Le rituel Bonne Année – Pierre Desproges : « Chroniques de la haine ordinaire “. …

Rue89 01/01/2014 Pierre Haski | Cofondateur
J’avais envisagé de ne pas souhaiter de « bonne année » à quiconque en ce tout début de 2014. D’abord parce que je ne la sens pas très « bonne » cette année ; mais aussi par ras-le-bol des rituels inutiles et creux, des paroles en lesquelles on ne croit pas, un peu comme le « ça va ? » qui démarre nos conversations téléphoniques avec l’espoir secret que notre interlocuteur ne réponde pas « non »…
Lorsque j’ai évoqué cette pensée sombre à la conférence de rédaction de Rue89, Arthur, stagiaire d’une école de journalisme (qui prouve que les jeunes peuvent encore avoir la mémoire de ce qui les a précédés), s’est souvenu d’une sortie de Pierre Desproges lançant : « Bonne année mon cul. »
Mes collègues m’ont mis au défi de mettre cette réplique en titre de mon billet. C’est fait.
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Pierre Desproges dans « La Minute nécessaire de M. Cyclopède », en 1983 (BENAROCH/SIPA)
La réplique de Pierre Desproges, paix méritée à son âme fertile (il est mort en 1988 d’un cancer à l’âge de 49 ans), est en effet bien sentie. Je l’ai retrouvée dans « Chroniques de la haine ordinaire “.
ed4227734ed75d343320b6a5fd16ce57-2Le message du répondeur de Desproges
 » Bonne année mon cul « 
‘Qu’est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassées d’imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père-Lachaise…
Dieu merci, cet hiver, afin de m’épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiasmes hypocrites, j’ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de bonjour à tous ’, j’ai mis ‘ bonne année mon cul ’. C’est net, c’est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire.”

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Bonne année… quand même !
Outre le fait que cette réplique est datée – le répondeur téléphonique, c’est tellement XXe siècle, et l’impertinence ironique a été submergée par le politiquement correct… –, elle rate de mon point de vue un aspect essentiel : le profond pessimisme de notre époque, ce qui n’était pas le cas en 1986, lorsqu’il écrivait ces lignes.
Ce n’est pas seulement parce que le Nouvel An nous rapproche un peu plus près du Père-Lachaise – c’est vrai de chaque nouveau jour si on s’en tient au compte à rebours –, c’est aussi que nous avons perdu notre foi inébranlable dans le fait que la prochaine année puisse être “bonne”. Pour de bonnes et de mauvaises raisons.
Et à minuit, mardi soir, beaucoup se faisaient rituellement la bise en se disant “bonne année… quand même”. Comme s’il fallait qualifier ce vœu incantatoire d’un bémol montrant qu’on n’y croit pas réellement, sans doute plus collectivement qu’individuellement d’ailleurs.
Alors pour ne pas vous casser le moral en ce 1er janvier brumeux, je vous souhaite “bonne année… quand même”, ou plus jubilatoire à l’aube d’une nouvelle année morose, “bonne année mon cul”. Avec Pierre Desproges en exergue, voilà une année qui ne peut pas être totalement ratée…

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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