Faut-il faire confiance au Medef ?

Charlie Hebdo le site – 04/02/2014 – Bernard Maris
«Oui!», nous dit Philippe Varin, P-DG de PSA, président du Cercle de l’industrie et responsable de la ruine de Peugeot (1)
CHARLIE HEBDO: Monsieur Varin, le groupe Peugeot est dans une situation difficile…
Philippe Varin: En effet, nous sollicitons une recapitalisation de 3 milliards d’euros, dont 1 milliard pour l’État, 1 pour le chinois Dongfeng, le reste sur le marché.
1129-06-Honore-eco11 milliard à donner par les contribuables ? C’est pas un peu trop ?
Non, la dépense publique, c’est comme le cholestérol, il y a du bon et du mauvais. Cette dépense est bonne.
Vous allez être remplacé par M. Tavares…
Qui vient de Renault, qui elle aussi va très mal. Mais je ne pense pas que Tavares puisse être pire que Christian Streiff, Jean-Martin Folz, Jacques Calvet ou moi-même (ndlr: les précédents patrons de Peugeot) qui avons conduit la débâcle de Peugeot depuis trente ans. Remarquez, Ghosn aussi est un patron qui a échoué.
C’est pas la faute au coût du travail?
L'économie vue par HonoréPas du tout ! Ces trente dernières années, le coût du travail a été plus élevé en moyenne en Allemagne, et regardez la réussite de Volkswagen! On ne peut pas dire non plus que ce soit la faute des travailleurs. Les Français travaillent plus que les Allemands dans le secteur automobile. Non. La direction de Peugeot a été lamentable. J’associe à la direction la famille Peugeot, qui tient 25 % du capital et 38 % des droits de vote, et qui n’a jamais été capable de choisir de bons dirigeants.
Vous avez perçu tout de même 3 253 000 euros de salaire en 2010…
C’est vrai, mais j’ai renoncé à ma retraite chapeau de 21 millions. N’est-ce pas généreux?
En effet. Que pensez-vous du «Pacte de responsabilité» proposé par le président?
Il faut restaurer la compétitivité et la croissance. Et pour ça, restaurer les marges des entreprises. C’est urgent. L’industrie ne représente que 12% du PIB en France, contre 15% en moyenne en Europe. Les patrons français ont massivement délocalisé! Il faut baisser les charges des entreprises en contrepartie des dépenses de l’État, des collectivités territoriales et de la Sécu. Ce sont les entreprises qui créent la richesse de la France.
Donc il faut cesser de «stigmatiser» les patrons, comme vous dites dans Le Figaro
1129-06-Honore-eco2Absolument. (Il montre la paume de ses mains, où apparaissent en effet les saints stigmates. Il murmure une prière et reprend) : Il faut libérer les contraintes. Et les énergies. Au passage, une énergie bon marché serait la bienvenue! Regardez Cameron, qui propose aux collectivités locales de garder le fruit de l’impôt lié au gaz de schiste… La France regorge de gaz de schiste! Toute cette richesse inexploitée! La forêt de Fontainebleau regorge de gaz de schiste! Et s’il y avait moins de taxes sur l’essence, les voitures rouleraient plus, et ça créerait des emplois. Mobilité, flexibilité, compétitivité. Il faut du courage pour restaurer la compétitivité.
Les patrons sont courageux?
Oui. Ils n’hésitent pas à quitter leur pays. Vous croyez que les ouvriers osent quitter leur chaude tanière, pardon, chaumière? Et ne faut-il pas du courage pour pro- mettre de créer 1 million d’emplois en échange des baisses de charges? Déjà nous avons créé un million d’emplois contre la suppression de l’autorisation administrative de licenciement, et 1 million contre la loi TEPA de Sarko, et 1 million aujourd’hui. Nous sommes des créateurs. Le Medef prépare un spot sur les emplois de boucher et de chaudronnier (2).
Comment expliquez-vous qu’un des patrons les plus nuls d’Europe comme vous donne des leçons de compétitivité et soit aussi bien payé?
C’est vrai, c’est un mystère. Mais l’économie est une science difficile…
1. Les 34 plus grandes entreprises industrielles françaises.
2. Authentique.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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