Dans « Salut les terriens » l’implacable réquisitoire de Me Dupond-Moretti

 thierry de CabarrusNouvel Obs  12-01-2014  Par Thierry de Cabarrus Chroniqueur politique
 Je n’ai jamais assisté à une plaidoirie d’Eric Dupond-Moretti mais ce doit être quelque chose. Celui qu’on appelle « Acquittator » dans les prétoires, l’avocat des accusés de l’affaire Outreau, le pénaliste aux 120 acquittements porte bien son surnom.
LE PLUS. Dans l’émission de Thierry Ardisson « Salut les Terriens », l’avocat pénaliste Eric Dupond-Moretti a dressé un réquisitoire particulièrement ferme contre Dieudonné, ses spectacles et sa quenelle. Une démonstration que notre chroniqueur a apprécié.
Je n’ai jamais assisté à une plaidoirie d’Eric Dupond-Moretti mais ce doit être quelque chose. Celui qu’on appelle « Acquittator » dans les prétoires, l’avocat des accusés de l’affaire Outreau, le pénaliste aux 120 acquittements porte bien son surnom.
 Car sans aucun doute, par sa simple rhétorique et sa stupéfiante force de conviction, il est capable à la fois de terroriser les juges (pas « seulement les cons » comme il dit), mais aussi de retourner un jury et, pourquoi pas, les téléspectateurs.
 On a eu la démonstration flagrante de son talent samedi soir quand, délaissant sa célèbre robe noire, il a enfilé la robe rouge de l’avocat général dans l’émission de Thierry Ardisson, « Salut les terriens » pour dresser un implacable réquisitoire contre l’antisémite Dieudonné.
Vidéo (2)
Empêcher « l’humoriste de nuire »
 Pourtant, tout commence en ronronnant un peu quand l’animateur de « SLT » dresse (à la 8e minute, partie 2) le portrait réussi d’un petit garçon du Nord orphelin de père à 4 ans et dont la mère, femme de ménage s’est saignée aux quatre veines pour payer ses études. On se dit que c’est somme toute banal, une sorte de « miracle français » comme il existe l’américain, produit d’une époque où l’ascenseur social fonctionnait encore.
Et le voilà, le-gamin-de-Lille-qui-a-réussi, épanoui dans le fauteuil d’Ardisson, plutôt à l’aise dans sa veste forestière grise à revers violet de chez Arnys, qui vient nous parler de ses succès et de ses clients dont les noms ont défrayé la chronique : Abdelkader Merah, Nikola Karabatic, Loïc Sécher, Bernard Tapie, Jérôme Kerviel et tant d’autres.
 Sauf qu’Eric Dupond-Moretti n’est pas venu pour vendre sa soupe. Son succès est tel qu’il n’en a nul besoin. Il est là pour mettre en cause Dieudonné, et pour défendre l’idée (assez peu répandue encore aujourd’hui) selon laquelle il faut, par tous les moyens, y compris l’interdiction de ses spectacles, l’empêcher définitivement de nuire.
 Un raisonnement en six points
 Face à Rost, le rappeur d’origine togolaise président de « Banlieues actives » qui estime que l’artiste a dérapé, qu’il faut le condamner mais surtout ne pas faire une loi d’exception pour interdire ses spectacles, l’avocat devient soudain, et peut-être pour la première fois de sa vie, celui qui requiert, celui qui dénonce, celui qui condamne.
 Et devant ces évidences qu’il égrène avec une incroyable puissance de persuasion et d’évocation, le téléspectateur, soudain ébranlé, cède peu à peu à ses arguments.
 Quand Rost évoque une « atteinte à la démocratie » et « aux libertés fondamentales » de la part de Manuel Valls, quand il ajoute espérer que la Cour européenne de justice cassera la décision du Conseil d’État, Dupond-Moretti devient une machine à convaincre. Voilà qu’il répond en six points d’un raisonnement impeccable, d’un réquisitoire implacable.
 1. Il n’y a pas de complot –  Dieudonné n’est victime d’aucun complot puisque nos institutions (le tribunal administratif dans un sens, le Conseil d’État dans l’autre) ont statué en toute liberté.
 2. Il n’est plus un artiste –  « Le procès, ce n’est pas le procès que le procureur Pinard a fait à Baudelaire, Monsieur », déclare-t-il ensuite. Une manière de dire que contrairement au poète accusé par le procureur impérial d’avoir écrit « les Fleurs du mal », Dieudonné M’bala M’bala n’est plus un artiste.
 3. Plus jamais ça –  « Ce qui est affligeant, dit encore Dupond-Moretti, c’est de penser que ‘ça’ pouvait revenir ». Le « ça », c’est l’antisémitisme. Cette phrase toute simple pèse à elle seule comme la menace d’un orage terrible.
 En effet, personne n’a le droit d’oublier les horreurs liées à la haine des juifs. Garder la Shoah en mémoire permet d’empêcher que les démons ne ressurgissent. Or, Dieudonné tente de briser ce tabou qui protège notre société. C’est au nom du « plus jamais ça » dès lors, qu’intervient l’interdiction de ses spectacles.
4. Interdire par tous les moyens –  Le pénaliste enfle sa voix pour dire qu’il est « pour, mais totalement pour l’interdiction, quel qu’en soit le  moyen : interdire le spectacle, le condamner, le contraindre à payer ses amendes ».
 Ce n’est plus une question technique (à 21’30« ) affectée aux seuls spécialistes du droit, mais un sujet qui nous concerne tous, au nom de ce qui fait de nous des êtres humains.
 5. Dieudonné est « un lâche » –  Le pseudo humoriste est un lâche, explique encore Dupond-Moretti, puisqu’il n’assume pas le caractère antisémite de sa quenelle et qu’il en fait un bras d’honneur au système.
 Un point qui pourrait faire mouche chez les jeunes des banlieues qui apprécient chez Dieudonné son soit-disant courage, quand ce n’est que de la malice « filandreuse ».
  6. Il n’y a plus d’excuse – Dernier argument de l’avocat pénaliste, contrairement à ce qu’on entend dire partout, Manuel Valls ne fait pas « de la publicité » à Dieudonné.
 Avec tout ce battage en effet, personne n’aura plus l’excuse de dire qu’il ne connaît pas la signification de la quenelle ou celle de la chanson « Shoah nanas ».
 Pétain, Hitler, pas Dieudonné ? – Ce réquisitoire implacable en six points, le rappeur Rost a bien tenté de l’affaiblir en demandant, à juste titre, à Dupond-Moretti pourquoi il accepterait de défendre Pétain et Hitler, comme il l’avait déclaré en tout début d’émission mais pas Dieudonné.
 Ce à quoi l’avocat a répondu qu’il ne fallait « pas tout confondre ».
 Tout criminel a droit à un défenseur, quelle que soit la monstruosité de sa faute, à condition que cet avocat conserve sa liberté de penser et ne soit pas contraint, par exemple, de faire l’apologie du nazisme (à la 13e minute). Dès lors, Dupond-Moretti pourrait évidemment être l’avocat de Dieudonné : « Je suis prêt à défendre Dieudonné s’il accepte l’idée qu’il s’est fourvoyé. »
 Ce qui ne semble pas être le cas quand, dans un spectacle, le « comique » fait monter Faurisson sur scène, « cette saloperie qui nie les camps de concentration », ou quand un type en pyjama le rejoint « avec une étoile jaune » sur la poitrine.
 « Ce n’est pas la France que je veux », dit-il alors au rappeur qui ne peut que rendre les armes.
 Cette fois c’est plié, Rost l’avocat du pseudo comique dans l’émission « Salut les terriens » vient de céder face au réquisitoire rouleau compresseur du procureur Dupond-Moretti.
 Et le téléspectateur de bonne foi ne peut que conclure la même chose : personne ne saurait accepter cette France antisémite. Alors oui, décidément, tous les moyens sont bons pour l’empêcher qu’elle se réveille. Merci, Maître.
 Édité par Henri Rouillier

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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