrialisation. Depuis les années 1980, sa version atlantique a été mise en culture, notamment autour des côtes norvégiennes. Avec un tel succès que sa production et sa consommation ont explosé en trente ans.
En France, il est aujourd’hui – et de très loin – le poisson le plus consommé. Après le pétrole, il constitue la principale source de revenus de la Norvège, qui détient 60 % du marché mondial du saumon d’élevage. Cet animal est l’un des trois poissons les plus élevés au monde avec la carpe et le tilapia, deux productions de masse de la Chine.
On a trop longtemps pleuré sur le dépeuplement des mers par la surpêche pour ne pas se réjouir de voir s’imposer la domestication de la nourriture marine. Désormais, plus de la moitié du poisson consommé dans le monde est issue d’un élevage. Autant de moins prélevé dans la nature.
LIMITES ATTEINTES
Autres avantages du développement fulgurant de l’aquaculture, la diversification de l’alimentation humaine et la réduction des besoins en bêtes d’élevage comme le poulet, le porc ou le boeuf. Or l’empreinte écologique de ce dernier est considérable, tant sur la consommation en eau que sur les cultures végétales. Grâce à l’aquaculture on consomme maintenant autant de poisson que de boeuf dans le monde.
Dernier atout, moins intuitif, dans certains cas, les animaux d’élevage sont moins pollués que leurs congénères sauvages. C’est le cas pour ceux de la Baltique, qui héberge des poissons gorgés de métaux lourds et autres polluants toxiques.
Mais, alors qu’elle n’est pas encore parvenue à maturité, l’aquaculture atteint déjà les limites expérimentées par l’agriculture intensive. Pesticides, antibiotiques, pollution des eaux, le saumon d’élevage fait peur.
Et le consommateur montre moins d’enthousiasme. Et puis il faut encore 1,2 kg de nourriture pour produire 1 kg de saumon d’élevage. Alors on change son régime alimentaire, pour rendre végétarien ce grand carnassier, ce qui ne va pas sans poser des questions…
Comme sur Terre, le bio fait florès, offrant une alternative au consommateur exigeant prêt à payer plus. Mais ce n’est pas suffisant. Avec la montée en puissance de l’élevage aquacole, les pratiques doivent se discipliner si l’on veut que l’aquaculture soit le fer de lance d’une consommation soutenable des produits de la mer.
En attendant, choisissez bien votre saumon. Joyeux Noël à tous nos lecteurs.
Philippe Escande
A lire sur le sujet, dans le cahier « Eco & entreprise » du Monde, dans l’édition Abonnés du Monde.fr ou dans Le Monde daté mardi 24 décembre :
alemondesaumon
Alerte rouge sur le saumon, par Laurence Girard.
 alemondesaum.jpg 2– Les Suédois sont contraints de se tourner vers la Norvège, par Olivier Truc.
– Pesticides, dioxines, antibiotiques,,, les élevages norvégiens sur la sellette, par Martine Valo.
– Les rivières de France encore peuplées de saumons, par Laurence Girard.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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