Les investigations sur l’affaire Karachi se terminent : la corruption politique au tribunal

Charlie Hebdo Le site – 04/02/2014 – Laurent Léger
Un beau procès en perspective sur les rétrocommissions destinées aux politiques, en dépit des soupçons de partialité pesant sur un enquêteur…
Sa plainte constitue le document numéro «0001» du dossier des juges Van Ruymbeke et Le Loire. Olivier Morice, dont on connaît la voix tonitruante, avait réussi à déclencher fin 2010 les investigations, ce qui n’était pas rien sous le règne de Sarko; c’est donc un peu grâce à lui, l’avocat de familles de victimes de l’attentat de Karachi, que la Cour de justice de la République (CJR) va se pencher sur les cas de Balladur et de Léotard, et que le tribunal va probablement juger les Takieddine et autres petits et grands maillons présumés du financement occulte de la campagne présidentielle de Balladur en 1995. «Heureusement que nous avions déposé plainte, soupire aujourd’hui l’avocat. Ce n’est pas grâce au parquet de l’époque que l’enquête a pu être menée!» La piste du mobile financier de l’attentat de mai 2002 n’a pas encore abouti, mais un magnifique système de commissions et de rétrocommissions liées aux contrats d’armement a été mis au jour.110924-balladur-valises
Une dernière audition de Jean-Marie Boivin, l’homme clé qui répartissait les commissions, doit encore se dérouler le 29 janvier, puis quelques actes et des délais légaux interviendront avant la fin de l’instruction. Certains auraient bien aimé que Sarkozy s’assoie aussi sur le banc des prévenus, mais les juges estiment que trop peu d’indices caractérisent l’implication active de celui qui fut le porte-parole de la campagne de Balladur. Ils ont donc préféré refiler la patate chaude à la Cour de justice de la République, à charge pour elle de trancher sur la nécessité, ou pas, de poursuivre l’intéressé… D’ailleurs, le fait qu’une partie de l’affaire soit transférée à cette juridiction passe mal: «Nous regrettons que la CJR n’ait pas été supprimée. Le procès risque de se dérouler des années après le premier procès en correctionnelle», s’énerve Marie Dosé, une autre avocate de familles de victimes.h-20-2310100-1290120013
Dans tous les cas, l’enquête se terminera bientôt, et un procès devrait se tenir d’ici à 2015. Sur les huit protagonistes poursuivis, certains ont demandé l’annulation de leur mise en examen (Nicolas Bazire), voire leur «démise en examen» (Pierre Mongin, ex-chef de cabinet de Balladur à Matignon et actuel P-DG de la RATP), mais peu devraient échapper à un renvoi en correctionnelle. Pour les juges, de l’argent liquide est bien revenu gonfler les comptes de la campagne, provenant des commissions versées à l’occasion des ventes d’armes. Le résultat est là: pour la première fois dans l’histoire de la République, la justice a démonté de A à Z la tuyauterie mise en place pour pomper des millions, dont une partie était destinée à financer une campagne politique. Encore faut-il que le procès valide l’instruction.
LE GENDARME ET LE GOTHA
Seule ombre au tableau, le comportement d’un des principaux enquêteurs aurait pu poser quelques soucis sur l’impartialité des investigations. Ce gendarme de la Division nationale d’investigations financières et fiscales avait des contacts réguliers avec un personnage interlope apparu dans l’histoire « gaguesque » du vrai-faux passeport acheté par Takieddine. S’agissait-il des liens officiels d’un officier traitant avec son indic ou de contacts officieux, on ne sait trop. À Charlie, la PJ explique que l’indic «n’a jamais été missionné officiellement», et que près de «six enquêteurs» ont travaillé «pendant des années» sur le dossier, avec «le plus de professionnalisme possible». Coïncidence ou pas, l’adjudant en question a quitté le service. Les avocats de Takieddine ont néanmoins écrit au procureur pour se plaindre de ce pataquès, le 15 juillet dernier, citant même dans leur lettre le nom du fameux gendarme. Et ce dernier n’a pas trouvé mieux que d’entretenir aussi une relation suivie avec un membre de la famille d’un témoin majeur de l’affaire: Astrid de Bourbon-Parme, une princesse (qui, sans démentir les faits, dit n’avoir «rien à voir» avec l’affaire), cousine d’une autre princesse, Hélène de Yougoslavie. Cette dernière avait témoigné sur les dessous des affaires d’argent de son ex-mari, Thierry Gaubert, et avait présenté le gendarme à sa chère cousine lors de l’inauguration de sa boutique. Pas de quoi fouetter un chat, pour un avocat selon qui le «caractère équitable et contradictoire» de la procédure ou «l’équilibre des droits des parties», conditions nécessaires pour que le dossier soit éventuellement annulé, ne semblent pas bouleversés. Une belle histoire qui ne viendra donc pas gâcher le procès.

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