Déportons les chasseurs en Australie

La Décroissance – décembre 201 – Nicolas Bertrand
Si j’en crois l’état de mon chien la chasse est ouverte. C’est vrai qu’avec une autre couleur, une tête de cochon et cent kilos de plus, on pouvait le confondre avec un sanglier. Un panneau près de chez moi, annonce le danger : il est écrit entre une fleur et un papillon « Ici, les chasseurs préservent la biodiversité. » Cette image bucolique et assez éloignée de l’animal crevé gisant dans son sang, les tripes à l’air. Pourtant ni le facteur ni la biodiversité n’avaient à craindre Monsieur (c’était le nom de mon chien) Monsieur aimait le pâté en boite et avait laissé ses roubignoles chez le vétérinaire. On peut regretter que père de Thomas Austin n’ait pas subi la même opération. Tous les chasseurs qui préservent la biodiversité devraient connaître l’histoire de cet homme qui a fait rire des générations de lapins.
Nous sommes en 1859. Thomas Austin est un fermier du Sud de l’Australie, un peu nostalgique de son Angleterre natale. Le lapin n’existe pas sur ce continent. Le chasseur veut y remédier et fait importer douze couples de lapins de Grande-Bretagne, en espérant qu’ils se reproduisent comme lui; car Thomas a déjà onze enfants et ça ne pose aucun problème à un chasseur qui préserve la biodiversité d’avoir beaucoup d’enfants. Le fermier ne va pas être déçu : cinquante ans plus tard, les lapins sont six cent millions. Sachant qu’ils ne rencontrent aucun prédateurs et que dix lapins mangent comme un mouton, la calcul est simple. L’Australie se retrouve face à une des pires catastrophes écologiques de son histoire.
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Pour protéger les récoltes, les paysans érigent la plus grande clôture du monde; une plaisanterie pour l’envahisseur qui a déjà colonisé l’autre côté. L’introduction du renard se solde par un désastre supplémentaire, il préfère boulotter les marsupiaux plus faciles à attraper et déjà fragilisés par les rongeurs. Ni les nombreux barrages, ni les explosions, ni la myxomatose ne changent un pet de lapin à la progression du lapinou exterminator qui dévaste tout sur son passage. Devant l’échec complet de cette dernière, le gouvernement australien décida dès les années 1880 de transformer la clôture en barrière contre les dingos. En effet, avant l’achèvement de la clôture, on dénombrait pas moins de 11 000 bêtes tuées par les attaques des prédateurs. Si on ignore le prix d’importation des vingt-quatre lapins de Thomas Austin, le gouvernement australien estime à deux cent millions de dollars l’éradication de leur progéniture…
Destinée à protéger les élevages de moutons des incursions des dingos, les chiens sauvages australiens, la clôture parcourt ses 5 320 kilomètres en allant des Darling Downs dans le Queensland, jusqu’à la Péninsule d’Eyre, en Australie-Méridionale. Elle protège ainsi tout le sud-est du pays des incursions du prédateur, notamment les États de Nouvelle-Galles du Sud et de Victoria.667px-Dingo_fence_in_Australia

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