Transition énergétique et enfumage de Verts à l’horizon

Charlie Hebdo – 5 mars 2014 – Fabrice Nicolino
C’est promis, il faut sortir une loi sur l’énergie, mais en mystifiant gentiment les écolos, sans qu’ils se débinent en courant. Christophe de Margerie, patron de Total et Henri Proglio, patron d’EDF, sont aux manettes, mais chut, faut pas le dire.87341359_o
C’est une enflade. Le mot n’existe pas dans le dictionnaire, mais il illustre bien ce qui est en train de se passer. Enflade, d’enfler qui signifie arnaquer. Officiellement, tout ce beau gouvernement est d’accord sur la transition énergétique En gros, cela ne peut pas durer. Le pétrole abondant et bon marché, c’est fini. Les fossiles – pétrole encore, gaz, charbon – détruisent l’équilibre du climat. Le nucléaire, malgré les fantasmes nucléocrates, ne représente jamais que 5,7% de l’énergie primaire mondiale, avec une tendance à la baisse. Par ailleurs, les renouvelables – l’eau (hydroélectricité), le bois, le soleil, le vent – réclament de grands investissements pour pleinement prendre la place. D’autres contraintes martyrisent l’horizon, à commencer par la loi énergie de 2005, qui oblige la France à réduire ses  émissions de gaz à effet de serre de 80% d’ici 2050. Il faudrait commencer maintenant.
201309212519-fullHollande est pour. Comme il n’est contre rien, il est pour une loi sur la transition énergétique qui préciserait enfin les contours du bouquet énergétique français, dans dix, dans vingt, dans trente ans. L’emmerde, c’est qu’il faut trancher, ce qu’il ne sait pas faire et qu’il se tape de la crise écologique. En janvier 2013, le père François promet « un grand débat ouvert et citoyen » pour le printemps, suivi d’une belle synthèse en juin et d’un projet de loi devant le Parlement en octobre 2013. Mais rien ne vient.
Le 11 décembre 2014, un an après les promesses, une première réunion d’une fumeuse commission se tient. On cause entre soi. Le 7 février 2014, le ministre de l’Écologie, Philippe Martin, qui a le sens de l’humour déclare :  » Les travaux sur la loi de transition énergétique avancent bien et les délais seront tenus. » Il est question maintenant d’une présentation au Conseil des ministres ce printemps et d’un vote après, en juin ou en septembre, ou à la saint-glinglin, ça dépendra.
Pourquoi ? Parce que dans les coulisses, où les industriels ont déjà gagné, la bataille fait rage. Il n’est pas question de les gêner si peu que ce soit. Pas au moment même où Hollande croit s’en tirer avec son pacte de responsabilité, dont la propagande dit qu’il pourrait créer 300 000 emplois. Deux grands patrons, qui font antichambre à l’Élysée, illustrent les manœuvres en cours. Christophe de Margerie, pédégé de Total a la pleine oreille de Hollande, qu’il voit régulièrement. Or, il se plaint sans détour de Philippe Martin, qui est aussi, on l’oublie, ministre de l’Énergie. Pour le Christophe, l’opposition de Philippe Martin au gaz de schiste, secteur où Total est très présent hors de nos frontières, est un casus belli. De son côté, Henri Proglio, patron d’EDF jusqu’en novembre au moins – Hollande veut le remplacer – tente d’arracher une concession majeure : augmenter encore la durée de vie de nos centrales nucléaires, prévues au départ pour trente ans, jusqu’à cinquante, voire soixante ans…
xx1Productivisme et patronat sont les deux mamelles de l’écologie Derrière les deux poids lourds, Pierre Gattaz, ennemi déclaré de toute contrainte « écologique », et le Medef avec lui. Ce n’est pas un secret d’État que Martin a failli démissionner plusieurs fois depuis le début de l’année, ce qui ferait grand désordre après le licenciement de Delphine Batho en juillet 2013. Des témoins, indirects mais fiables, rapportent des discussions à l’Élysée au cours desquelles Martin était seul contre tous. Seul contre les productivistes du gouvernement, Montebourg bien sûr, Moscovici, Ayrault, Cazeneuve et Hollande lui-même. La morale de l’affaire est très simple : il ne fait pas le poids.
Que contiendra la loi à l’arrivée ? C’est là que cela se complique, car les braves soumis d’EELV, y compris Cécile Duflot, ont déjà annoncé qu’ils rompraient l’alliance avec le PS en cas de reniement trop visible, par exemple sur la date de fermeture de la centrale de Fessenheim. Un ponte du parti écolo, moyennement charitable, raconte : « Je ne vois pas comment ils vont s’en sortir. Ni Cécile Duflot, ni Pascal Canfin ne veulent lâcher leur place, mais Hollande ne veut rien lâcher sur un dossier qu’il juge stratégique Donc, ça devrait saigner.« 
On verra. Pour l’heure, rideau de fumée sur la ligne d’horizon énergétique.

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