Italie – Tremblement de terre de L’ Aquila : Le maire démissionne / stupeur

La commémoration du tremblement de terre de L’Aquila pourrait bien être plus triste encore que la tragédie qui, le 6 avril 2009, a provoqué la mort de 309 personne et la destruction du centre historique de la ville. Le maire de la capitale des Abruzzes, dont la haute silhouette fatiguée symbolisait l’énormité de la tâche et la quantité d’obstacles à surmonter, le dévouement et l’abnégation au service de la reconstruction de sa ville, a décidé de démissionner. ‘Je n’ai plus de légitimité, je suis fatigué, en colère. Je subis une attaque frontale des médias. Je démissionne pour cette raison’, a déclaré Massimo Cialente (Parti démocrate, gauche) au cours d’une conférence de presse, samedi 11 janvier. Dans un entretien accordé au quotidien (…) »
Lu sur « Campagne d’Italie ».
Le Monde 13/janvier /2014
 Campagne d’Italie 12 janvier 2014 par Philippe Ridet

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Le maire de L’Aquila démissionne: stupeur après tremblement

 Dans un entretien accordé au quotidien Il Fatto Quotidiano, il précise encore : « Je me suis trompé en me fiant à certaines personnes, il est normal que je paie aussi ». Des propos si rares en Italie (et ailleurs) qu’ils font honneur à leur auteur.

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Voilà plusieurs jours que le premier élu de la cité martyre évaluait sa conduite à tenir. Depuis mercredi 8 janvier exactement lorsque le parquet a ordonné la mise sous enquête de huit personnes dont quatre ont été assignées à résidence. L’une d’elle n’est autre que Roberto Riga, le maire adjoint, qui a présenté sa démission immédiatement. Tous sont soupçonnés de corruption lors des travaux de reconstruction. On trouve les ingrédients habituels à ce genre d’affaire : détournements de fonds publics et versement de pots-de-vin de la part d’entrepreneurs désireux d’obtenir des chantiers.
Même si Massimo Cialente n’était pas directement visé par l’enquête, sa position était devenue fragile après que la presse a révélé que sa propre belle-sœur avait obtenu un remboursement bien supérieur à la valeur de l’immeuble qu’elle détenait dans le centre ville. « Après ces attaques, je ne suis plus crédible et je ne peux plus représenter la ville dans les demandes de fonds pour la reconstruction. J’ai compris que je ne suis plus utile et que je représente peut-être même un obstacle », a ajouté M. Cialente.

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L’Aquila paradigme du malheur italien ? Alors que 3,2 milliards d’euros ont déjà été engloutis pour faire face à l’urgence des premiers jours de la catastrophe et à la construction de logements à la périphérie de la ville, on estime qu’il en faudra encore une dizaine pour redonner à la cité médiévale son visage d’antan. La dernière fois que nous nous y sommes rendu (en octobre 2013, c’était un dimanche) les édifices du centre historique étaient encore tous emmaillotés d’échafaudages, soutenus par des poutrelles d’acier et de bois. De nombreuses rues restent interdites d’accès. Un marché tente d’égayer la place devant l’église Sainte-Marie du Suffrage, trois ou quatre restaurants-bars ont rouvert le long du Corso Vittorio Emanuele. Ça et là, des arbustes repoussent entre les gravats. Mais après treize heures, il règne un silence de mort.
Tout se passe comme si la ville qui fut une des plus vivantes d’Italie était victime d’une malédiction. Et ne devait jamais renaître. Comme si tous les incapables et aigrefins de la Péninsule s’y étaient donné rendez-vous. De Silvio Berlusconi, président du conseil à l’époque, qui a fait de ce drame un instrument de conquête de l’opinion aux scientifiques aux propos trop rassurants. Des entrepreneurs qui se réjouissaient du séisme en pensant aux profits qu’ils allaient en tirer (« Moi, ce matin, je rigolais », dira l’un d’eux le jour de la catastrophe) aux élus qui veulent maintenant s’en mettre plein les poches en échange d’un petit service ou d’un moment de cécité: L’Aquila aura tout vu, tout enduré.  Dans cet univers, Massimo Cialente faisait figure d’honnête homme. De nouvelles élections auront lieu en mai.
Philippe Ridet
A church destroyed in the earthquake that devastated L’Aquila

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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