Sécurité des aliments : La Cour des comptes tire la sonnette d’alarme

20 minutes – 11/02/2014 – Céline Boff
Un rayon boucherie au Carrefour d'Ormesson (Val de Marne), le 4 juillet 2013.
Un rayon boucherie au Carrefour d’Ormesson (Val de Marne), le 4 juillet 2013. V. WARTNER / 20 MINUTES
ALIMENTATION – Les magistrats estiment que l’Etat ne contrôle pas suffisamment la sécurité sanitaire de l’alimentation…
Un an après le scandale du «horsegate», les Français peuvent-ils manger tranquille? Pas vraiment. C’est du moins ce qu’estime la Cour des comptes, qui a présenté ce mardi son rapport public annuel.
Si plusieurs ministères sont chargés de la sécurité de l’alimentation, les magistrats de la rue Cambon se sont plus spécifiquement penchés sur l’action de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), qui dépend du ministère de l’Agriculture. La DGAL est notamment responsable du suivi des animaux, des végétaux et des denrées d’origine animale. Mais elle n’effectuerait, d’après la Cour des comptes, pas suffisamment de contrôles.
Seulement une exploitation sur 100 contrôlée
Ainsi, les agents de la DGAL vérifient les produits phytosanitaires utilisés dans à peine une exploitation sur cent (1,2%). Alors même qu’un agriculteur contrôlé sur deux ne respecte pas les règles, affirme la Cour des comptes… Sans compter que certains contaminants ne sont pas testés. Par exemple, les agents ne vérifient pas si les végétaux contiennent des métaux lourds, puisque ceux-ci ne font pas partie des plans de contrôle fixés par le ministère de l’Agriculture.
Faute de personnel, dans les usines de transformation et dans les abattoirs, les contrôles se réduisent. La Cour des comptes révèle même que dans 35 départements, rien n’existe désormais pour contrôler les denrées d’origine animale importées en France. Pourtant, dans les départements où ces tests ont lieu, les non-conformités sont nombreuses: un plat à base de viande sur quatre et un produit à base de lait sur cinq présentent des défaillances.VAR19Q962_DELIGNE_RESTOS.jpg
La Cour des comptes s’inquiète plus généralement du pouvoir donné par l’Europe aux professionnels –éleveurs, responsables d’établissements agroalimentaires ou de restauration. Car, depuis l’adoption du «paquet hygiène» en 2002, ce sont eux les principaux responsables de la sécurité sanitaire. Ils doivent ainsi mettre en place des auto-contrôles, notamment des prélèvements analysés en laboratoires. Or, les non-conformités détectées par les laboratoires «ne sont pas nécessairement portées à la connaissance des services de l’État», s’alarme la Cour des comptes.
Benoît Hamon réagit
Pour les magistrats, le gouvernement doit obliger ces laboratoires à lui transmettre les résultats, dès lors qu’ils présentent un risque pour la santé publique. C’est d’ailleurs ce que les textes prévoient, sauf que les arrêtés d’application n’ont jamais été pris…
La Cour des comptes pointe enfin les sanctions, qu’elle estime insuffisantes. En effet, lorsque des non-conformités sont repérées, il ne se passe pas grand-chose: dans les usines et les abattoirs, «16% seulement des contrôles ayant détecté des anomalies moyennes ou majeures ont débouché sur davantage qu’un simple avertissement», se désole Didier Migaud, président de la Cour, qui insiste: «La diminution des effectifs n’est pas pour rien dans cet affaiblissement» de la DGAL. En trois ans, cette direction a perdu plus de 300 postes en équivalent temps plein.
Les critiques de la Cour des comptes n’ont pas été accueillies tendrement par Benoît Hamon, ministre de la Consommation. Lui présentait ce mardi les résultats de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), qui s’occupe, entre autres, des denrées d’origine végétale.
«La Cour des comptes, elle compte. Nous, on travaille sur le terrain et une mesure comptable n’est pas toujours la meilleure manière d’apprécier la réalité du travail fourni par les services de la répression des fraudes, par les services vétérinaires. On peut toujours faire mieux mais nos services (DGAL et DGCCRF, ndlr) travaillent ensemble de manière je crois assez efficace», a notamment avancé le ministre.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Agroalimentaire, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.