Hystérie Dieudonné – Médiapart / Edwy Plenel est « contre Dieudonné, mais sans Valls ». ? : Sa détestation de Valls le détourne du combat contre Dieudonné

Bruno Roger Petit 01
Nouvel Obs  08/01/2014  Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique

Dieudonné : Edwy Plenel se trompe de combat en s’attaquant à Manuel Valls

« Non, le ministre de l’Intérieur n’est pas un dictateur.»
LE PLUSD’après Edwy Plenel, Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, instaure un « État d’exception » en interdisant les spectacles de Dieudonné. Si le confondateur de Mediapart ne soutient pas l’humoriste, il semble dire que Valls est plus dangereux que Dieudonné, comme l’explique notre chroniqueur, Bruno Roger-Petit.
Pour Edwy Plenel, il y a « attentat contre les libertés » de la part de Valls
Edwy Plenel le proclame : « Un crime se prépare, et nous n’en serons pas les complices. Oui, un crime, c’est-à-dire un attentat contre les libertés. » Et il livre le nom du criminel : Dieudonné ? Non, le criminel, le seul, le vrai, c’est… Manuel Valls…
 Oui, Manuel Valls…
edwy-plenel-2809-noelle-herrenschmidt_1254171441_thumbnailEdwy Plenel est « contre Dieudonné, mais sans Valls« . Dans l’une de ces tribunes lyriques dont il l’est l’inventeur, convoquant contre le ministre de l’Intérieur le fantôme de Guy Mollet, président du conseil dévoré par la guerre d’Algérie, le visionnaire patron de Mediapart (qui dès 2008 fut le premier à dire que Dieudonné était horrible, car Edwy Plenel est toujours le premier à dire que…) estime que le ministre est plus dangereux que l’ex-comique.
 La ritournelle plénelienne : Valls fait du Sarkozy
 Pour dresser cet acte d’accusation, Edwy Plenel se livre à une démonstration historique, politique et juridique qui se résume en quatre temps :
 1. La gauche s’est battue contre toutes les censures préalables.
 « Dans la longue marche des libertés, où la gauche militante fut souvent aux premiers rangs, il fut acquis depuis un bon siècle que la loi ne pouvait interdire a priori un spectacle, quel qu’il soit. S’il créait des désordres, s’il portait atteinte à des personnes, s’il insultait et diffamait, l’arme démocratique ne pouvait être celle de l’interdiction administrative, où l’État s’érigeait en gardien des bonnes mœurs et des idées conformes. »
 2. Seul le juge est le gardien des limites à apporter aux libertés publiques.
« Seule la justice, jugeant publiquement et contradictoirement des faits après qu’ils eurent été commis, au grand jour et non pas dans le soupçon d’un procès en sorcellerie, peut les sanctionner. »
 3. Manuel Valls rompt avec les combats de la gauche, brise l’État de droit avec sa circulaire instituant un régime de censure préalable. Or c’est cet héritage démocratique que la circulaire adressée le 6 janvier aux préfets par le ministre de l’intérieur entend remettre en cause. Les « spectacles de M. Dieudonné M’Bala M’Bala » en sont le prétexte.
 4. En manœuvrant ainsi, Manuel Valls instaurerait un « État d’exception » (sic).
 « Ce n’est pas un hasard, car il s’agit bien d’introduire un État d’exception au nom du combat, évidemment légitime, contre le racisme et l’antisémitisme. Mais c’est ici que s’ouvre le piège tendu à tous les démocrates et à tous les républicains. »
 Le tout conclu par la sempiternelle ritournelle plénelienne : Valls fait « tout bêtement, et sinistrement, du Nicolas Sarkozy ».  Et pour faire bonne mesure, Edwy Plenel s’en est allé assurer le service après-vente de sa tribune au « Grand journal » de Canal Plus.
 La démonstration est implacable. À deux détails près. Deux détails qui ont de l’importance, dans la mesure où ils démolissent ce réquisitoire si astucieusement construit.
En une circulaire, Valls aurait aboli les droits de l’homme
 Edwy Plenel dresse le tableau d’un État français qui aurait accordé les pleins pouvoirs à Manuel Valls. À lire l’inspirateur de Mediapart, la circulaire du ministre est une sorte de loi constitutionnelle qui ne se conteste plus en droit.
 En une circulaire, Manuel Valls aurait aboli d’un coup la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la Constitution de 1958, les principes généraux du droit et la jurisprudence du Conseil d’État construite depuis l’arrêt Benjamin… Valls serait un disciple de George W. Bush qui aurait dressé un Patriot act (voté par le Congrès) en une circulaire… C’est vous dire le niveau de dictature…
 En vérité, Edwy Plenel oublie tout simplement de mentionner que les arrêtés d’interdiction pris à l’encontre des spectacles de Dieudonné sur la base de cette circulaire pourront toujours être contestés (et annulés s’il le faut) devant les juridictions administratives.
 Il n’y a pas « d’État d’exception » ayant accordé les pleins pouvoirs à Manuel Valls. Bien au contraire. Du reste, les avocats de Dieudonné n’ont pas manqué de signaler qu’ils useront de toutes les voies de recours contre les dits arrêtés. Dites-nous, Edwy Plenel, c’est quoi cet « État d’exception » qui autorise des recours judiciaires ? Ne serait-ce point ce que l’on nomme l’État de droit ? Une dictature de « honteuse » comme dirait Stéphane Guillon ?
 Passons maintenant à l’examen d’un autre détail, d’un autre petit rien susceptible de démolir l’argumentaire de l’Hercule démocratique mediapartien.

edwy_plenel-1cefd

Problème : depuis 2008, le discours de Dieudonné a évolué
 Pour justifier sa charge contre Valls, Edwy Plenel souligne que depuis 2008, on sait qui est vraiment Dieudonné (la preuve, il fut le premier à dire que, car Edwy Plenel est toujours, sur Mediapart, le premier à dire que….). En conséquence, si on veut l’interdire maintenant, alors que l’on sait ce qu’il est et ce qu’il dit depuis 2008, c’est la preuve de l’entourloupe vallsienne.
 Le problème, c’est qu’entre 2008 et 2013, Dieudonné a considérablement fait évoluer son discours. À raison d’un spectacle par an, jusqu’au dernier en date, « Le Mur », l’ex-comique s’est mué en tribun politique dont le contenu antisémite des discours est désormais avéré. Edwy Plenel a-t-il seulement lu les nombreux reportages de ces derniers jours sur l’actuel spectacle de Dieudonné ? Ou s’il les a lus, les ignore-t-il parce qu’ils sont de nature à détruire sa théorie de « l’État d’exception » créé par Manuel Valls ?
 Des propos tels que « Quel est le projet nazi en 2013 ? Fabriquer des savonnettes avec le gratin du show-business français ? » ou « Dans notre esprit, il existe une mafia juive, que l’on appelle la juiverie, la juivasse » n’étaient pas encore tenus par Dieudonné sur scène en 2008, sans parler de la sortie sur les chambres à gaz et Patrick Cohen.
Or, qui peut nier que, conformément à la jurisprudence du Conseil d’Etat reprise par la circulaire Valls, de tels propos, préparés, répétés et réitérés lors de chaque meeting de Dieudonné ne seraient pas « susceptibles d’affecter le respect dû à la dignité de la personne humaine » donc, d’entraîner une interdiction juridiquement légitime ?
 Le monde des juristes ne se limitant pas, comme semblent le penser encore trop d’internautes, au seul Maître Eolas (qui campe sur la ligne politique Plenel, lui aussi, concentrant ses flèches sur Valls plutôt que sur Dieudonnésous le prétexte de droit) d’autres spécialistes de la question estiment que sur la base de la circulaire Valls, il est possible d’empêcher les meetings à contenu antisémite de Dieudonné. Ce dernier élément achève la destruction de la démonstration plénelienne.
 Bref, une fois de plus, l’obsession de s’en prendre à Manuel Valls paraît avoir encore égaré Edwy Plenel.
 Sa détestation de Valls le détourne du combat contre Dieudonné
 Car il s’agit bien d’une obsession. Car dès qu’il s’agit de Manuel Valls, le fondateur de Mediapart semble du reste perdre tout sens de la mesure, le tout avec une constance qui ne se dément jamais…. C’en est même assez sidérant…
Ainsi, ces derniers mois, Edwy Plenel nous a asséné (entre autres, hein ! la liste suivante n’est pas exhaustive) que Manuel Valls était le reniement de la gauche, qu’il développait une « pensée raciste » et « scandaleuse » vis à vis des Roms, et enfin et surtout, qu’il représentait un danger bien plus grand pour la République que… Marine Le Pen…
 Chacun jugera de la pertinence, ou pas, des attaques. Ce que l’on veut simplement souligner ici, c’est que parce qu’il déteste Manuel Valls, pour des raisons qui lui appartiennent, Edwy Plenel, de fait, paraît renoncer au combat réel (et l’on dit bien réel) contre Dieudonné…
 Cette posture est désarmante… Reconnaissons cependant à Edwy Plenel le talent de savoir détourner un débat. Sur le plateau du Grand journal hier soir, ce n’était plus Dieudonné le mal à combattre, mais Manuel Valls… Aurélie Filippetti a bien tenté de résister, mais elle ne pouvait rivaliser avec cet ogre télévisuel qu’est Edwy Plenel… Inégal combat...
 Comme un Zola fourvoyé
 « J’accuse Manuel Valls de faire de la publicité à Dieudonné dans le but d’instaurer un ‘État d’exception’ servant son ambition… » C’est le drôle de « J’accuse » du Zola de Mediapart…
 Imaginons le vrai Zola, en son temps, qui, au lieu de défendre Dreyfus, aurait d’abord et avant tout dénoncé l’ambitieux et sulfureux Clemenceau plutôt que les antisémites Déroulède et Drumont, sous le prétexte de préserver leur liberté de tenir des propos portant atteinte à la dignité humaine…
 Imaginons que Zola se soit ainsi fourvoyé… Que resterait-il de lui dans l’histoire de la conscience humaine ? Pas grand-chose, si ce n’est le souvenir d’un homme qui se serait trompé de combat…
 Et une autre question, pour finir, dont seul Edwy Plenel détient la réponse : pourquoi tant de haine contre Manuel Valls au point de le camper en ennemi pire que Dieudonné ? Pourquoi tant de talent et d’acharnement dépensés dans la construction d’un ennemi imaginaire de la gauche, de la démocratie, de la République et de la France qui s’appellerait Manuel Valls ?
Édité par Rémy Demichelis  Auteur parrainé par Benoît Raphaël

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans chronique, Débats Idées Points de vue, Justice, Médias, Police, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.