Affaire Copé : « l’homme qui joue avec le feu », le maire de Meaux est en bien mauvaise posture …

Nouvel Obs  le 02-03-2014 Par Thierry de Cabarrus Chroniqueur politique

 les 5 points faibles du président de l’UMP après le scoop du « Point »

thierry CabarrusLE PLUS. Depuis les révélations du « Point », Jean-François Copé est la cible d’attaques de toutes parts, aussi bien de ses amis que de ses ennemis. Après son duel avec François Fillon à la présidence de l’UMP, mais aussi ses sorties récentes sur le genre, le maire de Meaux est en bien mauvaise posture pour notre chroniqueur Thierry de Cabarrus.
Jean-François Copé a beau être l’un des hommes politiques les plus brillants de sa génération, il ne sera sans doute jamais président de la République et sa mère finira bien par comprendre qu’il ne faut plus lui offrir, chaque année à son anniversaire, ce gâteau en forme de palais de l’Élysée qui n’a plus d’autre signification que celle de son échec programmé.
 Car les Français n’aiment pas Jean-François Copé et ils ne le disent plus seulement dans les sondages de popularité.
 C’est Franck Underwood, sans la séduction
 Tenez, par exemple, il suffit de voir comment les accusations du « Point » sont reçues par l’ensemble de la classe politique. il suffit de voir la tête des soutiens de Copé : gênés, distants et même de façade.
 En fait, le costard pas très élégant, taillé à la va-vite par Frantz-Olivier Giesbert à la veille de sa retraite paraît lui aller comme un gant tellement Jean-François Copé endosse depuis des années le rôle du fourbe dans l’imagerie populaire.
 Copé, qu’il s’en réjouisse ou qu’il le déplore, c’est Franck Underwood, l’anti-héros de « House of cards ». C’est une sorte de « JR », le méchant de « Dallas », face auquel tous ses adversaires deviennent des Bobby Ewing et ce, même s’ils ont des aptitudes dignes de serial-killers.
 C’est comme ça, Copé devrait s’y faire et tenter, pour sauver à la fois les meubles et sa carrière, de développer ce charisme qui jusqu’à présent lui fait tant défaut.
Car si les Français ne détestent pas forcément les canailles (voyez la cote d’un Bernard Tapie), ils ne supportent pas les pleurnichards, les victimes, ceux qui préfèrent évoquer un complot plutôt que s’assumer en tant que méchants pur sucre.
 Or, qu’il le veuille ou non, Jean-François Copé a toutes les qualités pour être l’un des personnages les plus noirs de la classe politique, si j’excepte évidemment Marine Le Pen, Soral ou Dieudonné qui sont par leur positionnement à classer hors-catégorie. Et ce, pour au moins cinq raisons :
 1. Il  a volé l’UMP à François Fillon
 Tous ceux qui ont suivi la bataille féroce que se sont livrés Jean-François Copé et François Fillon pour la conquête de l’UMP à l’automne 2012, savent que l’ancien Premier ministre a été volé et que le nouveau président du parti n’a aucune légitimité.
 Il suffit en effet de lire « Le coup monté » de Carole Barjon et Bruno Jeudy pour se convaincre que Copé a réalisé là un véritable hold-up, dont les médias ont aussi signalé les irrégularités.  Un épisode qui collera à la peau de Copé jusqu’à la fin de sa carrière politique.
 2. Il est l’auteur du « pain au chocolat »acope-pain-au-chocolat
 Pour bon nombre de Français, le président de l’UMP est aussi l’auteur lamentable de cette petite phrase stigmatisante sur la communauté musulmane prononcée le 6 octobre 2012 lors d’un meeting à Draguignan dans le Var : « Il est des quartiers où les enfants ne peuvent pas manger leur pain au chocolat car c’est le ramadan.« 
Cette formule, destinée à montrer qu’il existerait un racisme anti-blanc au même titre que le racisme tout court dirigé contre la communauté musulmane, aurait dû faire l’objet d’excuses publiques mais Copé a raté l’occasion de solder définitivement cette histoire.
 3. Les casseroles des conflits d’intérêts
 Personne n’a oublié non plus la scandaleuse photo de Jean-François Copé se baignant, hilare, dans la piscine de Ziad Takieddine, le sulfureux homme d’affaires libanais. D’autres que lui aurait pris cette publication dans la presse comme un avertissement, mais pas Copé, « l’homme qui joue avec le feu« .
 En 2007, le député qui dirige alors le groupe UMP à l’Assemblée devient avocat d’affaires à temps partiel (pour 20.000 euros par mois tout de même) au cabinet Gide Loyrette Nouel. On le soupçonne alors d’utiliser le Parlement pour satisfaire ses clients et défendre des amendements de circonstance… jusqu’à sa démission forcée en 2010.
 4. Avec « Tous à poil », il est ridiculealarmesprivate-category-chien-pleurs-gif2-img
 Henri Guaino, avec sa franchise particulièrement coupante, a quasiment traité Jean-François Copé d’imbécile en regrettant ouvertement « l’intelligence » de Nicolas Sarkozy qui manque à l’UMP.
 Il faut dire que le président du parti a fait très fort en accusant un livre pour enfants, « Tous à poil » de défendre la théorie du genre, avant d’affiner son discours et de découvrir dans cet album… de la « lutte des classes » et la remise en cause de l’autorité que représentent le policier ou la maîtresse quand on les déshabille.
Chacun aura vu, à raison, une tentative malhabile et grotesque de récupérer la folle rumeur contre l’école lancée par l’ultra droite réactionnaire.
 5. Il est un mauvais président de l’UMP (selon les membres de son parti)
 Laurent Wauquiez a été l’un des premiers à dire que Jean-François Copé manquait de leadership. Aujourd’hui, ils sont nombreux à le penser parmi les ténors de l’UMP même s’ils sont encore rares à le dénoncer ouvertement.
 Pourtant, jamais le parti de la droite n’a été aussi faible, traumatisé par la guerre entre fillonistes et copéistes, déchiré entre les partisans d’une primaire en 2016 et ceux qui réclament le retour de Sarkozy, sans compter qu’il est financièrement exangue.
 Jamais non plus le parti a été aussi inaudible, incapable de contrer efficacement la politique socio-libérale de François Hollande, de se démarquer de la montée de l’extrême droite ou d’emboîter le pas de la contestation par la droite la plus réactionnaire de la loi sur la famille.  Jean-François Copé, en tant que président du principal parti de l’opposition, est forcément comptable de ses échecs.
 Pour autant, est-il politiquement mort (avec l’UMP) ou peut-il encore se relever, à la manière d’un Jacques Chirac que tout le monde disait carbonisé à la veille de la présidentielle de 1995 ? Une chose est sûre, « l’affaire Copé » révélée par « le Point » ne va pas l’aider et conforte l’opinion dans l’idée qu’il est bien, et définitivement, « le méchant » de la classe politique française.
Édité par Henri Rouillier

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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