BNF – Inondations sur le site Tolbiac : rupture de canalisation, dans le département Littérature et Art, contenant des ouvrages du XVIe, XVIIe, XVIIIe et surtout XIXe siècles

LE MONDE | 16.01.2014 | Par Jean-Jacques Larrochelle

Une inondation met en péril des documents rares conservés à la BNF

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Une catastrophe. C’est en ces termes que nombre de salariés de la Bibliothèque nationale de France (BNF) résument les dégâts provoqués par une fuite d’eau qui a submergé, dimanche 12 janvier, une partie importante des collections du département littérature et arts situé dans les niveaux L1 à L3 de la tour nord-ouest de l’établissement public, installé dans le 13e arrondissement de Paris. « Le nombre d’ouvrages concernés pourrait atteindre 10 000 à 12 000 unités – estimation à vérifier les prochains jours –, à des degrés très divers de gravité », a précisé, mardi 14 janvier, la BNF, sur son site Internet.
Les deux salles de lecture, qui avaient été fermées lundi ont rouvert dans la journée de mardi. Un certain nombre d’ouvrages resteront incommunicables pendant la durée du séchage ou, pour certains, de la restauration. Les cotes concernées sont consultables sur le site Bnf.fr.

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La BNF est l’héritière des collections royales constituées depuis la fin du Moyen Age et la première institution chargée de la collecte du dépôt légal. C’est la plus importante bibliothèque de France et l’une de celles qui réunit le plus grand nombre d’ouvrages au monde.
Les documents ont été submergés par quelque 25 m3 d’eau provenant du circuit qui alimente l’arrosage de l’esplanade et du jardin de la BNF. La plupart ont été entreposés en urgence dans le gymnase de l’établissement culturel où des centaines de ventilateurs et des petites mains tentent de les sauver de la destruction.
syndicat FSU-BNF souligne d’ores et déjà les « très graves conséquences pour les collections patrimoniales, le service public et les usagers de la BNF ».
Principalement concernés, les XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles, et surtout le XIXe siècle. Si des ouvrages encyclopédiques semblent avoir été touchés, la littérature populaire (dont de nombreux exemplaires aujourd’hui introuvables datant de la période allant de 1820 à 1900) aurait en partie été atteinte de manière irréversible. Un fait sans précédent. La fragilité de la cellulose, qui a remplacé le papier chiffon réputé plus résistant dans la confection des livres au XIXe siècle, expliquerait notamment ce lourd tribut.
L’accident, qui s’est produit à proximité de la réserve des livres rares, est lié à la rupture d’une couronne d’alimentation en PVC collée. Des coupures et des rallumages successifs, liés à des interventions sur le système hydraulique, pourraient avoir provoqué une surpression qui expliquerait la défaillance de certains des éléments les plus fragiles.
DES FUITES CONSTATÉES SUR LE SITE DE TOLBIAC
A plusieurs reprises, des fuites avaient été constatées sur le site de Tolbiac, dont une, grave, au printemps 2004, dans les collections d’histoire, de religion et de théologie qui avaient endommagé 400 à 500 mètres de linéaires de documents. « Le sinistre est sérieux, mais il n’y a pas de perte patrimoniale grave pour la bibliothèque », avaient affirmé à l’époque des responsables de la BNF.
« L’état général de toutes les canalisations est extrêmement préoccupant, indique aujourd’hui le syndicat FSU-BNF. En septembre 2007, un audit détaillé de la situation des infrastructures liées à la circulation de l’eau dans le bâtiment avait été réalisé, qui avait donné lieu à une intervention de la direction des moyens techniques dans le cadre d’un CHSCT . Des préconisations avaient été faites qui ne semblent pas avoir été suivies. » La FSU-BNF compte demander au président Bruno Racine et au ministère de la culture et de la communication « qu’une enquête administrative soit diligentée afin que l’ensemble des éléments nécessaires puisse être établi. »
La réglementation contre les incendies soumet la BNF à des normes exigeantes , accrues par le double statut d’IGH (immeuble de grande hauteur) de l’établissement. En revanche, celle liée aux risques de dégâts des eaux est laissée à la « libre appréciation » des responsables administratifs des lieux.
De nombreux espaces de la Bibliothèque nationale de France se situent en dessous du niveau de la Seine. Un système de ballast (une bande flottante) permet de contenir la poussée du fleuve sur le flanc nord du bâtiment. Une question, légitime, se pose : dans l’hypothèse d’une crue d’un niveau exceptionnel, comme celle, centennale, tant annoncée, l’intégrité des parties les plus basses de l’édifice sera-t-elle garantie ?
Jean-Jacques Larrochelle Journaliste au « Monde »

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 Inondations: ambiance sinistre à la BNF

 Nouvel Obs 17/01/2014
Pendant que les ouvrages abîmés sèchent, une partie du personnel dénonce la conception du bâtiment. Et la direction tente d’empêcher les fuites.
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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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