Sommet Cameron-Hollande centré sur la défense / Royaume-Uni. Avec Hollande, le « french bashing » se porte bien

François Hollande et David Cameron se retrouvent vendredi sur une base aérienne près d’Oxford pour un sommet franco-britannique qui promet de donner un nouvel élan à la coopération militaire, mais sur fond de divergences concernant l’UE.
 Dans la ligne des accords franco-britanniques de défense de Lancaster House signés en novembre 2010 par M. Cameron et le prédécesseur de M. Hollande, Nicolas Sarkozy, une série de nouvelles lettres d’intention sur des projets conjoints dans le domaine militaire doivent être signées, destinés à promouvoir l’interopérabilité et à assurer des économies. Au programme notamment, le futur drone de combat (UCAV) franco-britannique, pour lequel les deux pays cofinanceront une étude de faisabilité sur deux ans d’un coût total de 120 millions de livres (145 millions d’euros), indique-t-on de source gouvernementale britannique. Les deux délégations feront un point d’étape sur la force interarmées franco-britannique de 10 000 militaires prévue pour être opérationnelle en 2016 et sur la coopération pour la sécurité et contre le terrorisme.
 Le sommet sera aussi l’occasion de réaffirmer la coopération dans les secteurs de l’énergie nucléaire civile et l’espace. C’est dans le cadre plus détendu d’un pub que les deux dirigeants aborderont les affaires internationales. Si les dossiers syrien et iranien constituent un terrain d’entente, en revanche les discussions s’annoncent plus épineuses sur l’Europe. Poussé par une partie des conservateurs et par la montée en puissance du parti anti-européen UKIP, David Cameron s’est engagé à organiser, s’il est réélu en 2015, un référendum d’ici à la fin 2017 sur l’appartenance du Royaume-Uni à une UE préalablement réformée sous l’impulsion de Londres.
Le Monde 31/01/2014

ROYAUME-UNI. Avec Hollande, le « french bashing » se porte bien

Nouvel Obs  31
En visite au Royaume-Uni pour un sommet franco-britannique, le chef de l’Etat risque fort d’entendre parler de ce passe-temps anglais, plus que jamais à la mode.

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« Combien de Français faut-il pour défendre Paris ? On sait pas, ils n’ont jamais essayé… » C’est l’une des blagues préférées des Anglais, qui tirent souvent les premiers quand il s’agit de se moquer de la France. Les Britanniques n’aiment rien tant que de titiller les « Frogs ». Pendant longtemps, l’hygiène douteuse de nos compatriotes, leur goût immodéré pour le fromage et la gaudriole constituaient leurs cibles préférées.
Mais ces derniers temps, c’est le modèle économique français qui est entré plus que jamais dans la ligne de mire. D’articles apocalyptiques en éditoriaux alarmistes, le « French bashing » d’aujourd’hui est devenu essentiellement idéologique. Même si l’actualité peopolitique française récente a donné à la presse anglaise l’occasion de critiquer la frilosité des journalistes français à aborder la vie privée du chef de l’Etat.
Petit rappel depuis l’élection de François Hollande de ces moments d’entente pas toujours cordiale.
Juin 2012. Face aux promesses de François Hollande de mettre en place une taxation à 75% pour les plus riches, le premier ministre David Cameron promet de « dérouler le tapis rouge » aux entreprises françaises. Quatre mois plus tard, lors de la conférence du parti conservateur, Boris Johnson, le toujours savoureux maire de Londres, fait savoir en VF à nos compatriotes qu’ils sont tous les bienvenus sur son île. Au sujet des propositions fiscales du président socialiste, Johnson lance: « Cela fait depuis 1789 qu’on n’avait plus vu une telle tyrannie et une telle terreur en France ». L’homme ne manque jamais une occasion de faire un clin d’oeil aux Français candidats à l’exil.
Novembre 2012. Avec des baguettes reliées à une mèche explosive, le très respecté hebdomadaire « The Economist » publie un dossier spécial de plus de dix pages titré « France, la bombe à retardement au coeur de l’Europe ». Le magazine estime que l’état catastrophique de l’économie française, avec son taux de chômage élevé, son manque de compétitivité, son industrie en déliquescence et ses dépenses publiques record, constitue le prochain grand problème de la zone euro, pire encore que la Grèce ou l’Espagne. Cette fois, c’en est trop : la France n’est pas du tout impressionnée par tant d' »outrance » néo-libérale, répondra en substance Jean-Marc Ayrault.
3 janvier 2014. Grand moment de French bashing : un « bijou » du genre signé Janine de Giovanni, qui a passée la plus grande partie de carrière en Grande-Bretagne et sur les théâtres de guerre. Elle ne mégote pas dans « Newsweek » (magazine américain racheté par un Français) et instruit la « chute de la France » (The Fall of France). C’est un pays au bord du gouffre, selon elle, qui compare l’exode français des cerveaux à celui des Huguenots après la révocation de l’édit de Nantes, rien que ça. Avec une contrevérité par paragraphe, du prix du lait et des couches au nombre officiel de chômeurs, l’article va susciter un tollé sur le web et la riposte française suivra. « Le Monde » entreprend de « décoder » les « mille et une erreurs » grossières. Au « Huffington Post », Anne Sinclair s’interroge : « dans quel monde vit cette dame ? ». Trop de champagne à Noël ?
7 janvier 2014. « City AM », le quotidien gratuit du business londonien lance une offensive contre « l’expérience socialiste ratée de la France qui tourne à la tragédie ». Seule solution suivant le journal : un changement radical de cap et de rhétorique. Il faut jeter aux orties la terminologie et la culture marxiste, faire des coupes claires dans les dépenses publiques et mettre en place une réduction drastique des impôts. Sinon, nous explique-t-on, ce grand pays et ses merveilleux habitants sont condamnés au déclin. L’ambassade française à Londres voit rouge et rétorque sur son site.
14 janvier 2014. Même le quotidien de centre gauche « The Guardian » en remet une couche dans un article signé Larry Elliott, chef du service économique, « la France : le nouvel homme malade de l’Europe ». « François Hollande a proposé très peu pour apaiser les craintes de ceux qui croient que la France est le pays le plus vulnérable de la zone euro. Il se trouve face à un choix très net : s’engager dans des réformes structurelles ou ne rien faire et espérer que quelque chose se passe. »
Mais ces deux dernières semaines, la presse française est elle-aussi dans la ligne de mire, accusée d’être servile et de se refuser à évoquer la vie privée du chef de l’Etat, alors même que l’affaire Gayet aurait tourné dans les rédactions depuis près d’un an. Le no comment et la déception suscitée par les voeux à la presse de François Hollande, – une conférence diffusée en direct par CNN, la BBC et livebloguée par « The Guardian » – fut à la hauteur des attentes. Enormes. « Leur chef d’Etat est pris dans le scandale le plus juteux depuis Clinton- Lewinski et les journalistes français veulent parler sécurité », a déploré, rageur, Michael Deacon, du « Daily Telegraph ». « Si François Hollande traite ses femmes de la même façon qu’il traite ses conférences de presse, je les plains ».
Le président « prend des heures » mais il semble qu’il soit le seul à en tirer quelque chose, et Deacon de comparer les journalistes français à des « valets ». Dans le « Daily Mail », dans une langue encore plus imagée, son confrère Quentin Letts décrit lui le gratin des journalistes comme un « cercle de caniches amateurs d’huîtres, détenteurs poudrés de la révérencieuse vérité de l’opinion parisienne ». Ils sont « choqués » que le public puisse connaître la vérité sur leur président, pas étonnant dès lors, poursuit Letts qu' »ils ne disent pas la vérité à leur peuple sur la Commission Européenne ».
Mais bon, consolons-nous, si la France, repère de grévistes, reste un pays supposé non-réformable vu des rives britanniques, il y a bien un domaine dans lequel les Britanniques et les Américains nous admirent et tentent en vain de nous copier : les femmes françaises, leur minceur, leur élégance, leurs enfants sages, qui mangent si bien leurs légumes. Dans la pléthore de titres parus sur le sujet, on retiendra au hasard « Two Lipsticks and a Lover: Unlock Your Inner French Woman » de Helena Frith Powell, ou encore « Bonjour, Happiness !: Secrets to Finding Your Joie De Vivre » de Jamie Cat Callan. Et bien sûr, le dernier opus de Mireille Guiliano, la grande prêtresse de cette mode éditoriale, sorti ce mois de janvier. Son titre ? « French Women Don’t Get Facelifts ». Pas toujours vrai.
Marie-Hélène Martin – correspondante à Londres du « Nouvel Observateur »
Delors et Chirac aussi y avaient eu droit
En novembre 1990, Jacques Delors, président de la commission européenne, s’attire les foudres du Sun du magnat Rupert Murdoch qui fustige son fédéralisme. L’Europe est bien sûr au coeur de la querelle mais le vrai problème est que Delors est Français. Sous le titre « Up yours Delors », le journal encourage ses lecteurs a dire, geste sans équivoque à l’appui, où « cet imbécile de Français peut se mettre son écu ». En février 2003, en plein préparatifs de la guerre en Irak, le « Sun », encore lui, s’en prend à Jacques Chirac qui s’oppose à une éventuelle intervention militaire. « Chirac est un ver » proclame le journal en VF sur la une d’une édition spéciale diffusée à Paris. « Votre président Jacques Chirac est devenu la honte de l’Europe. Il se pavane avec arrogance sur la scène internationale avec pour seul objectif de donner à son pays une importance démesurée par rapport à la réalité. Nous, Britanniques, pensons que vous avez oublié ce que vous devez aux autres nations ».
Fort de ses 10 millions de lecteurs, le tabloïd interroge les Français: « n’avez-vous pas honte de votre président? » A la même occasion, le « Daily Mail » qualifie Chirac de maquereau de Paris (« pimp of Paris ») et la politique de la France envers l’Irak est présentée comme « une potion de sorcière, de duplicité d’hypocrisie, d’intérêts égoïstes et d’immoralité. »
M-H.M.

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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