Hollande va t-il offrir au Medef 100 milliards d’allégement de charges ?

Le Canard Enchaîné – 8 janvier 2014 –
Le message adressé par François Hollande lors de ses vœux aux français, le 31 décembre, marque-t-il un tournant dans le quinquennat ?
Le patronat veut le croire, qui est au bord de l’extase après la proposition du chef de l’État de conclure « un pacte de responsabilité » avec les entreprises : allégement des charges contre création d’emplois. De son côté, la gauche crie à la trahison. Attendons pour voir la conférence de presse du 14 janvier, au cours de laquelle Hollande devrait préciser sa pensée en matière de réduction des dépenses.
Cela dit, les intentions affichées en petit comité par le chef de l’État sont claires et nettes (ce qui ne signifie pas 100_5915que les décisions le seront) : il faut tailler autant dans les dépenses de l’État que dans les dépenses sociales et dans celles des collectivités locales. « Il n’y aura pas de sujet tabou« , prévient un ministre proche de l’Élysée. Traduction : tous les ministères seront à la diète et toutes les allocations seront examinées. Les allocations logement des étudiants pourraient être soumises à condition de ressources des parents. La question du plafonnement des indemnité de chômage sera étudiée. Le RSA, dont le coût a augmenté de 7,4% en un an, devra être réformé. De quoi fâcher tous les syndicats et l’électorat de gauche. Tout comme les nombreux élus socialistes qui peuplent les collectivités locales, si Hollande, comme il l’assure en privé, s’attaque au « millefeuille administratif« .
Pierre Gattaz joue le ravi de la crèche
100_5920Au Medef, on a bu du petit lait en entendant Hollande lors de ses veux télévisés. Un proche de Gattaz, le patron des patrons, confie au « Canard » : « Il y a un  vrai pas en avant du président de la République. On sent à l’Élysée une réelle volonté de bouger. » Jusqu’où ? Le Medef réclamait 100 milliards de baisse de charges et d’impôts pour les entreprises, gagées par autant d’économies de dépenses publiques sur cinq ans (sachant que le budget des dépenses de l’État pour l’année 2013 était de 375 milliards). Et ce, sans compter les 20 milliards du crédit d’impôt pour la « compétitivité et l’emploi », déjà financés par les augmentations de TVA au 1er janvier.
Soit une économie de plus du double de celles actuellement annoncées par le gouvernement. En contrepartie, a annoncé Gattaz au « Monde » (5/1), les entreprises se feraient fort de créer 1 million d’emplois. Ces mêmes stratèges patronaux estiment que leur cause est soutenue par certains conseillers de l’Élysée, dont le secrétaire général adjoint, Emmanuel Macron, ou de Matignon, telle Claire Waysand. Mieux : ils sont convaincus que le chef de l’État a pris un vrai virage politique et qu’il avance « à petits pas » pour ne pas trop effaroucher la gauche du PS.
Du côté du Smic : pas de coup de pouce (Siné Mensuel –  Janvier 2014 – Gérard Filoche PS – gauche sociale du PS)
Le 1er janvier, il n’y aura donc pas de coup de pouce du Smic, seulement sur la TVA. Disons-le, c’est tout le contraire d’une politique de gauche.
Pendant ce temps, les dividendes flambent
Sur la base d’une durée annuelle de 1 550 heures travaillées, 36 jours de congés payés et fériés, et 120 jours non ouvrés, il nous faut 45 jours de travail par an pour payer les dividendes des actionnaires…
imagesCAZ77GPIC’est la sous-rémunération du travail en 2009 qui a provoqué la crise dite des subprimes. Son origine est la voracité des marchés financiers et des actionnaire qui bloquent les salaires et spéculent sur les crédits. Aujourd’hui, sous prétexte de lutter contre le blanchiment d’argent sale, les banques pénalisent les plus démunis qui, de fait, ne peuvent plus ouvrir de compte bancaire.
En 1981, les dividendes versés aux actionnaires représentaient 10 jours de travail par salarié dans les sociétés non financières. En 2012, ils en représentent 45, c’est à dire 4,5 fois de plus.
La France, un paradis pour les actionnaires
Selon le document Approche de la compétitivité française (cosigné en juin 2011 par le Medef, l’UPA, la CGPME, la CFTC et la CGC), notre pays est en troisième place sur le podium des dividendes versés aux détenteurs du capital des entreprises. En trente ans, la rémunération des actionnaires a été multipliée par cinq. Il y a trente ans, pour 100 euros de salaire, les entreprises versaient 7 euros de dividende, aujourd’hui elles en versent 23 euros, soit 5 fois plus.
Tout va super bien pour les riches en France en 2013 : ils ne sont pas prêts de s’en aller, ils sont plus nombreux que jamais… ils affluent : la France est le troisième pays importateur de capitaux. Pendant que nos salaires de base sont bloqués, la France s’est hissée au troisième rang mondial pour le nombre de milliardaires par tranche de 10 millions d’habitants (7,6), derrière le Luxembourg (24,2 milliardaires pour 10 millions d’habitants) et Hong-Kong (10,5).
actionnairesLa France totalise même 287 000 nouveaux millionnaires de plus en dollars entre 2012 et 2013, en un an de gauche au pouvoir, passant ainsi de 1,92 à 2,21 millions de millionnaires, toujours selon le rapport mondial Wealth Report 2013 de la banque Crédit suisse publié le 9 octobre 2013.Les 500 familles les plus riches ont gagné 59 milliards de plus entre juillet 2012 et juillet 2013, elles détiennent 330 milliards au lieu de 271, soit 16% du PIB, presque  le budget de l’État. 10% possèdent 60% de ce patrimoine, tandis que 10% autres possèdent 1% de celui-ci. Et dire que le journal l’Opinion vient de se plaindre d’une « hystérie redistributive » qui règne en France !

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