La séparation entre travail manuel et travail intellectuel a la vie dure…

L’âge de faire – février 2014 – Edito de Nicole Gellotlogo_site_Lagedefaire1Si une machine à coudre casse, on ne peut pas la réparer. Le peu [de professionnels] qui restent doivent se serrer les coudes, face à cette perte de compétences. Béatrice Barras, l’une des fondatrices de la coopérative Ardelaine pose la question de l’avenir des métiers qui font appel à la mécanique : « Je vois des jeunes très motivés pour l’agriculture, le bois et la charpente, les métiers liés à la nourriture… Mais sur les métiers techniques, et en particulier sur le textile, ils ne sont ni motivés, ni compétents. Et cela m’inquiète Il n’y a pas beaucoup de formations en mécanique Il va falloir faire quelque chose !« 
trouvetouLes métiers de l’industrie et de l’artisanat sont dépréciés par une part importante de la société, qui n’y voit pas de perspectives de réussite personnelle et financière. Les formations professionnelles en milieu scolaire sont loin de représenter ce que les parents rêvent pour leurs enfants : destinées aux élèves qui, pour une raison ou une autre, ont raté la marche de l’école, elles sont toujours considérées comme une filière de relégation. Malgré une volonté, au sein du système éducatif, « d’assurer une égale dignité à la voie professionnelle en l’alignant sur la durée des cursus des voies générale et technologique » (1), la séparation entre travail manuel et travail intellectuel a la vie dure.
Le phénomène s’accentue d’autant plus que la génération précédente connaissait souvent la mécanique, qui permet de se sortir d’un grand nombre de situations du quotidien, celle d’aujourd’hui baigne dans le numérique. une tendance qui, selon le philosophe Mathew Crowford, pourrait amener les membres de la société moderne à perdre leur autonomie. dessin03
Mathew Crowford a la particularité d’être à la fois philosophe à l’université de Virginie, aux États-Unis, et réparateur de motos. Interviewé par le magazine L’Écologiste (2), il explique ce contre quoi il s’insurge : « Dans mon livre « L’éloge du carburateur », j’évoquais le fait que lorsque nous soulevons le capot de notre voiture, se présente désormais à nous un autre capot sous le capot, comme pour nous préserver de la vision insoutenable que provoquerait l’apparition d’un alternateur. Les voitures haut de gamme, chez Mercedes par exemple, ne contiennent même pas de jauge pour pouvoir vérifier où en est l’huile. Au lieu de cela, on vous envoie un e-mail lorsque votre niveau d’huile commence à baisser. Je trouve ça assez effrayant. » L’auteur estime que cet exemple, qui est la manifestation d’une tendance plus générale, montre que nous avons de moins en moins  souvent l’occasion de nous montrer responsables face à notre environnement physique. Nous nous laisserions déposséder de la prise de responsabilité.
C’est pourquoi Mathew Crowford ne cache pas sa sympathie pour le mouvement « do it yourself (3) » qui « puise ses forces dans le besoin humain d’observer les effets directs de nos actes dans le monde et savoir que ces actes sont véritablement les nôtres ». Après une journée passée au bureau, la question : « Qu’avons nous accompli ? » reste souvent sans réponse, explique l’auteur. « Les gens rentrent chez eux et tricotent un chandail ou construisent quelque chose, afin de tenter d’établir cette connexion qu’il leur a tant fait défaut pendant la journée !« 
(1) Veille scientifique et technologique de l’Institut national de recherche pédagogique, membre associé de l’université de Lyon
(2) n°41 – automne 2013
do-it-yourself(3) Fréquemment désigné par l’acronyme DIY, le mouvement “Do It Yourself”, signifiant en Français “faites-le par vous-même”, se présente comme une philosophie dont le principe consiste à promouvoir un mode de vie anticonformiste où objets usuels mais aussi productions artistiques et intellectuelles, seraient le fruit de créations individuelles laissant la part belle à l’ingéniosité et au système D.

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Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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