Climat – « Pour comprendre la réalité du réchauffement, il faut avoir de l’eau dans son salon ». La formule est de Mohamed Nasheed, l’ancien président des Maldives.

ÉDITO le Monde 18/02/2014

Les Etats face à la réalité des dérèglements climatiques

Pour justifier l’inaction de la plupart des gouvernements dans la lutte contre le changement climatique, il est assez facile d’évoquer la dictature du court terme à laquelle sont soumis les dirigeants pour faire leur choix.
Prendre des mesures pour enrayer l’ascension du chômage ou l’effondrement du tissu industriel apparaît toujours plus urgent que de se soucier de la hausse importante des températures d’ici à la fin du siècle, annoncée avec toujours plus de certitudes par les scientifiques. A cette échelle de temps, le chômeur d’aujourd’hui ne sera pas l’électeur de demain.

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Le réchauffement climatique entraîne une aggravation des périodes de sécheresse, comme ici en Chine. | AFP
 » Pour comprendre la réalité du réchauffement, il faut avoir de l’eau dans son salon. «  La formule est de Mohamed Nasheed. En 2010, l’ancien président des Maldives avait ainsi exprimé son amertume, partagée par les dirigeants des pays les plus exposés aux conséquences de la transformation du climat, face à l’indifférence des grands pollueurs.
Cette heure pourrait bien être venue dans les pays industrialisés situés dans les zones tempérées du globe. Plutôt épargnés jusqu’à présent, ceux-ci sont désormais confrontés à des phénomènes météorologiques extrêmes. Depuis le début de l’hiver, la répétition d' » accidents  » climatiques est incessante : sécheresse et froid polaire simultanés aux Etats-Unis, inondations historiques en Grande-Bretagne, chutes de neige intenses à Tokyo, submersion du littoral atlantique en France…
Même si les scientifiques, toujours prudents, refusent d’établir un lien direct entre chacun de ces épisodes et le changement climatique, l’accumulation des caprices du climat commence à bousculer la quiétude des gouvernements.
Telle une petite île du Pacifique, la Grande-Bretagne a renoncé à défendre des parties de son territoire contre les assauts de l’Océan. Le président des Etats-Unis doit, dans le même temps, rassurer les agriculteurs de Californie frappés par la sécheresse, et les familles des victimes de la tempête polaire.
Depuis deux ans, deuxième pays pollueur de la planète après la Chine, les Etats-Unis vivent au rythme des catastrophes naturelles. Barack Obama vient d’annoncer la création d’un fonds climat d’un milliard de dollars pour aider les Américains à s’adapter et à atténuer les effets du réchauffement. En visite en Indonésie, le secrétaire d’Etat, John Kerry, a tenu un discours offensif, dimanche 16 février, sur la nécessité d’agir collectivement contre les changements climatiques en les comparant à une  » arme de destruction massive « . Deux jours auparavant, il avait réitéré, avec son homologue chinois, la volonté d’une plus grande coopération entre les Etats-Unis et la Chine confrontée, de son côté, à une considérable pollution de l’air.
Ces déclarations sont les bienvenues. Il en faudra cependant davantage pour être au rendez-vous de la conférence des Nations unies sur le climat, en décembre 2015 à Paris. L’ambition de cette nouvelle réunion est d’aboutir au premier accord mondial de lutte contre le réchauffement, conclu entre les tous les pays pollueurs. Jusqu’à présent, le principe de précaution ne les a pas conduits à assumer leurs responsabilités. Il faut espérer que le principe de réalité sera plus convaincant.

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Signe du réchauffement climatique, depuis 1987, le glacier Pepito Moreno situé en Patagonie, fond à vue d’oeil et attire les touristes du monde entier. Le mur de glace mesure 70 m de haut. La Patagonie contient la troisième réserve de glace au monde après l’Antarctique et le Groenland. Document ESA corrigé par l’auteur.

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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