Allemagne – Un changement bienvenu

LE MONDE | 03.02.2014 Editorial
L’affirmation de l’Allemagne sur la scène internationale, un changement bienvenu

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Le président allemand Joachim Gauck a plaidé pour davantage d’action sur la scène internationale lors de la conférence de Munich sur la sécurité, le 31 janvier. | CHRISTOF STACHE/AFP
Moins de deux mois après son entrée en fonctions, le nouveau gouvernement d’Angela Merkel affirme vouloir jouer un rôle plus important sur la scène internationale. C’est une excellente nouvelle.
Dans un discours prononcé vendredi 31 janvier en ouverture de la conférence de Munich sur la sécurité, le président allemand, Joachim Gauck, a tenu des propos clairs : « L’Allemagne n’est pas une île. Les conséquences de l’inaction peuvent être plus graves que celles de l’action », a-t-il dit. Ses compatriotes ne doivent « pas se cacher derrière la culpabilité passée de l’Allemagne pour fermer les yeux ».
Le lendemain, le nouveau ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier (SPD), se faisait plus précis : « L’Allemagne est prête à intervenir plus vite et de façon plus substantielle. (…) Il faut agir plus concrètement. Pas se contenter de commenter. » L’Allemagne veut promouvoir une « politique étrangère et de défense européenne ». Si « l’emploi de la force militaire doit rester l’ultima ratio (…), l’Allemagne est trop grande pour se limiter à commenter les événements ». La ministre de la défense, Ursula von der Leyen, affirme que « l’indifférence n’est pas une option » et fait remarquer que l’Afrique et l’Europe ne sont séparées « que de 14 kilomètres ».
Il y a longtemps qu’on n’avait pas entendu pareils propos venant d’Allemagne. Comparé à la « retenue » dont se flattait le précédent ministre des affaires étrangères, Guido Westerwelle, ou aux critiques adressées récemment encore à la France et au Royaume-Uni par Thomas de Maizière, le prédécesseur d’Ursula von der Leyen, le changement de ton est notable.
Paris ne peut que s’en féliciter, tout comme les Etats-Unis ou la Pologne, qui, depuis des années, appellent l’Allemagne à prendre sur la scène internationale une responsabilité davantage digne de son poids économique.
Certes, l’Allemagne a joué un rôle important en Afghanistan et dans les Balkans, mais ces décisions ont été prises il y a plus de dix ans. Depuis l’arrivée d’Angela Merkel au pouvoir en 2005, Berlin se montre pusillanime, réticent à intervenir dans des pays qui n’occupent qu’un rôle marginal dans sa balance commerciale.
Il faut passer aux actes. Faire progresser les effectifs de soldats allemands au Mali de 180 à 250 militaires et envoyer un avion-hôpital en République centrafricaine ne sont que des premiers pas.
Silencieuse sur le sujet, Mme Merkel a laissé ses ministres et le président de la République s’exprimer. Le sujet est sensible. La majorité des Allemands est hostile à un déploiement plus important de la Bundeswehr à l’étranger. La chancelière doit utiliser son troisième mandat pour participer à l’élaboration d’une véritable politique étrangère. Dans la continuité de l’intégration européenne qu’elle appelle de ses voeux.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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