Pierre Rosanvallon, un penseur de la démocratie – « la République des idées » : Nous, les invisibles

PIERRE ROSANVALLON, professeur au Collège de France, a travaillé à la CFDT et animé la Fondation Saint-Simon dans les années 1980, avant d’opérer un virage à gauche en lançant « la République des idées » en 2002. Il a notamment publié « la Contre-Démocratie » (2006) et « la Société des Egaux » (2011). [©Jérôme Panconi / Ed. du Seuil]aparlement%20invisibles
Nouvel Obs  11-01-2014 Par Eric Aeschimann
 Ils sont livreurs, chercheurs, fonctionnaires, mais qui connaît leur vie? Dans une nouvelle collection, l’historien Pierre Rosanvallon leur donne la parole. Extraits
Lancer une nouvelle collection peut être un acte intellectuel aussi important que de proclamer une nouvelle théorie sociologique ou politique. Pierre Rosanvallon, historien et philosophe, est un penseur de la démocratie. Il en explore les points aveugles, s’interroge sur les contrepouvoirs, dénonce le creusement des inégalités. Constatant aujourd’hui qu’une fraction grandissante de la population ne se sent plus représentée par ses élus, il change de registre. Ceux dont il parlait, il décide de leur donner la parole. De théoricien, il devient passeur des récits des autres.
Le manque de représentation, souligne Rosanvallon dans «le Parlement des invisibles», qui sert de manifeste à cette collection, est moins politique que narratif. Dans le déferlement des nouveaux formats médiatiques (rubriques people, reality shows, tweets…), la vie de millions d’individus a tout bonnement disparu. Elle n’est plus représentée.

abo6834900-nous-les-invisibles

 Des palettes, des palettes, et encore des palettes. (©Benoît Decout – Rea)
Au coeur du règne de l’hypervisibilité s’ouvre l’espace de l’invisibilité. Une invisibilité qui touche au premier chef un monde ouvrier désormais atomisé en une myriade de métiers sans usines, sans syndicats puissants ni mythologies à partager: livreurs, préparateurs de commandes, dépanneurs, agents de sécurité, employés de ménage, aides à domicile, caissières… «Des vies non racontées sont de fait des vies diminuées, niées, implicitement méprisées», écrit-il.
Mais l’invisibilité peut affecter tout un chacun. «Raconter la vie» voudrait faire entendre aussi les divorcés forcés de cohabiter parce qu’ils ne peuvent pas payer deux loyers; le fonctionnaire qui se lance dans un nouveau métier; ou, comme ce sera le cas en avril avec Annie Ernaux, le simple consommateur dans son centre commercial.
Des fascicules à petit prix, une distribution très large, un site participatif qui sollicitera les récits des internautes: voilà l’architecture du projet.

anopierre rosavalon6828069

En 2002, Pierre Rosanvallon avait lancé «la République des idées», collection de courts essais qui ont profondément renouvelé le débat d’idées en France. Cette fois, il s’agit de changer la perception que la société a d’elle-même. En exclusivité pour «le Nouvel Obs», voici des extraits des quatre premiers volumes.
Eric Aeschimann
Le Parlement des invisibles, par Pierre Rosanvallon.
Chercheur au quotidien, par Sébastien Balibar.
La Course ou la ville, par Eve Charrin.
La Femme aux chats, par Guillaume Le Blanc.
Moi, Anthony, ouvrier d’aujourd’hui, anonyme.
Seuil, collection «Raconter la vie», chaque volume: 70 p., 5,90 euros
  Lire :
Anthony le cariste
Il a 27 ans, vit dans la région lyonnaise et enchaîne les CDD dans la logistique. Il témoigne anonymement.
Livrer la ville
La journaliste Eve Charrin est allée à la rencontre de ceux qui assurent l’approvisionnement des centres-villes.
Ma vie à l’hélium
Physicien de renommée internationale, Sébastien Balibar décrit ses travaux sur la rigidité des cristaux d’hélium.
J’ai deux métiers
Fonctionnaire des impôts le jour, Karine élève des chats le soir. Elle en a fait un commerce, et un art

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Culture, Débats Idées Points de vue, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.