Web – L’expérience de la déconnection … ?

LE MONDE | 10.02.2014

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Au bureau, la déconnexion fait des adeptes

Lorsqu’il atterrit aux urgences, une nuit de Saint-Valentin, Thierry Crouzet est un blogueur très influent en France. Amis numériques, notoriété : Internet lui a tout donné. Même un burn-out. Au début, l’écrivain craint une crise cardiaque. « Pendant qu’on m’examinait aux urgences, j’ai pris mon portable et je suis allé sur Internet. Je me suis rendu compte que c’était une vraie drogue », se souvient-il. Le diagnostic des médecins va dans le même sens : crise d’angoisse. Ce jour-là, le blogueur décide de se couper d’Internet. Une expérience qu’il raconte dans son livre J’ai débranché (Fayard, 2012).
Des témoignages comme celui de M. Crouzet se multiplient dans tous les pays développés. « C’est le cas limite. Le burn-out est devenu le spectre de la connexion : quand on est trop actif sur la Toile, on s’effondre », estime Rémy Oudghiri, chargé de la prospective du consommateur pour l’institut de sondages Ipsos et auteur de Déconnectez-vous (Arléa, 2013).
Initialement vécu comme un espace de liberté, Internet est devenu chronophage et liberticide. Notamment avec l’avènement de l’Internet mobile, « qui réduit le temps d’attention ainsi que les espaces où vous pouvez ne pas être dérangés. C’est la saturation cognitive », explique Dominique Boullier, coordonnateur scientifique du Médialab Sciences Po.
Alertes, bannières, notifications s’additionnent aux coups de téléphone et aux messages (SMS, MMS, etc.). Et l’envie de se déconnecter se transforme en tendance. « Depuis deux ou trois ans est apparue l’expression d’une envie de se déconnecter parmi les personnes faisant un usage régulier des technologies », constate M. Oudghiri.

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L’agence Havas Media a publié, en septembre 2012, la première étude sur « la France des déconnectés » qui fait le point sur la situation. Si les déconnectés volontaires sont encore minoritaires et ne sont que 3,4 % de la population, la déconnexion est un vrai fantasme. Parmi les sondés, 65,2 % ont envie de se déconnecter des nouvelles technologies et 59,7 % le font effectivement, par intermittence.
La déconnexion a ses adeptes dans le milieu du travail. Journées sans mails, réseaux sociaux bloqués, « de plus en plus de manageurs prennent conscience des problèmes engendrés par la connexion : perte d’efficacité, de créativité, interaction qui n’est plus que virtuelle… », dit M. Oudghiri.
UNE JOURNÉE SANS
Mais cette conviction se heurte aux exigences de la vie professionnelle. Aurélia Courtot s’occupe de conseil, de prestations de service digital ainsi que de « community management » pour des associations. Internet a été son tremplin professionnel, c’est sur la Toile qu’elle a tissé son réseau. Mais la trentenaire sature vite. Aujourd’hui, elle n’a plus Facebook, ne garde pas toujours son smartphone sur elle et s’impose une journée par semaine sans Internet.

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Professionnellement, c’est compliqué. « Je ne peux pas m’en passer. Pour faire du conseil sur les réseaux sociaux, je dois les pratiquer. Je dois voir comment la société fonctionne, comment les internautes consomment les médias et les réseaux sociaux. » Sans parler de JobForChange, la plate-forme qu’elle vient de lancer. Impossible de promouvoir sa start-up en se passant des réseaux sociaux.
Difficile en effet de concilier travail et déconnexion, surtout dans un contexte de crise. « L’épée de Damoclès du chômage incite à la connexion : il faut être sur les réseaux sociaux, garder ses contacts, répondre aux invitations », résume ainsi Rémy Oudghiri. Sans parler des entreprises qui ont fait de la connexion un mot d’ordre.
Les salariés de Lippi, société spécialisée dans la clôture, le grillage et le portail métallique, communiquent par l’intermédiaire de Google +. « Ils postent des appels d’offres, des photos, partagent les e-mails de clients. C’est un outil de veille distribuée », explique le directeur, Frédéric Lippi.
Exit la distinction entre vie professionnelle et vie privée : « Si je lis quelque chose le week-end, je le poste tout de suite, je n’attends pas le lundi. Nous sommes passés de la société de main-d’oeuvre à la société de ‘‘cerveau-d’oeuvre », où le travail est conçu comme quelque chose d’enrichissant », poursuit M. Lippi, qui a un avis tout aussi tranché sur les entreprises qui interdisent l’utilisation des réseaux sociaux. « J’appelle ça du paternalisme, assène-t-il. C’est du déni de confiance », à l’heure où les uns font d’Internet le levier d’une dynamique, et où d’autres s’inquiètent des dérives engendrées par l’hyperconnexion.
Dans les faits, la déconnexion séduit mais reste marginale, car elle est prise dans une ambivalence : potentiellement salutaire d’un point de vue managérial, elle devient aussi dangereuse dans une économie tendue où la connexion demeure une bouée de sauvetage.
Margherita Nasi

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Lire aussi : Une cure de désintox numérique pour déconnecter

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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