Comme hier le RPR, l’UMP doit relever quatre défis. / La surenchère libérale du parti inquiète Alain Juppé et François Baroin

 Editorial. LE MONDE | 25.01.2014

Un chef, un rôle, un projet : les défis de l’UMP

Il est des lois politiques implacables. Les défaites électorales majeures provoquent des traumatismes qui nécessitent, le plus souvent, de longues convalescences, jalonnées de rechutes et d’affrontements. Il est rare, en outre, qu’un parti brusquement renvoyé dans l’opposition échappe à la tentation de promettre, pour demain, ce qu’il n’a su réaliser quand il était au pouvoir.
La droite française en fait l’expérience depuis la défaite de Nicolas Sarkozy, voilà bientôt deux ans. La réunion, le 25 janvier, du conseil national de l’UMP devrait en offrir une nouvelle démonstration, en dépit de la façade unie et combative que veut présenter son président, Jean-François Copé.
Ce n’est pas une surprise. Après son échec de 1988, il fallut des années à Jacques Chirac pour surmonter la fronde de sa jeune garde, trop pressée de prendre le relais. De même, l’échec de la dissolution de 1997 ouvrit une longue période de troubles et de revers, que seules la cohabitation et l’improbable victoire de 2002 permirent de dépasser.
Comme hier le RPR, l’UMP doit relever quatre défis. Trouver un champion, d’abord. Elle en est loin, et tout indique que seule la prochaine échéance présidentielle lui permettra de sortir de la confusion actuelle. Un armistice a, certes, été conclu après la guerre sans merci que se sont livrée, fin 2012, M. Copé et M. Fillon pour la présidence de leur mouvement ; l’UMP s’est arrêtée au bord du désastre où l’entraînait cette empoignade suicidaire.
Mais aucun des postulants au leadership n’a abandonné ses ambitions. Ni l’ancien président Sarkozy, qui ne cesse d’alimenter le feuilleton de son retour annoncé. Ni tous les autres, qui espèrent lui barrer la route : Copé et Fillon, qui n’ont renoncé à rien, Alain Juppé, qui espère jouer les grands sages, Xavier Bertrand, Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez – liste non limitative –, qui tracent leur sillon.
Le deuxième défi consiste, pour l’UMP, à inventer son rôle d’opposant, après dix années passées au pouvoir. La cacophonie qui a accueilli, depuis quelques jours, les initiatives économiques du président de la République témoigne que ce n’est pas gagné. Quand certains ont salué, sous conditions, le « pacte de responsabilité » proposé par François Hollande, d’autres l’ont rejeté en bloc et sans nuance. Prise à contre-pied, la droite tire à hue et à dia.
Cet affrontement entre « réalistes » et « radicaux » pèse également sur le « projet d’alternance » que la droite entend désormais proposer au Français. Le texte soumis au conseil national, le 25 janvier, verse ainsi dans la surenchère libérale, au risque de perdre beaucoup de crédit : proposer, par exemple, 130 milliards d’euros d’économies budgétaires en cinq ans serait plus convaincant si la droite avait montré l’exemple quand elle gouvernait le pays.
Enfin, la droite parlementaire reste confrontée, plus que jamais, à la menace du Front national. Si le parti de Marine Le Pen semble marquer le pas ces derniers temps, il n’a jamais paru aussi déterminé et mieux à même de concurrencer l’UMP. Sinon aux élections municipales, où le FN manque de relais locaux, du moins aux européennes et au-delà.
Pour l’heure, la droite ne tire aucun bénéfice des graves difficultés rencontrées par M. Hollande. C’est dire combien la reconquête est encore loin.

ump

LE MONDE | 25.01.2014 | Par Alexandre Lemarié
Extrait

La surenchère libérale de l’UMP inquiète Alain Juppé et François Baroin

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En faisant preuve d’une audace réformatrice supérieure à celle de la gauche, martèle le patron du parti, Jean-François Copé. « Nous, nous allons beaucoup plus loin, assure-t-il. Ce que propose François Hollande, c’est 10 % de notre projet. » L’exécutif promet 50 milliards d’économies en trois ans ? L’UMP propose d’en faire 130 milliards en cinq ans. Autres propositions qui se veulent plus ambitieuses que celles de la majorité : la fin des 35 heures, la retraite à 65 ans ou la remise en cause des indemnités chômage.
Lire le post de blog Document : le projet économique de l’UMP prône la fin des 35 heures et la retraite à 65 ans
En voulant gagner la bataille de la radicalité, l’opposition prend le risque de la surenchère et de perdre en crédibilité. Si le projet économique fait globalement consensus, certains ténors le jugent « trop libéral », comme les chiraquiens François Baroin et Alain Juppé. L’ex-ministre de l’économie a prévenu qu’il ne le votera pas.
Le maire de Bordeaux sera absent du rassemblement, pour ne pas avoir à cautionner un projet qui le met « mal à l’aise » : « Le séminaire m’a laissé songeur. Le texte qui en a découlé me semble un peu trop libéral. Certains voulaient même supprimer le smic ! Heureusement que l’on a été plusieurs à s’y opposer. » « Vu l’ampleur de la crise, mieux vaut en faire trop que pas assez », rétorque Hervé Mariton, chargé du projet de l’UMP.
 D’autres jugent certaines propositions irréalistes. « Méfions-nous de la tentation de recycler de vieilles idées que nous n’avons pas eu le courage de mettre en œuvre quand nous étions au pouvoir », met en garde Laurent Wauquiez dans Le Figaro. D’autant que la droite ne dit pas comment elle compte parvenir aux économies annoncées. « Promettre 130 milliards d’économies quand on est dans l’opposition, c’est bien. Préciser à quel rythme et dans quel budget on coupera, une fois revenus au pouvoir, c’est encore mieux… », souligne un ex-ministre. Bruno Le Maire prévient à son tour : « Nous avons tellement déçu que nous devons surtout préciser la manière dont nous appliquerons notre programme. »
Le Monde.fr | 18.01.2014 Extrait

Une majorité de Français souhaitent que l’UMP soutienne le pacte de Hollande

Alors que le chef de l’Etat s’apprêtait samedi 18 janvier à se rendre dans son fief corrézien, à Tulle, pour présenter ses vœux, un sondage BVA-CQFD-i-Télé et Le Parisien publié samedi le donne plutôt gagnant vis-à-vis des Français quant au pacte de responsabilité, qui embarrasse (lien abonnés) l’Union pour un mouvement popualire (UMP). En tendant la main aux entreprises lors de ses vœux, le chef de l’Etat a semé le trouble au sein du parti de droite.
Selon ce sondage, 62 % des Français interrogés estiment que l’UMP doit « s’inscrire dans une coopération avec le gouvernement pour mettre en place le pacte de responsabilité ». Seuls 31 % souhaitent que la droite s’y oppose.
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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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