Justice : les intouchables de la république

Siné Mensuel – février 2014 – Ian Hamel – Geoffrey Livolsi
Ils sont indéboulonnables ! Ils ont beau s’être comportés comme des malfrats, avoir été condamnés par la justice, leurs partis ne prennent aucune sanction contre eux. Mieux, ils les réinvestissent. Mieux encore, leurs électeurs les adorent et les réélisent !
Pierre Bédier (UMP) , le bonimenteur de Mantes : Condamné en 2006 à dix-huit mois avec sursis, 50 000 € d’amende et trois ans inéligibilité pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux.
100_5958« Le patron » est de retour dans les Yvelines. Réélu au poste de conseiller général en juillet dernier, lors d’élections anticipées pour convenance personnelle, l’ex maire UMP de Mantes-la-Jolie et ancien président du conseil général compte bien reprendre la main sur son fief. Démis de ses fonctions en 2009 après sa condamnation pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux, Pierre Bédier vient laver l’affront La prime à la casserole étant un gage de réélection dans notre démocratie, il s’est inscrit sur la liste municipale de son compère et actuel maire, Michel Vialay. Le tandem Medvedev-Poutine, adapté à la sauce mantoise. Le même qui avait déjà démissionné de son poste de conseiller général pour permettre le retour du prodige. Tout ne devrait être que formalités administratives. Un fois réélu conseiller, l’actuel président du Conseil général, Alain Schmitz, devrait lui, céder la place. mais le strapontin se révélant top inconfortable, ce dernier ne semble plus si pressé de lui rendre son siège.
Un léger contretemps dans la reconquête des Yvelines. Bédier, qui a su se montrer généreux avec les associations, bénéficie d’un soutien sans failles de ses électeurs. La politique qu’il a menée au Val-Fourré résume sa conception de la démocratie locale, subtil dosage de rénovation urbaine, de populisme et de gros sous. Majoritairement issus de l’immigration , les habitants du Val-Fourré apprécient la politique à papa de Bédier. Pas une famille qui n’ait été aidée par le saint homme. Un emploi à la mairie par-ci, une promesse de logement par-là. « Le saupoudrage, c’est sa technique », lâche un fidèle. Certains préfèrent parler de corruption. Pierre Bédier n’en doute pas un instant, la politique est un métier. Ici on gagne à grand renforts d’accolades et de bons mots. Et dans ce domaine, l’élu excelle, allant jusqu’à comparer ses années inéligibilité au long chemin vers la liberté de Nelson Mandela.
Cas-d’école : Roland Chassain, candidat d’union UMP-FN 
C’est bien connu, le marais camarguais regorge de curiosités à qui s’y aventure. Au premier étage de la maire des Saintes-Maries-de-la-Mer, (Bouches-du-Rhône), se niche une des énigmes de l’UMP. Roland Chassain règne sur sa commune depuis près de vingt ans. En 2012, disqualifié dès le premier tour des législatives au profit du candidat FN et du PS, il appela à voter pour le parti d’extrême droite. Depuis, au gré des revirements idéologiques et des courants de l’UMP, il est soit désigné comme un paria soit comme un précurseur. Jean-François Copé avait même annoncé que la décision de l’exclure de l’UMP serait prise « sans hésitation ». Que nenni, le voilà investi par l’UMP pour les municipales et avec l’adoubement du FN qui, par « politesse », ne présentera pas de candidat face à celui que l’on qualifie d' »ami ». Sa réélection semble assurée. Une association locale a peut-être même découvert la clé de son succès : la ville compte 400 électeurs de plus que le nombre d’habitants, la plupart sans adresse réelle. De là à soupçonner Chassain d’avoir bourré les urnes…
Grenoble – Alain Carignon (UMP) : L’invraisemblable revenant
humour-sabatier-soiffardCondamné en 1995 à cinq ans de prison pour corruption, abus de biens sociaux,subornation de témoin. Depuis 2002, l’ancien ministre de la Communication d’Edouard Balladur se bat pour redevenir le patron de l’UMP en Isère. Alain Carignon qui vit maintenant au Maroc, a longtemps espéré obtenir la tête de liste aux municipales de mars prochain. Pour cela, il pouvait compter sur le soutien indéfectible de Nicolas Sarkozy et de Brice Hortefeux dont il est resté très proche. 
Jacques Bompard (Ligue du Sud) : d’Orange aux oranges, poursuivi pour prises illégales d’intérêts
Dernier rescapé des maires d’extrême droite élus en 1995, Jacques Bompard postule pour un quatrième mandat à Orange (Vaucluse) Longtemps membre du FN, cet ancien dentiste de 71 ans a créé son parti, la Ligue du Sud, inspiré de la Ligue du Nord italienne. Élu député en 2012, Bompard traîne depuis 2010 une mise en examen pour deux prises illégales d’intérêts commises au cours des années 2004 et 2005. La justice prend son temps.
Manuel Aeschlimann (UMP), le chouchou de Nicolas : condamné en janvier 2011 à un an inéligibilité pour favoritisme L’ancien député-maire d’Asnières (Hauts-de-Seine) était bien parti pour devenir ministre. Avant la présidentielle de 2007, cet universitaire passait pour être la tête chercheuse de Nicolas Sarkozy (parrain de son fils aîné Lohengrin), notamment dans le marketing politique, les sondages et les enquêtes d’opinion. « Manuel Aeschlimann est brillant mais il n’a aucune moral. C’est un être totalement cynique avec une soif de pouvoir et de biens matériels », raconte l’un de ses opposants. Il tombe en 2009, condamné à dix-huit mois avec sursis pour favoritisme dans l’attribution d’un marché public. Il écope de quatre années d’inéligibilité, peine réduite à un an en appel, en 2011. Devenu avocat, bénéficiant de l’investiture de l’UMP, il tentera en mars prochain de reconquérir Asnières (80 000 habitants), passé depuis à gauche.
100_5959Patrick Balkany (UMP) l’homme que la justice n’a pas balancé : Pendant quinze ans, la justice s’est assise sur des documents qui accablent le sulfureux député-maire de Levallois-Perret, ami intime de Sarkozy. Une nouvelle information judiciaire, ouverte en décembre, viendra-t-elle enfin à bout du Terminator des Hauts-de-Seine ?

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Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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