L’irrésistible gag du Rafale

Charlie Hebdo – 24 décembre 2013 – Charb
On aurait pu écrire la chute du gag longtemps à l’avance ! D’ailleurs, on l’a fait, on le fait toujours Sans être particulièrement doués pour la voyance, nous avons toujours prédit que le contrat entre Dassault et l’État brésilien ne serait jamais signé. On avait prédit la même chose après chaque annonce triomphale de ministres VRP pour Dassault. On a failli vendre le Rafale à la Terre entière. Il n’y a plus guère que les Esquimaux et les Papous qui n’aient pas été démarchés par nos ministres larbins. Ça viendra. On verra un jour le présentateur du journal de 20 heures se faire dessus de joie en apprenant que la Papouasie-Nouvelle-Guinée est à deux doigts de s’offrir l’avion de combat le plus performant du monde. Et puis, quelques années plus tard, le même lèche-cul, la mine défaite, nous apprendra que les Papous, pourtant convaincus par les qualité insurpassables du Rafale, ont du renoncer à, se payer ce bijou, faute de pognon. Soit il est trop cher, le Rafale, soit ces perfides salopards d’Américains, ou de Britanniques, ou de Suédois, ou de Russes ont versé des pots-de-vin aux autorités locales pour emporter le marché. h-20-2404841-1297645997Le programme de l’avion de combat « Rafale » que le monde entier nous envie, mais que personne ne veut acheter, a été qualifié de « gouffre à milliards », Rocard ayant même parlé de « sinistre industriel ».
Bon, on pourrait se demander pourquoi la France ne verse pas, elle aussi, des pots-de-vin Pourquoi Dassault ne baisse-t-il pas le prix de ses avions pour lancer les ventes ? Pourquoi la France, la cinquième puissance du monde, ne se livre-t-elle pas aux mêmes manœuvres que ses concurrents ? Parce que la France, amis, ne s’abaisse pas au lamentable niveau de ces marchands de conserves volantes le luxe a ses exigences, le luxe ça se paie !
Vous imaginez LVMH en train de se vautrer dans la poussière pour fourguer ses sacs Vuitton au rabais ? Ça n’a pas de sens ! Un produit de luxe qui ne se vend pas ne se vendrait pas plus s’il était proposé au prix d’une daube. Justement, le Rafale, produit de luxe vendu au prix d’un produit de luxe, ne se vend pas…
Que ferait LVMH si ses sacs Vuitton ne se vendaient pas ? Le représentant Vuitton continuerait inlassablement à faire le tour du monde avec ses sacs sous le bras. Examinez, votre Majesté, la finition, tâtez la qualité du cuir et chouffez ces jolis motifs ! Ils vous font vomir ? Vous n’avez décidément aucun goût, Majesté, je vais de ce pas présenter ce fleuron de la maroquinerie française à l’émir du Qatar… On retrouverait un jour le globe-trotter de la lose dans un fossé, endormi pour toujours dans un de ses échantillons, et fin de l’histoire.
Le Rafale, le caviar des engins de mort
0102-BURKI_Rafale-SarkoIl n’en est pas de même pour les représentants du Rafale. Nos ministres appointés par l’État continuent à ravager la couche d’ozone en sillonnant la planète, à la recherche du gogo qui voudra bien offrir à son armée un bônavion. Notre pays est le seul usager du Rafale, ce qui fait que l’État les achète très cher à Dassault. Dassault, sans les commandes l’État, ne serait rien. Dassault, c’est l’État. Enfin, les pertes appartiennent à l’État, le gras appartient à Dassault. L’État est dans la situation de subventionner un produit qui ne se vend pas et dont l’acquisition n’est absolument vitale pour personne. Ses frontières, le Brésil peut les surveiller en ULM. Qui est au bord d’attaquer le Brésil franchement ? Comment appelle-t-on un produit qui ne se vend pas et qui ne s’est jamais vendu ? Un échec commercial. Le président de la République fait la publicité d’un échec commercial, les médias français font la publicité d’un échec commercial, le bon peuple est prié d’être fier d’un échec commercial… La France, le pays des clowns arrogants.
 Le sommet du ridicule sera atteint lorsque Montebourg, le ministre de ce-qui-ne-marche-que-chez-nous, ira faire ses courses au volant d’un Rafale.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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